Congrès mondial du pétrole à Doha : le "peak oil" est repoussé (dans une certaine allégresse)

Le vingtième congrès mondial du pétrole, d'une durée de cinq jours, vient de s'achever. Il s'est tenu à Doha, pour la première fois dans un pays du Moyen-Orient, le Qatar, où une foule de participants s'est déplacée, 5500 personnes venant d'une soixantaine de pays.

Le vingtième congrès mondial du pétrole, d'une durée de cinq jours, vient de s'achever. Il s'est tenu à Doha, pour la première fois dans un pays du Moyen-Orient, le Qatar, où une foule de participants s'est déplacée, 5500 personnes venant d'une soixantaine de pays.

 

Grâce à des procédés techniques permettant une meilleure extraction des gisements, l'exploitation prometteuse des hydrocarbures de roche-mère (gaz et huiles de schiste), les perspectives rendent optimistes et amènent les responsables de l'industrie pétrolière à repousser le fameux "Pick Oil", initialement déclaré en 2006, vers ... 2030....

 

[ «Les ressources semblent plus abondantes que jamais auparavant». Ce constat du Secrétaire Général du Forum International de l’Energie (FIE), Noe Van Hulst, illustre le message «optimiste», comme l’a qualifié le patron de Total, Christophe de Margerie, délivré hier pendant les débats consacrés au peak oil lors du Congrès Mondial du Pétrole. Entre 2007 et 2009, 1,6 baril de nouvelles réserves a été apporté pour chaque baril produit à traversle monde, a souligné le directeur général de la Qatar Petroleum International. NasserK. Al Jaidah a en particulier rappelé l’apport des nouvelles technologies, affirmant que la communication numérique entre gisements et centres de contrôle pouvait apporter 125 milliards de barils supplémentaires, soit environ 9% des réserves totales.


«De grandes régions restent inexplorées, par exemple en Irak ou en Arabie Saoudite, sans parler de l’Afrique», a précisé NoeVan Hulst. Conclusion du dirigeant de QPI: «le pic de Hubbertn’est pas en vue». Encore faut-il s’entendre sur ce que l’on entend par «peakoil». Car si l’on s’en tient au seul brut conventionnel, l’Agence internationale de l’énergie a estimé dans son World Energy Outlook 2010 que le pic avait été atteint en 2006. Mais, en ajoutant les autres productions de liquides (biocarburants, pétrole non conventionnel…), la donne est totalement différente. La prise en compte du brut non conventionnel accroît les réserves mondiales de plus de 1000 Gbls (à plus de 3000Gbls), les faisant passer de 70 à 100 années de consommation, a précisé le p-dg de Total. S’exprimant dans l’une des grandes salles du Centre de convention national de Doha, où sa présence avait attiré une large audience, Christophe de Margerie a rappelé que selon le groupe français, la production pétrolière mondiale devrait atteindre un niveau pic de 95Mb/j aux alentours de 2020. «Nous ne voyons pas comment nous pourrions aller au-delà», a-t-il indiqué (un avis que ne partage pas l’OPEP,qui s’attend à des débits de 110 Mb/j en 2035). D’après Total, l’atteinte d’un niveau de 95Mb/j pourra être suivi d’un «long plateau», à condition toutefois que les réserves non conventionnelles soient exploitées, «sans cela nous aurons un problème», a poursuivi M. de Margerie. Résultat, sans doute, de l’affaire française des gaz de schiste, le p-dg de la Major a insisté à de nombreuses reprises, lors de ses déclarations d’hier, sur la nécessité de rendre acceptable l’exploitation des ressources. «Il faut que l’opinion publique comprenne qu’on peut développer les hydrocarbures de manière plus propre. Notre rôle, c’est aussi de la convaincre», a-t-il insisté ultérieurement devant des journalistes. «L’énergie,c’est la vie. Elle peut être produite tout en tenant compte de l’environnement», a poursuivi M. de Margerie lors de la conférence consacrée au peak oil. «Yes,we can!», s’est-il exclamé, fidèle à sa réputation d’orateur iconoclaste et plein d’humour. Mais les investissements consentis pour rendre l’énergie plus propre majoreront son coût, a-t-il averti. Quoi qu’il en soit, Total estime que face à l’évolution attendue de la production, la demande pétrolière mondiale devra idéalement atteindre son niveau pic vers 2030.
Et pour son patron, la question du peak oil est un faux débat, la vraie problématique étant de s’assurer de produire suffisamment pour répondre à la demande. L’enjeu est de taille. Compte tenu de la déplétion naturelle des champs déjà exploités, 40Mb/j de production supplémentaire devront être apportés d’ici à 2020. Les investissements seront à l’avenant. Rien que pour maintenir le niveau de la production pétrolière de l’OPEP, 100 G$/an devront être investis au cours des prochaines années! Reste que pour Noe Van Hulst, le pic de la demande sera peut-être atteint avant celui de l’offre, d’autant que les prix élevés du brut encouragent à améliorer l’efficacité énergétique et à utiliser des énergies alternatives dans les secteurs autres que le transport. Egalement présent au WPC, le directeur général de Saudi Aramco, Khalidal-Falih, avait précédemment déclaré que la hausse des approvisionnements pétroliers devrait en tout cas réduire les craintes en matière de sécurité de l’offre.

 

«Nous sommes au début, je crois, de ce qui sera une nouvelle renaissance pour le pétrole», avait-il déclaré, ajoutant: «je pense que tous les éléments nécessaires à un nouvel âge d’or du pétrole sont présents». (De notre envoyée spéciale à Doha - BIP (Bullletin Industrie Pétrolière) du 8/12/2011 "Le peakoil remisé aux oubliettes au Congrès Mondial du Pétrole].

 

 

Lire également ici :

 

"Des réserves de pétrole disponibles jusqu'en 2053. Et après?"

 

http://www.rtbf.be/info/economie/detail_les-reserves-de-petrole-permettront-d-encore-tenir-quelques-annees?id=7206773

 

 

 

 

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