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Le Club de Mediapart lun. 26 sept. 2016 26/9/2016 Édition du matin

Encore un rapport accablant contre Shell au Nigéria

*

Communiqué de presse d'Amnesty International

 

6 novembre 2013

 

"Les mensonges de Shell sur les déversements d'hydrocarbures dans le delta du Niger révélés au grand jour"

 

"Avec ses affirmations profondément suspectes et souvent fausses sur la pollution aux hydrocarbures dans le delta du Niger, Shell a manipulé les enquêtes sur les déversements de pétrole au Nigeria, ont déclaré Amnesty International et le Centre nigérian pour l’environnement, les droits humains et le développement (CEHRD).

Un nouveau rapport publié jeudi 7 novembre 2013 donne des exemples précis de mensonges de Shell sur la cause des déversements, leur volume ou l’étendue et l’efficacité des mesures de dépollution.

« Shell fait preuve de mauvaise foi à propos de la dévastation provoquée par ses activités dans le delta du Niger. Ces nouvelles preuves montrent que ses affirmations sur les déversements de pétrole ne sont pas crédibles », a déclaré Audrey Gaughran, directrice chargée des questions internationales à Amnesty International.

De nouvelles analyses réalisées par un expert indépendant ont montré que les rapports d’enquête dits « officiels » sur les causes des marées noires dans le delta du Niger pouvaient être « très subjectifs, fallacieux, voire purement et simplement faux ».

Le rapport révèle des faiblesses intrinsèques dans la manière dont les causes et le volume des déversements sont déterminés – avec des erreurs importantes dans les volumes enregistrés.

Pour les populations concernées, les conséquences sont désastreuses et peuvent se traduire par une absence totale ou quasi-totale d’indemnisation.
Personne n’oblige les compagnies pétrolières à fournir des preuves exhaustives et indépendantes de ce qu’elles affirment. Les éléments de preuve existants restent entièrement sous leur contrôle.

« Shell cherche à accuser autrui en s’appuyant sur des rapports d’enquête qui, parfois, sont plus que douteux », a déclaré Styvn Obodoekwe, directeur des programmes du CEHRD.

À la demande d’Amnesty International et du CEHRD, le spécialiste indépendant des oléoducs aux États-Unis, Accufacts, a évalué un certain nombre de rapports d’enquête sur des déversements d’hydrocarbures, ainsi que les réponses des compagnies pétrolières présentes dans le delta du Niger et de l’organisme nigérian chargé des marées noires.

L’expert a trouvé des cas dans lesquels le déversement avait été faussement attribué à des actes de sabotage. Dans beaucoup d’autres cas, la version du sabotage a été retenue mais n’est étayée que par très peu de données concrètes, voire aucune.

Dans l’ensemble, Accufacts a conclu que de nombreux rapports d’enquête officiels étaient « techniquement incomplets » et que d’autres semblaient « servir d’autres intérêts, s’appuyant davantage sur des considérations politiques […] que sur l’examen scientifique des installations pétrolières ».

Les services nigérians, dotés de moyens très insuffisants, peuvent difficilement superviser ou contrôler la situation et sont obligés de s’en remettre aux enquêtes des compagnies pétrolières.

Il est arrivé une fois qu’un organisme de contrôle envoie seul un étudiant stagiaire sur une enquête concernant un déversement de pétrole.

« Ce système est largement ouvert aux abus – et ceux-ci ne manquent pas de se produire. Il n’y a personne pour contredire les compagnies pétrolières, et pratiquement aucun moyen de vérifier de manière indépendante ce qu’elles disent. En quelque sorte, c’est “Faites nous confiance – nous sommes de grandes compagnies pétrolières”», a indiqué Audrey Gaughran.

Depuis 2011, Shell a quelque peu amélioré ses rapports d’enquête, et publie notamment sur son site internet des images des déversements de pétrole. Toutefois, de graves lacunes restent à déplorer, notamment des faiblesses dans les éléments de preuve utilisés pour attribuer les marées noires au sabotage.

Les informations qui figurent dans les rapports d’enquête servent à déterminer si les compagnies pétrolières doivent indemniser ou non les populations concernées.

