© Pierre Grosbois © Pierre Grosbois
Au départ un texte duphilosophe Jean-Christophe Bailly au titreoxymoron « le visible est le caché ».

 

Ce texte remet les pendules à l’heure et vientsubtilement perturber lescertitudes de ce grand nigaud qui se croit tout permis :l’homme.

Il va donc s’agir d’hommes et de bêtes et plus particulièrement desinges. L’auteur renverse le postulat couramment admis selon lequel le singeest celui des animaux qui nous ressemble le plus. En faveur de quoi nous nousévertuons à lui demander de nous le prouver alors que, c’est ce que nous diral’auteur, nous aurions sûrement bien plus à apprendre si l’on considérait cequi nous en éloigne plus que cequi nous en rapproche. Jacques Bonnaffé en tutu et veste est soudain très proche de ces petitschimpanzés que l’on déguise pourles numéros de cirque et Jonas Chéreau le grand échalas quil’accompagne en short et chemise à carreaux est tout bêtement à la curiositéd’être là. Tels deux animaux récalcitrants à entrer dans la cage de scène, c’est ainsi que l’on nommele plateau, ils en ressortent aussi sec, reviennent la peur au ventre, s’accrochent à ce qu’ils peuventautrement dit pas grand-chose. Les murs et une rallonge électrique vont les tirer d’affaire. Elledonnera une contenance masculine à l’un qui s’en empare tel le technicien deplateau aguerri et offrira unterrain d’exploration à l’autre.

« Il y a de la philosophie dans ce propos alors dansonsdessus » dit Bonnaffé dans le texte de présentation du spectacle. Del’acteur et du danseur, chacun va singer l’autre, jusqu’à ne plus savoir quisinge qui, de l’homme ou de la bête. Bonnaffé possède ce talentde rendre lumineux les textes les plus complexes, jouant sur tous les tons, del’humour du décalé. Il passe du prof de philo, invité sur France Culture au documentariste animalier, duconférencier inspiré à l’acteur qui se demande ce qu’il fout là. Facétieux il joue avec la présence étonnée dudanseur, en imite dans une maladresse toute calculée les mouvements, travailleune relative verticalité. Le danseur lui, semble livré au regard du public comme les orangs-outans exhibés dans la cage du zoo. Dans la pénombre d’un coin de la scène, des images d’arbres sur lesquels sebalancent de grands singes apparaissent, discrètes, cachées juste ce qu’il faut pour être vues,remarquable travail des scénographes et vidéastes Michel Vandastein et Eric DaGraça Neves .

« Nature aime à se cacher », aphorisme du poèteet philosophe Héraclite estaussi le titre du spectacle. Unebelle leçon de philosophie qui nous fait nous sentir moins bête d’être homme.

 

Jusqu’au 18 septembre au théâtre de la Bastille à Paris

www.theatre-bastille.com

tel : 01 43 57 42 14

Site de la Cie http://www.compagnie-faisan.org/

Photo Pierre Grosbois

 

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