SUDS
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Plein Suds

Suivi par 95 abonnés

Billet de blog 12 juil. 2017

Niño De Elche, extrémiste poétique flamenco

Niño De Elche est un artiste radical et magnifiquement inspiré. Il méprise les clichés, se méfie des codes et questionne les limites du cante flamenco Cette rencontre s'est produite quelques minutes après le second stage quotidien qu’il anime cette semaine, dans le cadre des master class des Suds à Arles et 24 heures avant le magnifique Moment Précieux qu’il a offert ce mardi 11 juillet.

SUDS
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ferme les Yeux

B .M. : Niño De Elche, tu es donc un enfant de Elche. Est- ce que ça te donne des responsabilités, vis à vis de ta ville de naissance ?

N.D.E. : Non c’est un surnom classique de chanteur flamenco.

B.M. : J’ai vu que cette ville était connue, pour trois choses, une palmeraie, un drame lyrique du moyen âge qui s’y joue chaque année et La Dame d’Elche, une statue du 5ème siècle. Est ce que ce sont des choses avec lesquelles on vous associe ?

N.D.E. : Dans mon livre No comparto los postres (Je ne partage pas les desserts), Il y a un très court poème nommé Ciudad Fantasma :

Ciudad Fantasma (Ville fantôme)

Niño De Elche (Enfant de Elche)

De donde eres ? (D’où viens–tu ?)

Ce nom c’est souvent seulement un son, une onomatopée. On me demande très souvent d’où je viens ? Peu de gens connaissent l’imaginaire qui est attaché à cette ville. Et la statue, qui est connue, est à Madrid. C’est pour ça que je dis qu’Elche est une ville fantôme.

B.M. : Quel fut ton parcours dans le flamenco ? Il est arrivé pendant ta jeunesse, de ta famille ?
N.D.E. : Je ne revendique pas cette lignée familiale, qui est une idée complétement romantique, mais c’est quand même mon cas, mon père chante, mon oncle joue de la guitare.

B.M. : Leur approche était libérale ou as-tu du te révolter ?

N.D.E. :Mon père voulait que je joue de la guitare. Ca a donc plutôt mal commencé.

BM : Le flamenco est il toujours de la première importance pour toi où te sens tu avant tout expérimentateur ?
N.D.E. : Je fais de l’expérimentation, parce que je viens du flamenco. La logique vient de là pour moi ce qui n’est pas celle de l’académisme actuel.

BM : Comment expliques tu ta capacité à d’improvisateur ?

N.D.E. : C’est plutôt une attitude, une pulsation qui t’accompagne et peut apparaître à n’importe quel moment. Qui parle de l’improvisation comme d’une esthétique entre dans un mécanisme d’auto défense et je ne crois pas à ça.

Niño sur ondes courtes © B.MiNiMuM

 
BM :  Que vas-tu présenter aux Moments précieux ?

N.D.E. : C’est plus proche du rock que du flamenco, c’est lié au disque Voces de Extremo qui a deux ans maintenant et a obtenu une récompense de disque de l’année en Espagne. Il a été produit par Daniel Alonso de Pony Bravo. On peut y ressentir l’influence du krautrock allemand des années 70.
B. M. : Quels groupes ?
N.D.E. : Ce n’est pas une revendication, mais je peux citer les tous premiers disques de Kraftwerk (avant Autobahn). Mais pendant la pré production nous nous sommes référés à beaucoup d’autres sources, comme Yma Sumac ou le rock progressif espagnol des années 70, le Velvet Underground, John Lurie avec Tom Waits ? Mais ces influences ce sont davantage exercées en terme de production que de composition.

https://youtu.be/QAnGfqMgoFs

BM : La dimension littéraire de ce disque est importante je crois ?

N.D.E. : Il reflète le mouvement contemporain espagnol de poésie de conscience critique. C’est un mouvement qui revendique une poésie du quotidien, loin des idéologies politiques hégémoniques. Ce mouvement, apparu depuis les années 90, est issu de rencontres poétiques espagnoles qui se déroulent tous les ans en juillet à Moguer sous le nom Voces del Extremo. J’y assiste depuis quatre ans pour écouter et lire.

B.M. : Qui sont ces poètes ?

