De quelle gauche était Michel Foucault ?

José Luis Moreno Pestaña, spécialiste de Michel Foucault, propose une mise en perspective socio-historique du parcours politique du philosophe français dans Foucault, la gauche et la politique. Un nouveau titre de la collection « Petite Encyclopédie Critique » des éditions Textuel...

José Luis Moreno Pestaña, spécialiste de Michel Foucault, propose une mise en perspective socio-historique du parcours politique du philosophe français dans Foucault, la gauche et la politique. Un nouveau titre de la collection « Petite Encyclopédie Critique » des éditions Textuel...

 

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Foucault a marqué la pensée politique de la seconde moitié du XXe siècle. L'influence de ses concepts, considérable dans le monde intellectuel, a également eu des effets chez les militants politiques, surtout ceux qui sont les plus proches de l'univers académique. Foucault, pour beaucoup, renouvelle la pensée de gauche confrontée au discrédit qui affecte aujourd'hui le marxisme, à la fin de l'espoir dans le socialisme et au renoncement social-démocrate, non seulement à la transformation du capitalisme mais même à la défense des politiques keynésiennes. Toute perspective serait-elle réduite à l'unique horizon de l'économie de marché ? Il reste des militants qui refusent d'accepter une telle réduction du champ des possibles politiques et qui croient encore que la démocratie ne se résume pas à la circulation des élites politiques, ni à des lamentations, plus ou moins sincères, sur les effets pervers d'une économie capitaliste dont personne ne semble prendre au sérieux la transformation. Pour ces militants, Foucault représente souvent une référence.

 

Les idées de Foucault sont-elles utiles pour combattre l'état actuel des choses et, si ce n'est pour transformer le système capitaliste, du moins pour le redresser et l'obliger à respecter un pacte social plus égalitaire ? Le présent ouvrage entend présenter l'œuvre de Foucault, en même temps que les événements les plus importants de sa trajectoire biographique, sur trois niveaux : son expérience sociale, sa trajectoire académique et ses engagements politiques. Á partir de ce cadre interprétatif, est proposée une lecture de ses œuvres, et surtout de ce qu'elles recèlent de pertinent du point de vue politique. Un travail comme celui-ci se heurte à trois difficultés.

 

Première difficulté : ne pas réduire la philosophie à la politique. On ne peut pas dire que tout ce qu'a dit Foucault peut s'interpréter selon les paramètres gauche/droite. Foucault fut un philosophe et non un politique (bien qu'il ait pris part à la politique et que ses discours aient eu, ont et auront un effet politique) et même les politiques ne pensent pas tout (par exemple, quand ils ont un problème de vésicule) selon la dichotomie gauche/droite (même si certains hypertrophient les paramètres politiques et jugent presque tout d'après ce cadre).

 

Deuxième difficulté : il n'est guère aisé de savoir ce qu'est la gauche et ce qu'est la droite tout au long de l'histoire. Il faut clarifier ce que l'on entend par gauche ou par droite à chaque état historique du champ politique si l'on veut lire les travaux de Foucault à travers ce prisme.

 

Troisième difficulté : accepter le fait qu'avec ce modèle d'analyse peut être comprise une dimension importante de œuvre de Foucault, mais pas toute l'œuvre. Á certains moments de sa carrière, surtout au début, le travail intellectuel de Foucault a consisté en des méditations sur la littérature (par exemple, sur la relation entre la folie et l'écriture) dont la signification politique était très floue. Pour le reste, lorsque le travail philosophique se concentre, comme cela s'avère coutumier dans le monde académique, sur le simple commentaire de textes philosophiques, on ne peut pas lui attribuer clairement une signification politique directe.

 

La relation de la philosophie avec la politique apparaît clairement lorsqu'on en a une vision ouverte (la philosophie sort des textes qualifiés comme philosophiques) et qu'on considère que les événements continuent de donner des raisons à la rénovation de notre connaissance, de nos schémas moraux ou de notre sensibilité esthétique : en somme, la vie quotidienne continue de nous poser des problèmes philosophiques. Afin d'expliquer la structure du système capitaliste, avançait Foucault, il ne faut pas concentrer son attention sur Hegel ou sur Comte, mais sur les documents quotidiens sécrétés par les administrations. Foucault considérait que son travail embrassait les frontières entre la philosophie et la non philosophie, et il n'a pas hésité à critiquer ceux qui avaient une vision institutionnalisée d'une discipline philosophique qui ne voulait rien entendre du dehors.

 

Politiquement parlant, Foucault a été inconstant et l'est resté toute sa vie. Á l'École normale supérieure (ENS), il a été communiste puis, pendant ses premières années universitaires, proche du pouvoir gaulliste. Par la suite, après Mai 1968, il a été d'extrême gauche et, à la fin des années 1970, a flirté avec le néolibéralisme. Il y a deux manières de considérer ces évolutions : comme une adaptation aux positions politiques qui permettent le plus grand impact intellectuel ou comme l'effet d'une trajectoire complexe au cours de laquelle l'individu Foucault a tissé des relations avec différentes fractions de l'espace politique. La première explication suppose un agent rationnel qui calcule les dividendes de chaque positionnement politique et qui en change selon le contexte social et les transformations de la conjoncture historique. La seconde explication, celle qui sera assumée ici, est plus complexe et ouvre plus d'interrogations : elle considère l'individu comme le résultat d'un maillage d'interactions serrées qui s'enchevêtrent dans une façon d'être. Au sein de l'individu cohabitent différentes façons d'être, résultat d'expériences diverses. Cela suppose des couches plus ou moins intégrées dans le comportement qui, parfois, permettent un comportement pluriel et adapté à la situation et, en d'autres occasions, induisent un comportement contradictoire.

 

 

José Luis Moreno Pestaña est l'auteur de Foucault, la gauche et la politique (éditions Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », 144 pages, 9,90 euros, février 2011). Il est maître de conférences de philosophie à l'Université de Cadix, spécialiste d'épistémologie des sciences sociales (il est le traducteur espagnol du sociologue français Jean-Claude Passeron). Il a notamment publié : En devenant Foucault. Sociogenèse d'un grand philosophe (Broissieux, édition du Croquant, 2006) et Moral corporal, trastornos alimentarios y clase social (Madrid, CIS, 2010).

 

Pour faire venir l'auteur pour un débat (dans une librairie, un cadre militant, universitaire ou autre), contacter Eve Bourgois aux éditions Textuel <eve.bourgois@editionstextuel.com>.

 

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