Danses Tropicales et esprit Punk Rock aux Forges

Mercredi 10 au Parc des Ateliers à Arles La Nuit Tropicale a permis de faire le point sur l’état de la création musicale Nord-Sud et malgré l’insistance d’un vent taquin, le bilan est des plus joyeux.

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Oubliez les palmiers en plastique, les vahinés en jupes de raphia, le rhum bon marché parfumé à la noix de coco synthétique et les musiques approximativement exotiques d’un dj au teint hâlé à l’auto-bronzant qui sont les bases de nombreuses soirées tropicales de pacotille. Bien sûr les Suds à Arles, ne font pas dans le cliché kitsch et éculé.

Leur Nuit Tropicale nous transporte entre le tropique du cancer et celui du capricorne et dans un imaginaire politique et onirique que n’auraient pas renié les maîtres du tropicalisme brésilien. Comme Gilberto Gil, Caetano Veloso, Tom Zé ou Os Mutantes dans les années soixante, les artistes de cette soirée ont plié les musiques urbaines d’Occident au besoin de fortes traditions territoriales.

Mamani Keita et Mike Ladd, professeurs de danse hybride © Benjamin MiNiMuM Mamani Keita et Mike Ladd, professeurs de danse hybride © Benjamin MiNiMuM

 

 

D’emblée, une rythmique sur laquelle ce vieux punk d’Iggy Pop aurait pu caser le phrasé d’une de ses chansons emblématiques (Lust For Life), si la section de cuivres d’Arat Kilo n'avait pas africanisé l'affaire pour accompagner l'arrivée des deux chanteurs.

Mamani Keïta, majestueuse dans son boubou vert et or présente Mike Ladd en français et le slameur de Boston en costard et lunettes noires de bluesman lui rend la pareille dans sa langue natale. En deux titres, ils embarquent tout le monde dans leur groove hybride.

Mamani, provisoirement seule sur le devant de la scène réussit sans peine à faire chanter l'audience dans sa jolie langue bambara du Mali. Lorsqu’elle se retire, les musiciens parisiens déroulent le luxueux tapis ethio-jazz qu'ils peaufinent depuis dix ans. Mike Ladd le foule avec respect et fierté pour y coller son flow implacable et sans compromis.

Dans l'intermède instrumental suivant, Arat kilo pose un filtre dub sur leurs harmonies d'Addis Abeba. Pendant que Mike Ladd empoigne le micro à nouveau, Mamani se glisse derrière le batteur, se saisit d'une baguette et marque le contre temps sur un des toms. La Malienne et le Spoken Word poet se donnent la réplique et esquissent des pas de danse qui encouragent les spectateurs à affirmer leurs déhanchements.

Lors d’un break, guitaristes, cuivres et vocalistes se saisissent de percussions manuelles pour enrichir le rythme maintenant imparable et la foule ondule avec assurance. Lors d’un autre, le saxophone de Michaël Havard hurle sa joie. Plus tard, les chanteurs font équipe avec la suave trompette bouchée d’Aristide Conçalves, le tempo ralentit mais attise le rêve.

Comme hier à Mayenne ou demain à Bordeaux, Mamani déclare qu'elle se sent si bien dans la ville qu'elle va venir s’y installer.

Le show ne cesse de s'intensifier, le groupe a lâché les lions et augmente encore un peu plus l’intensité de leur machine à danser .

Sur scène, avant de disparaître, tous les musiciens tourbillonnent et les spectateurs joyeusement survoltés les acclament de toute leur force. 

Israel Quinonez et Romain Dugelay © Benjamin MiNiMuM Israel Quinonez et Romain Dugelay © Benjamin MiNiMuM
 

 

 

Chapitre 2 : Pixvae

La guitare déchire le ciel avant de muter en riffs de plomb, aidé par le sax baryton .

Les deux chanteuses lancent une incantation puis la batterie et les tambours passent à l’attaque. La danse peut reprendre de plus belle.

La batterie combative de Léo Dumont, les tambours hérités des esclaves des colombiens Juan Carlos Arrechea et Israel Quinonez, la guitare électrique érudite en rock métis de Damien Cluzel, le baryton libertaire et le petit clavier acidulé et enivrant comme un bon rhum du meneur de troupe Romain Dugelay assurent les cadences organiques et les harmonies inventives. Au centre, les timbres contrastés et complémentaires comme un ying et yang vocal d’Alexandra Charry et Margaux Delatour, tiennent le rôle des cantadoras traditionnelles du rythme currulao que le groupe a adopté comme terrain de jeu. Les acteurs de cette rencontre franco-colombienne de Pixvae développent un nouveau langage, qui trouve son étymologie entre la côte pacifique sud de Cali et l’imaginaire voyageur de Lyon. Les rythmes mi-religieux, mi-profanes afro-colombiens s’épanouissent au contact d’une énergie urbaine et sauvageonne. Pour l’esprit on peut rapprocher Pixvae des métisseurs anarchistes hollandais de The Ex, présents sur cette même scène il y a deux ans, mais leur forme et leur matière sont radicalement personnelles et enthousiasmantes.

Peroke électro vintage et costards chatoyants © Benjamin MiNiMuM Peroke électro vintage et costards chatoyants © Benjamin MiNiMuM

 

Chapitre 3 : Peroke

Les tourangeaux de Peroke ont bien choisi leur nom. Celui-ci les autorise à porter des costumes chatoyant et à déployer une palette sonore multicolore. Mood ethiopien, nappes électroniques vintage et gimmicks seventies façons Vangelis, Jarre ou autre Cerrone sont les bases de leur vocabulaire. Les breaks louchent du côté du break beat façon Chemical Brothers ou Fat Boy Slim. Parfois des effets dignes de la glitch music se hissant au-dessus de la mêlée créent la surprise, mais dans l’ensemble, ils répètent un peu ce que l’on vient de leur dire. Mais ce plumage d'influences ravit ceux des spectateurs que le vent incessant n'a pas lassé et poussé vers leurs pénates comme l’équipe de Pixvae qui a improvisé, en sortant de scène, des chorégraphies spontanées avec les arlésiens. (photo d’ouverture)

 

Puta ! : « Mince on n’a pas pris Iggy !» , Puta ! « Oui mais on a les Bérus !» © Benjamin MiNiMuM Puta ! : « Mince on n’a pas pris Iggy !» , Puta ! « Oui mais on a les Bérus !» © Benjamin MiNiMuM

 

 

Outro : « Here comes Puta! Puta! again »

 

Le vent malicieux a aussi contraint le dj réunionnais Natty Ho à renoncer à sortir ces vinyles et platines, trop susceptibles d'envols et d'instabilités inopportunes.

Ne craignant ni les tempêtes ni les défis, le fidèle tandem de sélectas locaux Puta! Puta! a pris le relais au pied levé. Et n’a pas failli à sa réputation d’ambianceurs de première catégorie. Après un inaugural clin d’œil au concert précieux de fin de journée par l’entremise d’un remix du Mystère des Voix Bulgares et n’ayant pas eu le temps de filtrer les joyaux tropicaux de leur discothèque, ils ont davantage suivi les suggestions punk rock des groupes précédents avec des classiques des B52s, des Clash ou des Berruriers noirs. A nouveau, on s’attendait à entendre résonner la voix grave et déchirée de ce bon vieux Iggy Pop

 

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