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Billet de blog 17 avr. 2013

33 tours et quelques secondes

Jacques Brel chante « Le dernier repas », le diamant de la platine vinyl se heurte au sillon avec ce fameux son qui scratche indéfiniment. Un jeune homme de 28 ans, Diya Yaout, s’est suicidé.  Il a plus de 3500 amis sur Facebook, il est né le 3 octobre, il s’est donné la mort veille de son anniversaire et c’est une figure de la scène artistique et contestataire à Beyrouth.

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Jacques Brel chante « Le dernier repas », le diamant de la platine vinyl se heurte au sillon avec ce fameux son qui scratche indéfiniment. Un jeune homme de 28 ans, Diya Yaout, s’est suicidé.

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Il a plus de 3500 amis sur Facebook, il est né le 3 octobre, il s’est donné la mort veille de son anniversaire et c’est une figure de la scène artistique et contestataire à Beyrouth. Sur sa page face book « les amis » commentent . Cette page est le personnage principal de cet objet scénique non identifié, entre l’installation et le spectacle. Les rôles secondaires étant tenus par les SMSd’un téléphone portable, le répondeur téléphonique du jeune homme et une télévision qui diffuse des informations notamment,celle relative au suicide de Diya Amout .  Tout est virtuel, il n’y aura aucun acteur mais  moyens de communication et l’espace-temps qui leur est propre pour décrire un réalité  qui échappe à l’histoire. L’absence de corps et la mis en  abyme virtuelle fonctionne comme métaphore de la société libanaise, fragmentée, disloquée  insaisissable. Les «amis » de Diya se reconnaissent dans son geste mais pour des raisons aussi nombreuses que contradictoires. Acte politique ? Symbole au même titre que le jeune tunisien dont le geste suicidaire a été l’élément déclencheur de la révolution tunisienne ? Les commentaires vont bon train les engueulades aussi, tout comme  tentatives de récupération.  Pendant toute la durée du spectacle, le smartphone de Diya reçoit les textos d’une amie palestinienne qui attend son vol pour Beyrouth  à l’aéroport de Londres et qui n’arrivera jamais, tandis que le répondeur téléphonique devient le lieu d’une confession intime d’une femme avec laquelle il a eu une histoire amoureuse. 33 tours et quelques secondes est aussi un spectacle sur l’absence. Et c'est sans doute ce qui nous émeut à regarder cette scène qui devient l'empreinte de la vie de Diya. L'impression que l'on est chez lui et que l'on fouille dans ses papiers pour y découvrir quelques secrets, trouver le sens de son acte, comprendre "l'avant". 

Depuis leur sortie de l’école d’art dramatique de Beyrouth il y a une vingtaine d’années. Rabih Mroué et Linah Saneh  questionnent l’espace de la représentation. Comment faire du théâtre, quelle forme narrative avec quels outils. Les fictions  qu’ils inventent à partir de la réalité  constituent au fil des spectacles une véritable histoire du Liban.  Diya Amout et ses amis ont ils vraiment existé ? Quand on cherche son nom sur Google on en a pas de trace. Le jeune artiste Libanais qui s’est suicidé et dont la sa mort a bouleversé  la ville de Beyrouth s’appelle Nour Merheb. C’est un certain Nour qui donne le dernier commentaire du spectacle «  Dors bien bel enfant » tandis que Janis Joplin chante summertime à la télévision. Coupure de courant. Le temps de l’été reste en suspend.

33 tours et quelques secondes de Rabih Mroué et Linah Saneh.

www.theatredelacite.com

01 43 13 50 50 

Jusqu’au 20 avril au Théâtre de la Cité Internationale.

A lire également l'entretien de  LUDOVIC LAMANT paru dans mediapart en juillet 2012: Avignon 2012: il n'y aura pas de révolution au Liban

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