Malgré leurs lacunes, ces rapports sont cités à titre de preuve dans les procédures judiciaires.
Amnesty International et le CEHRD ont trouvé des informations prouvant que, dans un cas, Shell avait modifié la cause officielle enregistrée à la suite d’une enquête sur un déversement.

Dans une autre affaire, une vidéo tournée en caméra cachée montre des responsables de Shell et l’autorité de contrôle tenter d’ébranler les éléments de preuve en convainquant les représentants de la population au sein de l’équipe enquêtrice de ne pas attribuer le déversement à une défaillance technique.
Une vidéo d’une fuite d’hydrocarbure à Bodo en 2008, examinée par Accufacts, montre que Shell a fortement sous-estimé le volume de pétrole déversé.

Le rapport d’enquête officiel de Shell indique que seulement 1 640 barils ont été déversés au total, mais d’autres éléments portent à croire que le volume a été au moins 60 fois supérieur.

Des centaines de marées noires ont lieu au Nigeria chaque année, provoquant d’importants dégâts sur l’environnement, détruisant des moyens de subsistance et menaçant sérieusement la santé humaine.

Ces déversements d’hydrocarbures sont dus à la corrosion, au mauvais entretien des infrastructures pétrolières, à des défaillances techniques ainsi qu’à des actes de sabotage et des vols de pétrole.

Shell affirme régulièrement à ses investisseurs, à ses clients et aux médias que la majeure partie des marées noires est due au sabotage et aux vols, mais ces affirmations ne sont pas confirmées par les faits.

« Au lieu d’être à la place de l’accusé quand une marée noire se produit au Nigeria, Shell se retrouve dans le rôle du juge et des jurés. Ce sont les populations qui sont condamnées à la perpétuité, une fois leurs terres et leurs moyens de subsistance détruits par la pollution », a souligné Audrey Gaughran.

« Shell et les autres compagnies pétrolières parlent du sabotage et des vols dans le delta du Niger comme si cela les dispensait de toute responsabilité. C’est le seul endroit au monde où les entreprises reconnaissent effrontément la pollution massive aux hydrocarbures provoquée par leurs activités tout en affirmant qu’elles n’y sont pour rien. »

« Quasiment partout ailleurs, elles seraient sommées d’expliquer pourquoi elles n’ont rien fait pour l’empêcher. »

Les affirmations de Shell sur la quantité de pétrole déversée à cause des actes de sabotage et des vols sont de plus en plus contestées. En juin 2013, un organisme néerlandais a estimé que les déclarations du géant pétrolier se fondaient sur des éléments de preuve controversés et des enquêtes entachées d’irrégularités.

« Maintenant que ses affirmations sur le sabotage et les vols sont examinées de plus près, Shell change de discours, évoquant davantage le raffinage illégal comme cause de la pollution aux hydrocarbures. Une fois encore, le géant pétrolier donne une interprétation tendancieuse d’un véritable problème afin de protéger son image », a dénoncé Styvn Obodoekwe.

« Le raffinage illégal est source de pollution, mais Shell ne peut le désigner comme cause dans des cas précis que si elle est en mesure de produire des preuves dignes de foi. »

Le rapport estime que les entreprises devraient être pénalement responsables du fait de n’avoir pas pris des mesures efficaces pour protéger leurs installations, notamment face aux actes de sabotage.

Amnesty International et le CEHRD appellent les compagnies pétrolières à publier tous leurs rapports d’enquête, ainsi que les photos et les vidéos qui les accompagnent. Elles doivent fournir des preuves vérifiables de la cause de tout déversement et des dégâts provoqués dans la zone concernée.

Le gouvernement nigérian doit aussi renforcer de façon substantielle les capacités des autorités de contrôle, notamment en leur accordant un budget de fonctionnement plus élevé."


-FIN -


Un exemplaire du rapport sous embargo peut être obtenu sur demande. Des experts d’Amnesty International spécialisés dans le delta du Niger sont disponibles pour des entretiens.
Des photos et des vidéos sont à disposition sur demande.

