Paloma Pradal va en prison

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Paloma Pradal lors d'un Apéro-découverte. © Florent Gardin

Depuis dix-huit ans, la radio des Suds émet 24h/24 pendant le festival. A l’origine, il s’agissait de permettre à ceux qui ne pouvaient être présents, les détenus de la Maison Centrale d’Arles, de pouvoir écouter les concerts. En 2003, d’importantes inondations contraignirent au déménagement de ceux-ci. A leur retour, la nouvelle directrice proposa à Marie José Justamond et Antoine Chao (France Inter) d’organiser pendant le festival des concerts-rencontres avec des artistes de la programmation au cœur de l’établissement. Ces rendez-vous, aujourd’hui, constituent le point d’orgue d’un travail construit toute l’année avec l’équipe de la Maison Centrale et le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation.

Paloma Pradal est une jeune cantaora qui anime un stage de cante flamenco pendant la semaine. Mercredi 11 elle ira à la prison.

Comment imagines-tu cette action ?

« On m’a confié cette mission. Je ne sais pas vraiment si j’en suis capable, mais je suis confiante comme ceux qui me l’ont proposée. J’ai fortement envie d’honorer cette confiance. Concrètement je me refuse d’imaginer quoique ce soit. Je n’ai pas l’habitude des prisons. Je sais que ce sera un moment fort, intense, que la musique a un impact sur tout le monde et, donc, sur les détenus qui seront présents. C’est une porte ouverte à une liberté qui ne sera, en fait, que mentale.

As-tu préparé quelque chose ?

Non, je verrais sur le moment. Je possède un répertoire large, le flamenco bien-sûr, mais aussi d’autres influences, des poèmes de Garcia Lorca ou de Pablo Neruda et puis mes propres compositions. Je préfère ne rien décider à l’avance. S’il y a des demandes particulières, je tâcherai d’y répondre. Mais je suis quelqu’un qui marche à l’instinct. Si je dois me préparer, ce sera plutôt mentalement.

Tu as des appréhensions ?

Non. Je ne demanderai pas, bien sûr, la raison de leur incarcération. Je n’y vais pas pour ça et ça ne me regarde pas. Mais je veux essayer de créer quelque chose, un lien. Je suis, en général, attentive à tout ce qui se passe autour de moi. J’observe beaucoup. Le regard sera important. Je poserai sur eux un regard respectueux, celui d’une femme, et je sais qu’ils verront une femme. Mais l’essentiel sera de sentir ce que je leur apporte et de repartir contents d’avoir arrêté le temps et d’avoir partagé un moment de bonheur ensemble, comme des êtres humains simplement. »

Propos recueillis par Anselme Koba

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