Paloma sort de prison

Paloma Pradal est une jeune cantaora qui anime un stage de cante flamenco pendant le festival des SUDS. Dans le cadre des concerts-rencontres avec des artistes de la programmation dans la Maison d’arrêt d’Arles, mercredi 11, elle est allée, sans trop d’appréhensions, à la prison.

Nous l’avons rencontrée quelques heures après sa sortie. Encore troublée et marquée par l’émotion.

Alors, comment ça s’est passé ?

« J’avoue que, sur le trajet, j’étais très angoissée, la peur de ne pas y arriver et, une fois dedans, très impressionnée par les couloirs, les portiques à passer… J’observais tout. Je n’arrêtais pas de toucher les murs. Une fois arrivée, tu serres la main à tout le monde sans savoir qui est qui. Les rapports sont très simples. Et, de suite, les discussions très intenses… Je ne me rappelle pas… On a parlé de musique, de liberté, de la condition des femmes, de mon histoire professionnelle mais aussi familiale. On a beaucoup rit. Franchement on s’est marré. Ils m’ont demandé pourquoi j’avais intitulé mon album Rabia (la rage). Quand j’ai répondu que j’étais une rageuse, avec un grand sourire, ils m’ont dit "On ne l’avait pas remarqué". Pareil quand j’ai dit que le vaccin contre la rage n’avait pas fonctionné sur moi… On a ri. »

Qu’est-ce que tu as chanté ?

« Une solea, une alegria, un fandango, des compos personnelles. J’ai fait une impro à la guitare. Avec Juan Ma*, je leur ai proposé mon univers musical. Puis j’ai chanté, à capella, No me dejes ("Ne me quittes pas"), dans un silence impressionnant. J’étais très touchée. Cette attention, cette émotion… Nous étions tous très touchés. L’impression qu’on s’est tous perdus dedans. Tous les regards en témoignaient, profonds… »

Comment s’est passée la séparation ?

« C’est difficile de partir… Mais c’est une fois dehors que tu as le contrecoup… Comment dire ? Comme si tu prenais un coup, justement, mais que tu en ressentes l’effet trois heures après. Tu ne te relèves pas… J’ai encore ma gorge serrée… les larmes aux yeux… Je me rends compte de l’importance de ce qui s’est passé. J’ai envie de revenir, de m’investir dans cette action auprès des détenus… Non, je ne vais pas m’arrêter là ! »

Propos recueillis par Anselme Koba

* Juan Manuel Cortes, son percussionniste

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