Dolorès Marat: le Fresson garanti

La photographie, « ça m’est venu du ventre », dit-elle. En effet, c’est d’abord l’émotion qui est convoquée à la vue des images de Dolorès Marat. Emotion devant la justesse du détail saisi dans une lumière subtile et étonnante et un cadre toujours réinventé.

La beauté ? « Je ne peux pas faire l’image si je n’y vois rien », dit-elle. Ce sera donc d’abord le regard pour montrer le monde à tous ceux qui n’y voient rien. Le monde selon elle. Merveille ou ruine. Animaux fantomatiques (oiseaux, chiens, chevaux, éléphant, girafe…), décors où échafauder de troublants scénarios ou villes (é)perdues (Palmyre), personnages occupés à vivre quelque part (une femme descend un escalier roulant).

 © Dolorès Marat © Dolorès Marat

 

 

   

Les Oiseaux, Marseille © Dolorès Marat Les Oiseaux, Marseille © Dolorès Marat
               
La Femme au sac à main © Dolorès Marat La Femme au sac à main © Dolorès Marat

Ca s’est passé, c’était ainsi. Et elle l’a vu. Souvent c’est un peu flou. Oui, comme en rêve. Ce sont comme des apparitions, juste sur le point de retomber dans l’oubli.

« La couleur me touche », dit-elle. Difficile, c’est vrai, de ne pas penser à des tableaux quand on se tient devant ces images dont chacune témoigne d’une palette particulière. Ici, les tons se fondent dans une dominante, là, ils jouent les uns contrastant avec les autres. Il n’y a jamais trop de couleurs, jamais de couleur de trop.

Au fil des émotions Dolorès Marat appuie sur le déclencheur de son Leica. Et au bout du film… il y a les Fresson, Michel et Jean-François, père et fils. Dans leur atelier de Savigny-sur-Orge (www.atelier-fresson.com), unique en Europe, ils réalisent des tirages selon le procédé du Fresson Quadrichromie mis au point par Pierre Fresson en 1952. Celui-ci décline alors, pour la production artisanale d’épreuves couleurs, une technique inventée par son grand-père, Théodore-Henri Fresson (1865-1951), au tout début du XXe siècle, le Charbon-satin… Si le procédé garde toujours une part de secret dans sa fabrication, qu’il suffise de dire qu’il demande du temps (trois jours minimum pour un tirage) et un travail à la fois physique (nombreux bains, pour le « dépouillement » de l’image dont l’apparition est travaillée grâce à de la sciure de bois mise en suspension dans l’eau), minutieux (« l’épreuve est faite à partir du report successif de quatre couches de gélatine et gomme arabique bichromatée qui contiennent des pigments correspondant aux quatre couleurs primaires… », selon une notice prise in Le Vocabulaire technique de la photographie, Editions Marval).

Tout se fait donc aux bras et à l’œil. Il faut donner du relief à l’image. Aucun tirage n’est pareil à un autre, chaque tirage est unique. Les couleurs semblent pures et fraîches et convoquent dans notre mémoire à la fois les autochromes ou, aujourd’hui, les images de Sarah Moon ou de Bernard Plossu qui, tous deux, tirent… « en Fresson ».

La Grande Seguia à Laghouat, Algérie, 1929 © Frédéric Gadmer La Grande Seguia à Laghouat, Algérie, 1929 © Frédéric Gadmer

 

   

La Baigneuse 2, 2000 © Sarah Moon La Baigneuse 2, 2000 © Sarah Moon
      
Cabinet de toilette de Claude Monet, Giverny, hiver 2010 © Bernard Plossu Cabinet de toilette de Claude Monet, Giverny, hiver 2010 © Bernard Plossu

 

Au final, ce sont « Mille rêves » de Dolorès Marat qui sont exposés jusqu’au 15 mars dans la nouvelle Galerie Photo du Leica Store (105-109 rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.