Katarina MAZETTI , Les larmes de Tarzan, roman à tête-bêche.

C’est désormais une tradition. Une surveillance d’une épreuve de math au bac, un roman. Cette année, j’ai ramassé à la hâte au pied du lit un de mes cadeaux de fête des mères et pendant que les candidat(e)s poilu(e)s , échevelé(e)s ou rasés, boutonneux ou pas, piercé(e)s ou pas, presqu’hommes ou femmes ou pas, stressé(e)s sûrement, planchaient sur l’Intégration par parties, sans avoir à disserter sur les compétences du ministère de Mr Besson en la matière, pas plus que sur le rôle des fouines dans ce domaine, je noyais le temps dans Les larmes de Tarzan de Katarina Mazetti, auteure du Mec de la tombe d’à côté un roman rafraîchissant, pétillant et original. Une sorte d’Anne Gabalda à l’exotisme suédois, n’en déplaise à son patronyme aux consonances plutôt italiennes, qui écrit une œuvre à tête-bêche explorant avec finesse et humour décapant les béances des rencontres et des couples, tout en dépeignant à merveille les grappes de lianes qu’ils arrivent à laisser pousser, histoire de grappiller un peu de bonheur sur le terreau de leurs souffrances. Ce sont finalement des histoires qui s’énonceraient ainsi en math : deux suites sont adjacentes lorsque l’une est croissante et la différence des deux converge vers zéro. Dans la suite de l’exercice, toute trace de recherche même incomplète ou d’initiative même non fructueuse, sera prise en compte pour encourager les candidats à l’existence…Et c’est ainsi que Katarina nous décrit les efforts faits par ces héros ordinaires que tout semble séparer, y compris la fortune et qui finissent quand même par se percuter, se comprendre et s’aimer. Un roman à conseiller à tous les adorateurs du grand modèle scandinave comme un défibrillateur pour éveiller leurs illusions sur une société prétendument idéale où les plus riches évoluent comme ailleurs dans des cercles de plus en plus exigeants voire méprisants à l’égard des plus humbles qui se contentent de ravaler gentiment leur humiliation et leurs souffrances. C’est ainsi que Marianne incarne ce « pauvre pécheur,[…] tellement pauvre qu’elle n’a même pas les moyens de pécher », mais pas de ces pauvres qu’on voit dans la rue en guenilles, non, des « pauvres qu’on ne voit pas, « les gens croient que nous n’existons pas ».Qui est Marianne ?Une maman célibataire avec enfant en bas âge, enseignante vacataire en Arts plastiques. Elle mène une vie précaire, ses enfants connaissent la faim, elle les habille dans des friperies mais leur lit des histoires et sait jouer avec eux et les aimer du mieux qu’elle peut. Elle n’a pas droit aux assurances chômage car elle refuse les heures supplémentaires qu’on lui propose pour essayer de « créer une vie pour ses mômes ». Une vie comme en connaissent déjà des hommes et des femmes enseignant en France et que les futurs vacataires précaires recrutés à la hâte dans toutes les académies pour pallier les postes non pourvus à la rentrée , auront à subir. Comme Henning Mankell, Katarina Mazetti nous laisse apercevoir une Suède moins idyllique qu’elle n’y parait, parfois crue, mais loin de la noirceur qui tient au polar, elle nous livre la misère tout en préservant une part d’espérance grâce à une écriture caustique et juvénile. On préférerait parfois entendre les injures et grossièretés en suédois avec des O barrés et des A surmontés d’une gouttelette. Ce serait plus poétique et l’honneur de la traductrice serait sauf grâce à un renvoi.

Un roman écritpar une merveilleuse"causeuse".

Les larmes de Tarzan, Katarina MAZETTI, Babel 2009, 277 p, 7.50 euros

Le mec de la tombe d’à Côté, K.M, Gaïa 2006, Babel 2009.

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