Notre terreur

«Notre terreur», création du collectif "D'ores et déjà", est un spectacle qui redonne tout son sens à l'épithète vivant qui lui est accolé et fiche un beau coup de pied aux fesses à la tiédeur ambiante.

«Notre terreur», création du collectif "D'ores et déjà", est un spectacle qui redonne tout son sens à l'épithète vivant qui lui est accolé et fiche un beau coup de pied aux fesses à la tiédeur ambiante.

Une table en formica éclairée par des néons blafards, Robespierre chemise cintrée cravate bleue, Barrère raie au milieu impeccable, Couthon en léger débraillé, Prieur et Billaud costumes trois pièces, Collot manche retroussée et lunettes de rédacteur, Carnot épaulettes militaires et cravate rouge, Saint Just en pirate, Lindet presque en jogging On se croirait dans une salle de réunion d'un parti politique,ou celle de rédaction d'un quotidien. Il s'agit du Q.G du deuxième Comité de Salut public. Pas de faste, l'heure est à la vertu. Il y a une révolution à faire, excusez du peu, et le temps est compté. Le collectif « D'ores et déjà » conduit par Sylvain Creuzevault à la mise en scène, s'empare de l'Histoire et revisite un moment précis de la révolution française, la Terreur, et plus particulièrement la période comprise entre le 5 septembre 1793, jour de l'exécution de Danton et le 27 juillet 1794, la mort de Robespierre l. A partir d'archives, de biographies, de pièces de théâtre, il imagine les débats au sein du deuxième Comité de Salut Public dirigé par Robespierre et intitule le spectacle « Notre terreur ». Il ne s'agit pas de faire une leçon d'histoire, mais bien de donner un point de vue, secouer les manuels scolaires et tordre le cou à l'image monolithique d'un Robespierre tyran sanguinaire. « Notre terreur », les dix membres du collectif l'ont écrit et créé ensemble. Ils font partie de cette génération que l'on dit en crise quant à leur rapport à la politique. « Notre terreur » prouve le contraire. Non seulement ils investissent le champ politique, mais ils en profitent aussi pour donner du haut de leur jeunesse une magistrale leçon de théâtre. Leur théâtre est décapant et leur lecture de l'histoire passionnante. « Notre terreur » ne s'embarrasse pas de chronologie, n'hésite pas à convoquer Marx, Georges Büchner (il écrit « La mort de Danton » quelques cinquante ans après la période en question) et faire un clin d'œil à Antoine Vitez. Les neuf acteurs, tous excellents, remettent l'humain en scène devant la figure de héros révolutionnaire. Les hommes réunis autour de la table sont des hommes tout simplement avec leur lâcheté, leurs états d'âmes, leur coups de sang et leurs coups bas. Ils votent les décisions prises au sein du Comité après d'âpres débats, s'empoignent, se battent même parfois, se contredisent, mangent des sandwichs, rient de leurs blagues, l'ambiance est surchauffée. Dehors, Danton vient d'être exécuté, certains le pleurent quand d'autres réclament encore plus de têtes, jusqu'où faut-il aller ? La révolution ne se fait dans a douceur, le sang coule, trop c'est indéniable mais y a t'il d'autres choix ? Les questions soulevées, rien de moins que celles de la vertu, de la corruption, de la justice et du pouvoir ont un effet particulièrement stimulant sur nos esprits engourdis et nous renvoient en pleine figure une société où la violence politique reste intacte, alors que le mot même de révolution dans son acception historique fait figure d'erreur plus que d'évolution du monde. On rit aussi beaucoup pendant ce spectacle, les crayons se taillent dans une petite guillotine rouge, Billaud se morfond quand sa femme , celle qui donne toujours quelques brioches à son mari pour les réunions, veut divorcer à l'amiable et expérimenter la nouvelle loi promulguée par le Comité de Salut Public lui même. « Notre terreur » est parfois grand guignolesque avec force d'hémoglobine, le fantôme de Danton en chanteur d'opéra vient le visage couvert de peinture rouge hanter Robespierre , mais sans jamais oublier que la farce est cruelle. C'est en marquis de boîte à musique que Robespierre se tire une balle dans la tête. Aïe seront ces derniers mots : La révolution pour quoi faire ?

 

 

« Notre terreur » Festival d'automne/ Théâtre de la Colline à Paris jusqu'au 30 septembre.

Lundi 27 septembre à 20h30 : Relire/Ressentir la Terreur autour d'Antoine de Baecque, Pierre Serna, Sophie Wahnich, Alain Badiou, Sylvain Creuzevault.

www.colline.fr/ tél : 01 44 62 52 52

 

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