L’économie du gratuit, Mediapart en question ?

Temps_a_vendre.jpgInternet a bouleverse les industries traditionnelles du savoir - presse, majors - en liberalisant leur matiere premiere. Mais aucun modele economique n'a pris la releve de l'ancien, en particulier pour la presse, entre quete existentielle et crise economique.

Extension des horizons et reduction des couts, le dilemme impossible

 

 

 

Economie du gratuit ? Ca ressemble a un oxymore et pourtant elle est la qui ébranle la presse, et met dans la rue les journalistes du Monde aujourd’hui. Blogs, forums, medias citoyens, wikis, flux RSS, objets barbares devenus en quelques années les symboles d’un nouveau journalisme : le journalisme gratuit. Qu'est-ce qu'un « journaliste » aujourd’hui et comment peut-il gagner son pain dans un tout-gratuit ?

 

Le Web, c’est une chance pour le journalisme : une audience presque infinie, des couts de production très faibles, la possibilité d’un débat critique avec les lecteurs, la polyvalence des supports d’informations, la multiplicité des points de vue, etc. Mais, c’est aussi une angoisse : la presse n’a plus le monopole de l’écrit, ni de l’information, les citoyens se mettent a écrire, les lecteurs préfèrent les blogs superficiels aux longues analyses. C’est la raison d’être même du journaliste qui est en cause : passionnant car il faut tout réinventer, et angoissant par la même.

 

Et de l’autre cote, il y a un problème financier : comment payer les journalistes ? Alors que blogueurs et citoyens écrivent, eux, pour leur plaisir ? La pub, l’abonnement, les aides publiques, la charité ? Ca ne marche pas très bien, et personne n’a trouve de réponse pérenne. Et sans argent, point de salut. Ils sont nombreux les rapports à pointer les difficultés de cet accouchement, de l’Institut Montaigne au Ministère de la Culture, sans apporter d’autre réponse qu’un pessimisme de bon aloi.

 

Le cas MediaPart, un hybride innovant

 

Mediapart est une solution originale: un hybride, entre media a l’ancienne avec abonnement et journalistes professionnels et media nouveau, avec blogs, participation des lecteurs et version numérique. Qu’en penser ?

Il y a des « pourquoi j’adhère a Mediapart ? » mais pas de « pourquoi je m’abonne ». Alors rattrapons le retard !

 

Première de mes raisons : Edwy Plenel. Ne mentons pas, c’est sur son crédit que je me suis abonne. L’idée d’un journalisme indépendant, critique, son ambition un peu révolutionnaire, m’ont plu.

 

Deuxième raison : ce n’est pas cher. Moins de 10€ par mois, c’est moins que d’acheter un DVD. Mais je peux aussi partir des que j’en ai marre.

 

Troisième raison : le club. Le Siècle des Lumières a été celui des salons. Salons des amoureux de la raison, de tous métiers, se réunissant pour critiquer leur monde et penser celui de demain. Aujourd’hui, les think tanks, forme moderne de ces salons mais, pour y avoir participé, ils restent coupes des autres citoyens, les sujets abordes sont ceux du moment et la critique n’y vit qu’en cellophane. Autre formule : les forums ou les commentaires, type AgoraVox. Mais la, c’est le contraire, trop de monde, des commentaires souvent peu renseignes, ennuyeux, ou complètement à cote du sujet y côtoient d’autres beaucoup plus avises. Le Salon du 21e siècle sera-t-il un entre-deux: ouvert et ferme, hub des critiques et des savoirs ? Sa forme reste à inventer, et MediaPart me semble en être une piste prometteuse.

 

Economie du gratuit, economie de temps ?

 

Mais, au fond, qu’attendre de tout ca ? Il y a aujourd’hui de l’information partout et gratuite, des commentaires a foison, une immédiateté de l’information impossible pour un journal papier, ou d’analyse. Et justement, il y en a trop. La ou, autrefois, le journaliste avait le monopole de la recherche d’informations, il doit aujourd’hui avoir celui de sa sélection.

 

Car aujourd’hui, ce qui coute cher, ce n’est pas l’information, c’est le temps qu’il faut pour la trouver. En résumé, l’info ne vaut plus rien, mais la valeur du temps flambe. Plus le temps de chercher, plus le temps de penser, le journalisme peut entrer dans cette brèche : journal spécialisé, formules personnalisées – avec laquelle le lecteur trouvera ce qui l’intéresse – attirer l’audience vers le site par des buzz, la starification des journalistes, les rendre plus humains, en montrant comment ils exercent leur métier via leur blog. Inventer un journaliste-héros qui nous vende du temps et plus de l'info.

 

L’économie du gratuit serait-elle une économie de temps ? peut-être, tout alors est a repenser.

 

La suite au prochain article.

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