 

Lire également sur le site de "Goodplanet":

 

"Delta du Niger : Shell accusé de truquer les rapports d’enquête "

 

"Un rapport d’Amnesty International met en cause la manière dont les compagnies pétrolières, en particulier  Shell, font face aux marées noires dans le delta du Niger, au Nigeria.  « Shell ment », affirme Jacques Viers porte-parole d’Amnesty International France. « Nous voulons attirer l’attention sur ce qui se passe dans cette région. C’est la plus grande marée noire terrestre, mais comme ce n’est pas spectaculaire, cela n’intéresse pas les médias. » Or, Shell sous-déclarerait les quantités d’hydrocarbures déversées. Et surtout, l’entreprise mettrait une bonne partie des accidents sur le compte de sabotages sans preuves avérées. Le rapport montre pourtant que « la plupart des marées noires ne sont pas causées par du sabotage.  »

« Au lieu d’être à la place de l’accusé quand une marée noire se produit au Nigeria, Shell se retrouve dans le rôle du juge et des jurés. Ce sont les populations qui sont condamnées à la perpétuité, une fois leurs terres et leurs moyens de subsistance détruits par la pollution », souligne Audrey Gaughran, directrice chargée des questions internationales à Amnesty International."

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Là-bas c'est Shell, ailleurs Total (en Birmanie par exemple) ou en Amérique du sud  Repsol, selon un récent reportage Arte qui est peut-être encore visible avec Arte+7?  Les Indiens contre les rois du pétrole  ou encore Texaco puis Chevron  (là, il semble y avoir procès)

Les grandes compagnies pétrolières défigurent les paysages, chassent les habitants pour s'installer et polluent durablement terres et cours d'eau.  Même quand elles ont cessé l'exploitation, les installations rouillent sur place, personne ne vient réhabiliter les régions touchées.  C'est une véritable malédiction pour les pays dont le sous-sol contient des hydrocarbures (ou d'autres ressources exploitables). 

06/11/2013 

ENVIRONNEMENT EQUATEUR : DANNY GLOVER LUTTE CONTRE UNE COMPAGNIE PÉTROLIÈRE

L’acteur et activiste américain Danny Glover a participé mardi en Equateur à la campagne lancée par le président socialiste Rafael Correa contre la compagnie pétrolière Chevron, en litige avec ce pays en raison d’une amende record pour pollution.

«Cette piscine de déchets toxiques a porté atteinte à la vie des communautés riveraines et tant qu’elle sera là, justice ne sera pas faite», a déclaré Danny Glover.  Photo AFP/Rodrigo BUENDIA

«Cette piscine de déchets toxiques a porté atteinte à la vie des communautés riveraines et tant qu’elle sera là, justice ne sera pas faite», a déclaré Danny Glover. Photo AFP/Rodrigo BUENDIA

 

Connu pour son rôle dans la saga de l’«Arme fatale», la vedette noire d’Hollywood, sympathisants des dirigeants de gauche latino-américains, s’est rendu à Aguarico dans la province amazonienne de Sucumbios (nord-est) en Amazonie, plongeant la main dans une mare de pétrole sauvage.

«Je me sens engagé par rapport à ce qui se passe ici. En voyant les dégâts occasionnés, il me semble que Chevron doit répondre pour cela», a lancé l’acteur de 67 ans lors de cette visite, au milieu d’une forêt de micros et de caméras.

«Cette piscine de déchets toxiques a porté atteinte à la vie des communautés riveraines et tant qu’elle sera là, justice ne sera pas faite. Il faut de grands moyens pour remédier à tout cela et Chevron doit sans aucun doute prendre ses responsabilité», a poursuivi Danny Glover.

L’artiste s’est dit indigné. «Quand j’ai mis la main dans le pétrole, j’ai senti de la rage, j’ai senti de la force et j’ai senti que c’est une lutte que nous allons gagner».

Poursuivi à l’origine par quelque 30 000 indigènes et agriculteurs, le géant pétrolier américain conteste être à l’origine de la pollution qu’il attribue à la compagnie d’Etat équatorienne Petroecuador. Plusieurs procédures ont été lancées par Chevron devant des tribunaux.

Au total, la compagnie a été condamnée par la cour de Sucumbios à une amende de 19 milliards de dollars pour cette pollution en Amazonie attribuée à Texaco qui y a démarré ses opérations dans les années soixante et qui a été racheté en 2001 par Chevron.

Dans un communiqué, Chevron a de nouveau fustigé la campagne du gouvernement équatorien, déplorant des «show médiatiques pour détourner l’attention loin de ses propres obligations».

AFP

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