Du gaz et du pétrole en Méditerranée orientale !

L'annonce fut assez discrête. Dans un rapport publié en avril 2010, l'US Geological Survey ou USGS (le service géologique américain) annonce la présence très probable d'un important gisement exploitable de gaz et de pétrole dans le bassin du Levant, en Méditerranée orientale.

L'annonce fut assez discrête. Dans un rapport publié en avril 2010, l'US Geological Survey ou USGS (le service géologique américain) annonce la présence très probable d'un important gisement exploitable de gaz et de pétrole dans le bassin du Levant, en Méditerranée orientale.

La carte ci-dessous (source USGS) montre le champ du gisement:

http://www.sciencedaily.com/images/2010/04/100408132812-large.jpg

 

Les points colorés identifient les gisements déjà explorés.

 

L'USGS estime le gisement total à 17 milliards de barils de pétrole de 122 tcf (trillion cubic feet) de gaz (1 cubic foot ~ 28 litres ou 0,028 mètres cube). C'est assez considérable. Pour fixer les idées, la production annuelle et mondiale de gaz est de l'ordre de 100 tcf. En fait c'est probablement un des plus gros gisement de gaz découvert.

 

La zone est explorée depuis quelques années. Ainsi, la société novégienne Petroleum Geo-Services (PGS) a effectué plusieurs explorations pour le compte du Liban :

http://www.pgs.com/upload/253135/lebanon_0609.gif

Le quadrillage représente la campagne d'exploration 2D et les zones bleues les sondages 3D. Pour avoir plus de détail, il suffit d'aller consulter leur base de données. En jaune, les zones explorées par Noble Energy (USA) ou exploitées (étoiles rouges).

 

Ce n'est pas le seul gisement offshore trouvé en méditerranée (il y en a un au large du delta du Nil par exemple).

 

Ces exploitations offshore présentent en effet un risque écologique important comme l'accident de BP dans le golfe du Mexique vient de nous le rappeler. Mais la mer Méditerranée, petite et pratiquement fermée est déjà lourdement touchée sur le plan écologique. Elle n'aura certainement pas la même capacité de résistance aux pollutions que l'immense océan mondial.

 

Il saute aux yeux, lorsque l'on regarde la carte que les pays concernés, ou du moins voisins, sont Israël, le Liban et Chypre avec éventuellement la Syrie et la Turquie.

 

L'histoire récente de cette région n'est qu'une succession de conflits et d'agressions (Israël et le Liban sont encore officiellement en guerre). Chypre à été partiellement envahie par la Turquie et est toujours coupée en deux. La Syrie a tendance à se comporter au Liban comme si elle était chez elle, ....

 

Or le pétrole est quelque chose qui suscite des appétits tels que l'on hésite pas à fouler aux pieds de nombreux principes pour se l'approprier.

 

L'histoire s'est déjà mise en marche. La société américaine, Noble Energy, très implantée en Israël depuis 1998 et qui y explore et exploite des gisements de gaz offshore depuis 2006 (ils sont en jaune sur la carte précédente) s'est fait écho de la découverte de l'USGS (elle en a même amplifié l'estimation).

 

En fait elle le savait depuis plus d'un an mais n'en avait fait qu'une annonce très discrète, une sorte de compromis entre les négociations de licences d'exploitation et la nécessiter de lever des fonds (donc dire du positif à ses actionnaires). Il en est de même d'autres compagnies qui se sont positionnées dès 2009, comme le canadien Bontan Corporation.

 

Cela a fini par réveiller la fourmilière du moyen orient en suscitant craintes et menaces chez les voisins d'Israël face au risque de se faire spolier de leur part du magot. En effet, ni le gaz, ni le pétrole ne connaissent les frontières. Si l'on pompe d'un coté, le gisement du voisin en retard va se vider.

 

Le président du parlement libanais, Nahbi Berri a ainsi déclaré que "le Liban devait immédiatement prendre des mesures pour défendre ses droits non seulement financiers, mais également économiques, politiques et souverains". Le parlement libanais vient d'ailleurs de voter, ce 18 Août, une loi autorisant l'exploitation offshore du gaz et du pétrole.

 

En face, chez Israël, c'est la réponse habituelle: On montre ses muscles: Le ministre israélien des Infrastructures nationales, Uzi Landau, a ainsi déclaré : "Israël n'hésitera pas à user de la force, non pas pour défendre ses droits, mais pour défendre le droit maritime international". Quand on repense à l'attaque meurtrière dans les eaux internationales de la flottille en route vers Gaza cela laisse rêveur.

 

C'est qu'en fait, il n'y a aucun accord dans cette région sur des frontières maritimes ou des "zones économiques exclusives". On au delà des 12 miles nautiques des eaux territoriales (22 km) internationalement définies, c'est le "far west". De plus, Israël, fidèle à ses habitudes n'a pas ratifié la convention de Montego Bay qui devrait permettre de résoudre ce genre de litiges.

 

Nous avons donc là tous les ingrédients pour une exploitation sereine et sécurisée d'un nouveau gisement de gaz et de pétrole, n'est ce pas!

 

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