Quand BP corrompt aussi les hommes

BP en opération séduction chez les scientifiques américains

 

 

 

 

 

 

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Ces dernières semaines, BP offre des contrats très juteux à tout scientifique qui voudra bien travailler avec elle. D'après le quotidien de l'Alabama, le Press Register, la compagnie pétrolière fait le tour des universités de la région du golfe du Mexique et propose aux scientifiques spécialisés dans les études océanographiques, les requins ou le plancton, des ponts d'or afin de l'aider à bâtir sa défense juridique. BP croule sous des dizaines de procès pour déterminer l'impact de la marée noire sur l'environnement et les dommages et les intérêts à payer. Elle aurait par exemple essayé de recruter tout le département de science océanographique de l'université de l'Alabama.

 

Est-ce vraiment pour préparer sa défense ou plutôt pour acheter le silence des scientifiques, comme le clament ses détracteurs ? BP, disent-ils, cherche à contrôler la recherche scientifique en imposant dans le contrat des causes très restrictives. Selon le Press Register qui a eu accès à une copie, le contrat interdit aux scientifiques de publier leurs études, de partager les informations avec d'autres ou de discuter des données collectées sur les trois prochaines années. Les scientifiques ne seront payés que pour des études approuvées par BP.Une pratique légale"Ça laisse penser qu'ils cherchent surtout à s'assurer que nous ne pourrons pas témoigner contre eux plutôt que de nous faire témoigner en leur faveur", estime George Crozier, directeur d'un labo cité dans la presse qui a été approché par BP. En recrutant le plus d'experts possible, BP coupe également l'herbe sous le pied du gouvernement qui a tout aussi besoin de l'aide de savants pour s'appuyer sur des études scientifiques lors des procès. BP se défend de vouloir "acheter" la communauté scientifique. Il s'agit juste de protéger des informations confidentielles "comme c'est d'usage", dit-il. Une douzaine d'experts, selon la compagnie, auraient accepté de signer un contrat, ce qui est parfaitement légal. Les professeurs dans beaucoup de facs ont le droit de travailler comme consultant 8 heures par semaine. Or, le contrat BP s'avère lucratif. Quelque 250 dollars l'heure, soit à huit heures par semaine, plus de 100.000 dollars par an. Et puis se justifient certains savants, c'est aussi l'une des seules manières d'étudier l'impact de la marée noire, car il y a peu de financements publics disponibles. "Personnellement, je n'aimerais pas avoir ma recherche limitée, mais si je voulais travailler sur la marée noire..., je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'autres possibilités", a confié à Associated Press Chris D'Elia, doyen du département environnement à l'université de Louisiane.Une farandole de courtisans"Beaucoup de scientifiques refusent ces contrats, parce qu'ils estiment que leurs études doivent être accessibles au public et au gouvernement", observe Cary Nelson, président de l'American Association of University Professors. Il y a aussi le risque d'être associé à une entreprise qui n'a pas très bonne réputation. Et de voir se volatiliser sa bourse de recherche. Certains experts après avoir signé avec BP ont été informés que leurs allocations financées sur fonds fédéraux étaient supprimées. BP a aussi lancé le Gulf Research Initiative, un programme de 500 millions de dollars qui doit distribuer des bourses de recherche. Louisiana State University, l'institut d'océanographie de l'université de Floride et l'université du Mississippi ont déjà accepté 10 millions de dollars chacun.Mais il n'y a pas que BP qui courtise assidûment les scientifiques. L'organisme public, la National Oceanic and Atmospheric Administration ou NOAA, a contacté de son côté toutes sortes d'experts en leur proposant des contrats apparemment tout aussi stricts. Ce n'est pas la première fois. Au moment de la catastrophe de l'Exxon Valdez, l'État d'Alaska avait publié un rapport où les experts se plaignaient d'avoir dû signer des clauses de confidentialité en échange de financements publics pour leur recherche Publié le 29/07/2010 à 20:07 - Modifié le 29/07/2010 à 20:08 Le Point.fr De notre correspondante à Washington, Hélène Vissière

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