Timeloss

En prologue, une voix, celle du metteur en scène Amir Reza Koohestani,  La voix est douce, une douceur renforcée par la langue Farsi. Il s’adresse à celle qui l’a quittée il y a plusieurs années. Pour elle,  il avait écrit et mis en scène Dances on Glasses, l’histoire d’un couple qui tente, sans jamais y parvenir, de comprendre pourquoi il se sépare.

Mani Lotfzadeh © Mani Lotfzadeh Mani Lotfzadeh © Mani Lotfzadeh

En prologue, une voix, celle du metteur en scène Amir Reza Koohestani,  La voix est douce, une douceur renforcée par la langue Farsi. Il s’adresse à celle qui l’a quittée il y a plusieurs années. Pour elle,  il avait écrit et mis en scène Dances on Glasses, l’histoire d’un couple qui tente, sans jamais y parvenir, de comprendre pourquoi il se sépare. Il espérait qu’elle verrait le spectacle, et que peut-être alors ils se retrouveraient. Dances on Glasses a tourné dans le monde entier, certains l'on peut-être vu dans cette même salle du Théâtre de la Bastille, Elle, elle ne l’a jamais vu. Douze ans plus tard, alors qu’on lui commande un DVD du spectacle, le metteur en scène replonge dans cette histoire.  Il faut refaire le son, celui de  la captation d’origine étant inutilisable, il convoque les acteurs pour faire le doublage.  Timeloss  met en scène la répétition de cet enregistrement.  Assis à leur table et postés l’un derrière l’autre, les deux acteurs, Hassan Madjooni et Mahin Sadri   ne se regardent pas. Les images du face à face sont  projetées derrière eux sur deux écrans séparés. Aussi distants que la table à chaque bout de laquelle étaient assis les acteurs de Dance on Glasses.La répétition commence , Elle débute par un jeu qui tourne en dispute.  Et très vite, les mots  du texte, deviennent ceux des acteurs et l’on ne sait plus si le jeu est feint ou réel, chacun jouant si bien son rôle dans la vie comme à la scène.  Il n’y a rien à comprendre à la fin d’un amour, et la répétition de la scène souligne l’impossible dialogue. Le texte est mis en abyme, jusqu’à attribuer les mots de la femme à l’homme et vice et versa, jusqu’à l’épuisement du sens.  Pourquoi se sont-ils séparés ? C’était à une fête ? Un anniversaire. Est-elle heureuse à présent. A t’il refait sa vie ? Ressassement sans résolution , on ne le saura jamais, comme on ne sait jamais vraiment ce qui se passe à l’instant T de la séparation.  L’immobilité des acteurs  devient force d’inertie et donne toute le poids des corps sidérés par la rupture. L’économie de mouvement est née de contraintes économiques, Amir Reza Koohestai est Iranien. Outre le fait qu’il doive faire face à  la censure, les moyens pour créer des spectacles sont très limités. Dans le programme distribué à l’entrée du théâtre, il raconte  que lorsqu’il a créé Dances on Glasses, il n’y  avait que quatre projecteurs dans la salle, donc si les acteurs bougeaient, ils sortaient de la lumière ; Aujourd’hui sa notoriété internationale lui donne plus de latitude, reste  l’immobilité comme force dramaturgique, métaphore d’un monde qui ne bouge que dans les apparences. C’est par l’histoire d’Orphée et Eurydice que le spectacle se termine. Le retournement d’Orphée condamne Eurydice à rester dans le royaume des morts.  Timeloss, jeu de mot entre time lost "le temps perdu" et time less "l'éternité", nous laisse la musique douce-amère de l'histoire que l’on peut rejouer à l’infini: On  n’en change pas la fin !

 

Jusqu’au 30 novembre au Théâtre de la Bastille à Paris dans le cadre du Festival d’automne.

01 43 57 42 14             www.theatre-bastille.com 

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