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Billet de blog 18 juin 2013

Mes jambes, si vous saviez quelle fumée!

Sur scène, un boudoir, avec paravents en toile de Jouy, écran vidéo laissant deviner des jambes, mannequins de cire, tapis orientaux. Deux hommes traversent le plateau, perchés sur des talons aiguilles, un duo entre le modèle et son maître. En deux déhanchements, ils se retrouvent en corset et bas de soie noire.

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Pierre Molinier © 

Sur scène, un boudoir, avec paravents en toile de Jouy, écran vidéo laissant deviner des jambes, mannequins de cire, tapis orientaux. Deux hommes traversent le plateau, perchés sur des talons aiguilles, un duo entre le modèle et son maître. En deux déhanchements, ils se retrouvent en corset et bas de soie noire. Nous voilà plongé dans l’univers de Pierre Molinier, artiste photographe, maître du fétichisme. D’abord peintre, reconnu par les surréalistes, il s’est vite consacré à la photographie pour mettre en scène de ce que d’aucun nomme vice et qu’il appelle avec raison passion. : son fétichisme avec pour objet d’adoration les jambes. Molinier s’est pris en photo, seul ou accompagné, a composé des images troublantes, comme autant d’auto-portraits. Bruno Geslin metteur en scène et vidéaste et l’acteur Pierre Maillet ont réalisé « Mes jambes si vous saviez quelle fumée ! »  à partir d’entretiens que Pierre Molinier a donné en 1972, quatre ans avant sa mort.

Prendre la parole d’un homme mort est un exercice toujours périlleux. C’est sans compter avec le génie de l’acteur Pierre Maillet. Il se glisse avec jubilation dans  la peau  du maître et devient Molinier, jusqu à en adopter la voix un peu haut perchée, l’accent bordelais, les petits gloussements, les raclements de gorge. On en vient un instant à croire en la réincarnation ! Tout en vaquant à ses occupations, alors que deux acolytes, s’affairent à chercher les meilleures poses, reprendre les compositions des photos de  l’artiste, Molinier alias Maillet  parle de son activité avec un naturel déconcertant. Il décrit orgasmes et godemichés comme un chef nous parlerait de sa cuisine. Le sexe est une activité comme un autre, rien à cacher monsieur !  Comment la passion vient à lui ? une enfance passée sous les jupes des  employées couturières de sa mère de qui il caressait les jambes et « peut être bien la chatte » n’est certes pas anodine, la beauté des jambes de sa sœur morte prématurément, la découverte de ses propres jambes… Rien n’est jamais graveleux dans son récit ,et ‘est peut être ce qui le rend le plus subversif. La bandaison joyeuse ! Molinier était avant tout  un homme d’une liberté extraordinaire, militant d’aucune cause, si ce n’est celle de la liberté individuelle. Il se fichait pas mal du qu’en dira t-on. « Je vais me donner la mort et ça me fait bien rigoler » écrivait –il avant  de se faire sauter la cervelle à 76 ans. « Et ce qui me fait d’autant plus rire c’et qu’ils vont me trouver avec les ongles vernis rouges ! ça va encore faire des histoires ». glousse  Pierre, on ne sait plus lequel !

Un  ravissement  qui nous donne des ailes et une envie de foutre  en l’air tout ce qui ressemble à une chaussette !

Au théâtre de la Bastille

Jusqu’au 30 juin

01 43 57 42 14

@ :theatre-bastille.com

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