Savoir enfin qui nous buvons

Assister, ou plutôt s’engager dans le spectacle de Sébastien Barrier c’est un peu comme voyager guidé par une carte dont les chemins prennent la tangente au gré des associations d’idées.

Angélique Lileyre Angélique Lileyre

Assister, ou plutôt s’engager dans le spectacle de Sébastien Barrier c’est un peu comme voyager guidé par une carte dont les chemins prennent la tangente au gré des associations d’idées. Armé d’un verre estampillé du titre du spectacle « Savoir enfin qui nous buvons »  que l’on pourra ramener chez soi, car, comme dans toute bonne expédition, on  ramène un souvenir, on s’assoit autour d’une petite table. Le carton posé sur la table nous donne quelques indices sur le parcours, ça se passera au bord de « la rivière » nom donné par les ligériens à la Loire. Du côté d’Angers, Chambord, Cheverny, Nantes. Au verso le nom des sept vignerons dont on va déguster les vins tout au  long de la soirée.Tous produisent des vins naturels. C’est-à-dire de vins sans produits ajoutés, sans arôme à la framboise, la banane et sans sulfites... des vins fabriqués à partir de «jolis raisins» grandis dans des vignes où les herbes folles poussent autour des pieds. À mille lieues de ces breuvages qui trônent sur les barriques en imitation bois des supermarchés  pendant les foires aux vins. Sébastien Barrier est allé à la rencontre des ces hommes et ces femmes, souvent mieux connus au Japon qu’en France. Comme le gars ne fait jamais les choses à moitié et qu’il revendique un alcoolisme, voire une polytoxicomanie  notoire, il s’est littéralement imprégné de son sujet! Il découvre que ces vins-là, en plus d’être délicieux, donnent l’ivresse, sans le mal de tête et la nausée qui va avec. Ce qui on l’avouera ne peut qu’encourager la consommation débridée. Avant d’attaquer le vif du sujet, Le maître de cérémonie, discute avec les spectateurs, les chambre,. Comme le vin, il nous met à température. Il a  le culot des grands sensibles qui parlent un peu haut pour camoufler leur émotion, des gars en perpétuelle quête d amour  et prêt à tout partager. Question partage, le moins que l'on puisse dire c'est qu il ne lésine pas. Il parle vite, très vite et digresse à toute berzingue, une pensée en amenant une autre. Pour nous rassurer, il sort d'un plan, la conduite du spectacle, une  mind map gigantesque. Cet homme a décidément le cerveau en rhizome, fait comme des racines de patates qui s’étendent et se ramifient. Et c est là qu’il nous annonce que l’on est parti pour six heures, que c'est un minimum pour tout ce qu’il a à nous  raconter. On le pense fanfaron, même si, dès le démarrage, on est absolument convaincu de la maîtrise du gars en matière d oralité. Un phrasé à la mitraillette, pour  contrer un bégaiement, ne par pas perdre une seule lettre de tous ces mots.

