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Billet de blog 27 mai 2015

Kinderzimmer ou l’esprit de résistance

En ce jour où  l’Histoire féconde le roman national, ce jour où Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz entrent au Panthéon, j’aimerais revenir sur un magnifique roman qui féconde l’Histoire.

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En ce jour où  l’Histoire féconde le roman national, ce jour où Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz entrent au Panthéon, j’aimerais revenir sur un magnifique roman qui féconde l’Histoire.

Kinderzimmer, Valentine Goby, Babel, 2015.

«  Il faut des historiens, pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l’instant présent. » (p 219)

Cette romancière, c’est Valentine Goby, son roman, c’est Kinderzimmer, son héroïne c’est Suzanne Langlois, ou encore Mila comme elle se fait appeler, l’histoire s’inspire de celle de Marie-Josée Chombart de Lauwe qui a témoigné de son quotidien de puéricultrice à la kinderzimmer de Ravensbrück, l’Histoire c’est celle de toutes les femmes internées à Ravensbrück.

Le roman démarre sur cette impossibilité pour Suzanne Langlois, déportée NN à Ravensbrück, venue témoigner devant une classe de lycéens, de résoudre le mystère de la phrase qu’elle a prononcée : «Nous marchons jusqu’au camp de Ravensbrück.»

Une jeune fille lève la main pour demander à Suzanne si elle savait où elle allait. Suzanne sait que non, à ce moment là, dans ce présent là de son passé, elle ne savait rien. Elle était dans l’instant de cette marche, dans l’ignorance de tout ce qui allait se produire, dans l’ignorance de ce vers quoi elle marchait, une ignorance absolue et qui durerait  de son arrestation en France un jour de janvier 44 à son retour au Lutétia au printemps 45, son fils né à Ravensbrück dans les bras.

Alors le roman nait de cette impossibilité à raconter l’instant : «  Peut-être un jour il y aura des gens comme cette jeune-fille à l’anneau rouge, pour vouloir démêler les regards, déconstruire l’histoire, revenir à la peau, à l’instant, à la naissance des choses, à l’ignorance, au début de tout, quand on ne pouvait pas dire : j’ai marché jusqu’au camp de Ravensbrück, parce qu’on ne connaissait pas ce mot (…) » (p.218)

Le roman part sur les traces de l’instant perdu, reconstruit le chemin de Mila-Suzanne, de son arrivée au camp à son retour à Paris, raconte ce présent absolu du camp, qui se divise en millièmes de secondes à tenir, jusqu’à la seconde suivante, ce présent d’avant l’Histoire.

Valentine Goby se saisit de la mémoire de ces femmes et la fiction ressuscite l’Histoire. Elle donne chair à l’expérience de l’angoisse, dans le corps de Mila-Suzanne, enceinte qui accouchera à Ravensbrück. Elle donne chair  à toutes les absentes, à leur courage, à leur solidarité, à leurs rêves, à leur folie d’espoir au milieu du néant.

A travers ce roman très documenté, nourri par les témoignages des rescapés que l’auteur a rencontrés, Valentine Goby  soulève un pan de l’Histoire encore mal connu, celui de la Kinderzimmer de Ravensbrück, la pouponnière où des enfants sont nés, lueur improbable et vacillante de vie au cœur des ténèbres. Certains ont survécu. C'est aussi leur histoire.

L’esprit de résistance souffle tout entier dans ce roman, vibrant hommage à toutes les femmes de Ravensbrück. En ce jour où deux d'entre elles entrent au Panthéon.

http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/kinderzimmer

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