Niño De Elche, extrémiste poétique flamenco

Niño De Elche est un artiste radical et magnifiquement inspiré. Il méprise les clichés, se méfie des codes et questionne les limites du cante flamenco Cette rencontre s'est produite quelques minutes après le second stage quotidien qu’il anime cette semaine, dans le cadre des master class des Suds à Arles et 24 heures avant le magnifique Moment Précieux qu’il a offert ce mardi 11 juillet.

Ferme les Yeux Ferme les Yeux

B .M. : Niño De Elche, tu es donc un enfant de Elche. Est- ce que ça te donne des responsabilités, vis à vis de ta ville de naissance ?

N.D.E. : Non c’est un surnom classique de chanteur flamenco.

B.M. : J’ai vu que cette ville était connue, pour trois choses, une palmeraie, un drame lyrique du moyen âge qui s’y joue chaque année et La Dame d’Elche, une statue du 5ème siècle. Est ce que ce sont des choses avec lesquelles on vous associe ?

N.D.E. : Dans mon livre No comparto los postres (Je ne partage pas les desserts), Il y a un très court poème nommé Ciudad Fantasma :

Ciudad Fantasma (Ville fantôme)

Niño De Elche (Enfant de Elche)

De donde eres ? (D’où viens–tu ?)

Ce nom c’est souvent seulement un son, une onomatopée. On me demande très souvent d’où je viens ? Peu de gens connaissent l’imaginaire qui est attaché à cette ville. Et la statue, qui est connue, est à Madrid. C’est pour ça que je dis qu’Elche est une ville fantôme.

B.M. : Quel fut ton parcours dans le flamenco ? Il est arrivé pendant ta jeunesse, de ta famille ?
N.D.E. : Je ne revendique pas cette lignée familiale, qui est une idée complétement romantique, mais c’est quand même mon cas, mon père chante, mon oncle joue de la guitare.

B.M. : Leur approche était libérale ou as-tu du te révolter ?

N.D.E. :Mon père voulait que je joue de la guitare. Ca a donc plutôt mal commencé.

BM : Le flamenco est il toujours de la première importance pour toi où te sens tu avant tout expérimentateur ?
N.D.E. : Je fais de l’expérimentation, parce que je viens du flamenco. La logique vient de là pour moi ce qui n’est pas celle de l’académisme actuel.

BM : Comment expliques tu ta capacité à d’improvisateur ?

N.D.E. : C’est plutôt une attitude, une pulsation qui t’accompagne et peut apparaître à n’importe quel moment. Qui parle de l’improvisation comme d’une esthétique entre dans un mécanisme d’auto défense et je ne crois pas à ça.

 

Niño sur ondes courtes © B.MiNiMuM Niño sur ondes courtes © B.MiNiMuM

 
BM :  Que vas-tu présenter aux Moments précieux ?

N.D.E. : C’est plus proche du rock que du flamenco, c’est lié au disque Voces de Extremo qui a deux ans maintenant et a obtenu une récompense de disque de l’année en Espagne. Il a été produit par Daniel Alonso de Pony Bravo. On peut y ressentir l’influence du krautrock allemand des années 70.
B. M. : Quels groupes ?
N.D.E. : Ce n’est pas une revendication, mais je peux citer les tous premiers disques de Kraftwerk (avant Autobahn). Mais pendant la pré production nous nous sommes référés à beaucoup d’autres sources, comme Yma Sumac ou le rock progressif espagnol des années 70, le Velvet Underground, John Lurie avec Tom Waits ? Mais ces influences ce sont davantage exercées en terme de production que de composition.

https://youtu.be/QAnGfqMgoFs

BM : La dimension littéraire de ce disque est importante je crois ?

N.D.E. : Il reflète le mouvement contemporain espagnol de poésie de conscience critique. C’est un mouvement qui revendique une poésie du quotidien, loin des idéologies politiques hégémoniques. Ce mouvement, apparu depuis les années 90, est issu de rencontres poétiques espagnoles qui se déroulent tous les ans en juillet à Moguer sous le nom Voces del Extremo. J’y assiste depuis quatre ans pour écouter et lire.

B.M. : Qui sont ces poètes ?

N.D.E. : Ce ne sont pas des poètes professionnels, mais on peut citer : Antonio Orihuela qui est un peu le père de ce mouvement. Il est proche du mouvement anarchiste. Jorge Riechmann est un intellectuel écologiste, Enrique Falcón un poète mystique et révolutionnaire. Ils ont en commun une attitude non conventionnelle. Ils veulent sortir de l’académisme. Ils ont une approche globale de la compréhension des pratiques artistiques. Leurs textes sont parfois plus proches de la chanson que de la poésie officielle. Parfois je ne lisais pas des poèmes mais des chansons et c’est comme ça que m’est venue l’idée de ce disque. Tous les ans des récompenses sont attribuées. L’an passé j’ai gagné et l’on m’a confié un manteau de l’armée tibétaine que je dois remettre à quelqu’un d’autre cette année à un autre poète. Mais je ne l’ai pas beaucoup porté car il était trop petit pour moi.

B.M. : Ton prochain disque sera une anthologie interprétée par tes soins. Où se trouvent les frontières passées et futuresde ton flamenco ?

N.D.E. : Le flamenco qui m’intéresse est de forme expérimentale. Et le flamenco le plus expérimental date de la fin du XIX e siècle et du début du XXéme. Ce n’est pas celui des années 70, qui a posé les canons du flamenco traditionnel actuel. Aujourd’hui le flamenco est très codifié et c’est pour ça que ça ne m’intéresse pas. Cette anthologie fonctionne avec cette logique. Il y a aussi un aspect d’archéologique, mais avec la musique c’est presque impossible à accomplir. Mais c’est cette schizophrénie, qui en résulte, qui me pousse à travailler. Car dans cette tension il y a des créations qui surgissent. C’est un retour aux racines ce sera l’anthologie la plus pure, mais en même temps la plus expérimentale.

sourire

Propos recueillis par benjamin MiNiMuM

 

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