de école de la rue Boulard au Parc Montsouris

C'est un parcourt. En l'occurrence le mien qui montre une certaine sédentarité dont j'ai pu être honteux dans le passé mais qui aujourd'hui fait plutôt ma fierté. Du 14 éme au 14 éme, je n'ai pas changé. Les rides m'ont rattrapé. Les douleurs m'ont pisté et fini par me trouver. Des sons plus graves en mal de voix ont envahi ma gorge et la poussière à laquelle tout un chacun doit retourner s'infiltre par les trous de mes chaussures. Voilà de l'inactualité. Je ne bouge pas comme dans les textes noirs de Paul Virillo sur les autoroutes de l'information. Je suis une partie infime et fixe du monde autour de quoi, par inadvertance, les choses bougent. C'est l'actualité qui nous rattrape comme J. Chirac est rattrapé par la justice. C'est le moi misanthrope qui attend que les trucs arrivent.

Du 14 ème au 14 ème, c'est la fonte des glaces et des neiges sur des échelles de phénomènes incomparables. La neige dans mon petit jardin. La fonte des glaces de la calotte glacière. Similitude et disproportion de l'actualité. L'eau de mon lavabo. L'eau des océans. Les terres qui menacent de disparaître, de se refuser à nos pieds d'humain. Le pieds qu'on laisse traîner pour pouvoir laisser filer le voleur de pommes (typiquement 14ème comme citation)

Ici même sur Mediapart, on attend sans bouger. Clic on post ou clic on commente. Ce sont les doigts qui font des voyages à travers la pensée sauvage, fustigeante, assassine. La pensée qui pense que les faits ont la tête dure au point de faire des contre-instructions presque judiciaires sur des députés rappeler à l'ordre. Colonne après colonne, le voyage des doigts et des yeux - car les yeux voyagent un peu aussi - est triste. Triste, tout triste.

Du 14 ème au 14 ème, je n'ai pas bougé. D'autres ont été grignotés par l'esprit d'enquête. L'immobilité mangée par la tendance Sherlock Holmes qui veut résoudre tous les mystères, les combattants de la vérité révolutionnaire. C'est l'immobilité transparente à elle-même au prétexte de devoir d'information. Tout doit-être su et dit. Tout absolument tout. Le bon jugement comme la possible erreur judiciaire. Rien ne doit être caché. Ici, dans l'immobilité du Web, on va tout découvrir jusqu'à la crotte d'oiseau sur l'épaule de l'assureur de la maison de campagne de la femme de chambre de l'ancien député d'une circonscription imaginaire. On va enfin connaître la marque de la brouette de l'affaire de Bruet en Artois. On va tuer le doute et les souvenirs. On va boulotter de la vie au nom de la vérité.

La vérité immobile sur Dray, Jospin, Chirac, qui d'autre encore? La vérité des gens connus qui nous donne le goût du sang dans le clavier, les doigts et la souri. Tu sais quoi, un tel, un gars de l'école de la rue Boulard et bien il fait ci et il a fait aussi ça. Ça donne envie d'aller se faire piétiner l'ordinateur portable par une charrette qui conduirait Danton une xième fois à l'échafaud.

 

Du 14 ème au 14 ème, je n'ai pas bougé. Personne n'a bougé. Il y a toujours quelque part dans le coin de nos têtes républicaines des guillotineurs, des sacrifiés et des sacrificateurs.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.