Gilberto Gil : Reconstruire le rêve créole

C’est une fête de famille célébrant ses racines retrouvées sur un continent sur lequel aucun de ses membres n’a vu le jour. Gilberto Gil et les siens célèbrent les 40 ans de Refavela, l’album emblématique que Gil a enregistré après s’être lié à jamais avec l’esprit du continent africain de ses ancêtres et endossé fièrement sa créolité.

 

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 Gil père et fils.

En 1977, après avoir rencontré à Lagos au Nigéria, lors du Festac (Festival Mondial des Arts et de la culture noire africaine), Fela Kuti, King Sunny Adé ou Stevie Wonder avant que sa notoriété ne devienne universelle, Gilberto Gil est rentré au Brésil avec des rythmes et des mélodies plein la tête et un balafon sous le bras. Son sang africain s’était mis à bouillir et tout allait se résoudre en musique.  Refavela est né d’une prise de conscience aussi poétique que sociale et spirituelle. Chanson après chanson, Gil a souligné les liens et les évidences entre ces deux cultures qui coulent dans ses veines. 40 ans plus tard, c’est son fils Bem Gil qui a voulu remettre ce disque en avant, car pour sa génération Refavela reste un guide identitaire important.

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Avec Mayra Andrade, une complicité créole

 Alors que la ville d’Arles bruisse et tempête de cris et de coups de klaxon célébrant la qualification de l’équipe de France pour la finale de la coupe du monde de football, la scène majestueuse du Théâtre Antique est envahie par une équipe brésilienne joyeuse. Percussionnistes, bassiste, trompettiste, saxophoniste/flutiste, accordéoniste et un chœur cher aux yeux du chanteur, car composé de sa fille Nara Gil, de sa petite fille Flor (11 ans) et de sa belle fille Ana Cláudia Lomelino. Tous sont dirigés par Bem Gil qui, du centre de la scène et guitare en main, surveille tout ce joli monde d’un regard bienveillant. Pour démarrer, la Capverdienne Mayra Andrade et le Nordestin Mestrinho interprètent avec fougue Ilé Ayé, chanson à la gloire du groupe de carnaval le plus noir de Salvador de Bahia, la ville de naissance de Gil, la cité la plus africaine du Brésil.

Ce soir, chaque morceau de l’album originel est joué, mais dans un ordre bouleversé Ilé Ayé arrive normalement en second et le morceau titre et inaugural ne sera joué qu’en 8éme position. Mayra Andrade, met une énergie redoublée à chanter et danser seule (Norte da Saudade), dans le chœur ou avec Mestrinho, avec qui elle interprète aussi Two Naira Fifty Kobo, un morceau écrit à la même époque et sur la même thématique africaine par Caetano Veloso, grand ami de Gil, qui lui aussi se produit en famille cet été. L’équipe se complète de la chanteuse et pianiste électrique Chiara Civello. L’italienne vouée à la cause musicale brésilienne fait son entrée, après un forro à la sauce Mestrinho, en s’appropriant Samba Do Avião, classique de Jobim, que Gilberto Gil avait ajouté à ses compositions sur Refavela.

Ce n’est qu’au cinquième morceau que la star rejoint l’équipée et prend le micro central en main. Il enchaîne Patuscada de Gandhi, puis Balafon, qui fut la première chanson écrite pour le projet et Refavela qu’il dédie à la Béninoise Angélique Kidjo, venue, soutenir son ami dans un recoin du fond de cette scène qui sera sienne le lendemain. Gilberto Gil, qui a atteint 76 ans il y a quelques jours (26 juin), est en pleine possession de ses moyens de séduction. Sa voix, qui n’a peut-être plus exactement la même amplitude dans certaines intonations, est émouvante et son sourire, adressé au public ou à ses partenaires, est irrésistible.

Aidé par le le groove solide des touches noires et blanches de son piano électrique, Chiara Civello clame Era Novo et ondule de plaisir lorsque Gil et sa guitare viennent l’accompagner en tête à tête. Mayra chante Sandra en duo avec le bahianais, qui lui prend la main avec tendresse pendant les couplets et danse avec elle dos à dos, fesse contre fesse pendant le refrain. Après, armée d’un ferrinho, percussion crantée, frottée par une tige de métal, la Capverdienne entonne Compasso Pilon, un funana endiablé, rendu célèbre dans son pays par le groupe Bulimundo dans les années 80.

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 Nara Gil, Flor Gil et Ana Cláudia Lomelino

Un peu plus tard Gilberto Gil nous rapproche d’une autre ile, la Jamaïque de Bob Marley, où il nous annonce que le fis Ziggy a lancé une série de concerts en hommage au disque mythique Exodus, sorti la même année que Refavela. Gil interprète le mélodieux Three Little Birds, entré depuis longtemps dans son répertoire. Le concert léger tonique et euphorisant correspond pleinement à la bonne humeur française de cette soirée de qualification, que le chanteur, avant de monter sur scène, a suivi attentivement et à laquelle il fait allusion en revenant pour les rappels.

Chanté par l’ensemble des interprètes présents, Sitio Do Pica Pau Amarelo, qui se réfère à une série fantastique emblématique de la littérature enfantine Brésilienne, clôt la relecture de Refavela. Gilberto Gil chante ensuite Maracatu Atomico de Jorge Mautner et Nelson Jacobina, chanson phare de la culture de Bahia et termine en faisant reprendre par la foule, les onomatopées célèbres du refrain de son indétrônable classique Toda Menina Baiana.

Sous les cris d’amour et de reconnaissance les membres de la famille Gil et leurs amis saluent. Côte à côte ils forment le symbole visible du rapprochement des continents. Même après la musique, les nuances de leurs peaux, du noir au blanc, expriment une belle harmonie, née de la créolité, un accord humaniste que l’on est heureux de partager.

Texte et photos Benjamin MiNiMuM

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