Quand mon moteur fait boum ! Vers un 3e choc pétrolier.

Alors que le Brésil vient d’annoncer en fanfare la découverte d’un nouveau gisement de pétrole, le plus grand du monde, le prix du baril lui s’envole et nous rejoue un troisième choc pétrolier incognito.

Voiture_brule.jpgAlors que le Brésil vient d’annoncer en fanfare la découverte d’un nouveau gisement de pétrole, le plus grand du monde, le prix du baril lui s’envole et nous rejoue un troisième choc pétrolier incognito. Le FT rappelle que la Russie, le Mexique et la Norvège – respectivement 2e, 5e et 8e producteurs mondiaux, ont atteint leur « oil peak », leur pic de production. Ils ouvrent le bal de ce qui pourrait bientôt être un bouleversement sans précédent du monde : les experts prédisent que la production pétrolière commencera à diminuer dans une dizaine d’années alors que la demande explosera, faisant s’envoler les prix. Et si tout cela avait déjà commencé ?

 

 

La mondialisation, fille de l'or noir

 

L’énergie, c’est le nerf de l’économie. Sans elle, rien à faire. On a essaye les énergies renouvelables, le nucléaire, le gaz – et ca marche, plus ou moins – mais jusqu’a présent, on n’a rien trouve de mieux que le pétrole pour faire marcher les voitures. 50% du pétrole est utilisé dans les transports. Voiture, camion, avions, bateaux, tout ce qui sert a transporter les biens et les hommes mange du pétrole.

 

Or la mondialisation, c’est principalement ca : la possibilité d’aller ou on veut quand on veut. Car, c’est bien beau de construire pour pas cher en Chine, il faut encore rapatrier ca vers chez nous. Sans transport bon marche, pas de mondialisation. Ou, pour faire vite, sans pétrole, pas de globalisation.

 

 

A cela ajoutons tous les usages quotidiens du pétrole, du plastique a la production d’énergie, et on voit que notre civilisation est celle de l’or noir. Et concluons en disant que la combustion du pétrole, de ses dérives et du charbon, produit du CO2 qui pourrait l’atmosphère et provoque un réchauffement climatique.

 

3e choc pétrolier à l'horizon

 

 

Dans ces conditions, le prix du pétrole détermine grandement la bonne sante de l’économie mondiale. Rappelons-nous en 1973 et 1973, les crises pétrolières : le prix du baril explose, et toute l’économie mondiale est mise à terre. Elle n’allait déjà pas très bien, le modèle fordiste commençant à s’essouffler, et ce double choc l’a mise KO. Il a fallu change de logiciel économique : libéralisation des marches, chômage de masse, économie du savoir, etc. Un graphique, même moche, éclaire les choses (il s'agit du prix réel du pétrole depuis 1947).

 

Oil_prices.jpg

On y distingue les deux chocs, qui ont multiplie le prix du baril par, respectivement, 2.2 et 2.1. Et on voit aussi un nouveau choc, mais moins brutal : le prix à été multiplie par 3 en 5 ans. Plus que les deux Chocs historiques.

 

Il faut dire qu’avec un Euro fort comme le notre, nous n’avons pas vraiment vu cela, et c’est même plutôt une aubaine. Pour les USA, c’est déjà moins drôle : comme les prix sont en dollar, on peut aussi penser que la hausse du pétrole est lie à la baisse du dollar. Mais, cette hausse veut sans doute dire autre chose.

 

Le "oil peak", ou l'acmé économique

 

 

Les géologues en discutent avec passion : le« », le moment ou la production de pétrole sera à son maximum, le pic avant la chute, l’apogée de la civilisation de l’or noir. La date est dure à estimer. 2015 ? 2025 ? 2040 ? Bientôt en tous cas. Et avec la montée en puissance de la Chine et de l’Inde, ce pic pourrait avoir lieu plus tôt que prévu. La Russie, le Mexique et la Norvège, entres autres, ont déjà annonce qu’elles avaient atteintsleur pic. Les pays du Golfe l’attendent pour 2015 ou 2020. Il n’y a qu’en Irak ou les réserves semblent plus consistantes...tiens mais qu’y font les Etats-Unis ?

Baisse de l’offre, anticipée ou effective, hausse de la demande : bingo, les prix s’emballent.

La hausse faramineuse des prix n’est pas due, comme en 1973 ou 1979, a des troubles politiques, ce n’est pas une hausse provoquée, mais une hausse naturelle, et c’est sans doute beaucoup plus préoccupant. Rien n’indique donc que les prix vont baisser comme ils l’avaient fait en 1985-87. Tout au contraire laisse penser qu’ils continueront d’augmenter, ou au moins stagneront. La période des transports quasi gratuits touche a sa fin, et avec elle, une certaine phase de la mondialisation, voire la mondialisation tout court si la tendance se poursuit.

En attendant le baril a atteint la plus haute valeur jamais atteint : $112. Et si mon moteur n’a pas encore fait boum, mon portefeuille, lui, ne se sent pas très bien.

Reste l’espoir que nous trouvions de nouvelles sources d’énergie non polluante. Ou certains pourraient simplement y voir le moyen de tourner la page d’une économie dispendieuse et polluante pour ouvrir une phase de décroissance.

 

 

 

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