Travail /Plaisir/Travail/Plaisir

Très vite il nous met au jus, on ne saura rien des procédés de vinification… « il ne fait pas une conférence sur le sujet”, mais beaucoup sur Pascal Potaire et Moses Gadouche, Marc Pesnot, Noëlla Morantin, Thierry et Jean-Marie Puzelat, Agnès et Jacques Carroget ,Jérôme Lenoir et Agnès et René Mosse, dont on dégustera les vins. Les portraits croisés avec l’autofiction de l’auteur s’éclairent mutuellement. La rencontre n’est  pas fortuite. Outre l’amour du vin, l’acteur et les vignerons partagent un tempérament passionné, des vies jamais toutes tracées, inscrites dans le présent,où la prise de risque est permanente et qui mêlent intimement le travail et le plaisir. Travail/plaisir, un refrain qui rythme le parcours. Le spectacle est à cru, et la langue aussi.  Quand un vin s'appelle « On s’en bat les couilles », il faut imaginer que le vigneron qui lui a donné ce nom a pu perdre sa récolte deux années de suite, mauvais temps, mildiou, la nature ne fait pas de cadeau. Alors quand la cuvée 2012 est magnifique, et oui on se lâche sur l’étiquette. Et quand on est « célibataire polygame consentant » quel  plus joli nom que celui de « Pièges à filles » pour nommer son pétillant nature ?  Tout commence et  se finit dans l’ ivresse. Un Viva pour la rupture avec Carmen, l’amoureuse  chilienne qui conduit sans permis « parce que comme ça on ne risque pas de lui enlever des points », De  récits de  bitures en cuites mémorables, on rit, beaucoup, mais avec émotion. On  boit  les mots de ce fou du langage, orateur et improvisateur hors norme. Quelques fois, il prend  sa guitare et dans un son rock  sombre, il  scande un  onboitonboitonboit, hommage à la langue papou... ou chante un texte extrait du journal d’un morphinomane.Ce sont peut-être les seuls moments où l’on peut imaginer une certaine complaisance narcissique, vite oubliée par le récit de vies mené tambour battant. 6 heures plus tard, sans qu’on s’en aperçoive le dernier métro parti depuis belle lurette, on a l’impression que l’on va sortir les duvets et prolonger la nuit. Sébastien lui ne s’arrête jamais, guidé  par la seule urgence de ceux qui savent que l on ne meurt qu'une fois.

 

 

Savoir enfin qui nous buvons  Sébastien Barrier

Avec : Pascal Potaire et Moses Gadouche   / Piège à filles

                         Marc Pesnot  /   La bohême

                         Noella Morantin/  Les Pichiaux

                         Thierry et Jean-Marie Puzelat/ La Butte

                         Agnès et Jacques Carroget / Complément Gamay

                         Jérôme Lenoir / Les roches Chinon

                          Agnès et René Mosse / Mama Rose

                        

 

 

 En tournée :

5 au 7 novembre 2014  Le Gallia Théâtre - Sainteswww.gallia-theatre.fr / 05 46 92 10 20  

5 décembre 2014           Centre Culturel Agora - Boulazacwww.agora-boulazac.fr / 05 53 35 59 65  

 

9 au13 décembre 201    Théâtre de Cornouaille – Quimper www.theatre-cornouaille.fr/ 02 98 55 98 55>  

16 décembre 2014           Le   Malamok - Le Guilvinecwww.lemalamok.fr / 02 98 58 22 65

9 au 10 janvier 2015        La Coupole - scène nationale de Sénartwww.scenenationale-senart.com/

     01603453 60

 16 et 17 janvier 2015       le 104 à Paris   www.104.fr / 01 53 35 50 00

11 au12 février 2015       Théâtre Au Fil de L’eau - Pantinwww.ville-pantin.fr / 01 49 15 40 00

13 février 2015                 La Grange Dîmière - Fresneswww.grangedimiere.fresnes94.fr / 01 49 84 56 91

20 mars 2015                   Théâtre Jean Lurçat - scène nationale d’Aubusson   www.ccajl.com / 05 55 83 09 09

27 mars 2015                   Centre Culturel - Liffré      www.ville-liffre.fr / 02 99 68 31 45

28 au 29 mars 2015          Theatre  Jacques Prévert - Aulnay-sous-Bois     http://www.tcprevert.fr. /01 58 03 92 75

01 48 79 63 63

29 au30 avril 2015            Les Sables d’Olonnewww.lessablesdolonne.fr / 02 51 96 85 78

21 au 23 mai 2015             Le Monfort - Pariswww.lemonfort.fr / 01 56 08 33 88

30 mai 2015                      Le Dôme - Saint Avé   www.saint-ave.fr / 02 97 60 70 10

5 juin 2015                        Centre Culturel Agora - Boulazacwww.agora-boulazac.fr / 05 53 35 59 65

12 & 13 juin 2015 Le 104 - Pariswww.104.fr / 01 53 35 50 00

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