N.D.E. : Ce ne sont pas des poètes professionnels, mais on peut citer : Antonio Orihuela qui est un peu le père de ce mouvement. Il est proche du mouvement anarchiste. Jorge Riechmann est un intellectuel écologiste, Enrique Falcón un poète mystique et révolutionnaire. Ils ont en commun une attitude non conventionnelle. Ils veulent sortir de l’académisme. Ils ont une approche globale de la compréhension des pratiques artistiques. Leurs textes sont parfois plus proches de la chanson que de la poésie officielle. Parfois je ne lisais pas des poèmes mais des chansons et c’est comme ça que m’est venue l’idée de ce disque. Tous les ans des récompenses sont attribuées. L’an passé j’ai gagné et l’on m’a confié un manteau de l’armée tibétaine que je dois remettre à quelqu’un d’autre cette année à un autre poète. Mais je ne l’ai pas beaucoup porté car il était trop petit pour moi.

B.M. : Ton prochain disque sera une anthologie interprétée par tes soins. Où se trouvent les frontières passées et futuresde ton flamenco ?
N.D.E. : Le flamenco qui m’intéresse est de forme expérimentale. Et le flamenco le plus expérimental date de la fin du XIX e siècle et du début du XXéme. Ce n’est pas celui des années 70, qui a posé les canons du flamenco traditionnel actuel. Aujourd’hui le flamenco est très codifié et c’est pour ça que ça ne m’intéresse pas. Cette anthologie fonctionne avec cette logique. Il y a aussi un aspect d’archéologique, mais avec la musique c’est presque impossible à accomplir. Mais c’est cette schizophrénie, qui en résulte, qui me pousse à travailler. Car dans cette tension il y a des créations qui surgissent. C’est un retour aux racines ce sera l’anthologie la plus pure, mais en même temps la plus expérimentale.

Propos recueillis par benjamin MiNiMuM

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Amérique du Nord
Dans le Wyoming, qui sauvera Liz Cheney, la républicaine anti-Trump ?
S’enfoncer dans les délires de Donald Trump ou reconduire son opposante numéro 1 au sein de son parti ? Une certaine idée de la démocratie américaine se joue mardi 16 août dans les primaires républicaines de l’« État des cow-boys ».
par Alexis Buisson
Journal — Migrations
Les réfugiés afghans refusent que leur pays tombe dans l’oubli
Après la chute de Kaboul, le 15 août 2021, quelque 2 600 Afghans ont été évacués vers la France via des vols de rapatriement. Mediapart donne la parole à celles et ceux qui tentent de se reconstruire, loin de leur pays et de leur proches, qu’ils savent meurtris.
par Nejma Brahim
Journal
Prostitution : le torchon brûle entre écologistes et associations
Depuis plusieurs jours, une querelle oppose des associations LGBTQI+ et Raphaëlle Rémy-Leleu, élue EELV de Paris. Les premières reprochent vertement à la seconde ses positions sur le travail du sexe. L’écologiste dénonce un « harcèlement » injuste.
par James Gregoire
Journal — Écologie
Ne pas perdre une goutte d’eau, le combat de Lyon et de sa région
Dans le département du Rhône, parmi les plus touchés par les canicules, retenir et économiser l’eau devient urgent. La bataille se joue mètre cube après mètre cube, de la déconnexion des réseaux d’assainissement à la rénovation des trottoirs, de l’arrosage des jardins aux prélèvements par les gros industriels.
par Mathieu Périsse (We Report)

La sélection du Club

Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - Oscar Rosembly (4/9)
Depuis longtemps les « céliniens » cherchaient les documents et manuscrits laissés rue Girardon par Céline en juin 1944. Beaucoup croyaient avoir trouvé la bonne personne en un certain Oscar Rosembly. Un coupable idéal.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - La révélation (1/9)
Comment, par les hasards conjugués de l’Histoire et de l’amitié, je me retrouve devant un tombereau de documents laissés par Céline dans son appartement de la rue Girardon en juin 1944. Et ce qui s’ensuivit.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - Une déflagration mondiale (3/9)
La veuve de Céline disparue, délivré de mon secret, l’heure était venue de rendre publique l’existence du trésor et d’en informer les héritiers… qui m’accusèrent de recel.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - La piste Morandat (5/9)
Dans ses lettres, Céline accuse Yvon Morandat d’avoir « volé » ses manuscrits. Morandat ne les a pas volés, mais préservés. Contacté à son retour en France par ce grand résistant, le collaborateur et antisémite Céline ne donne pas suite. Cela écornerait sa position victimaire. Alors Morandat met tous les documents dans une malle, laquelle, des dizaines d’années plus tard, me sera confiée.
par jean-pierre thibaudat