Samuelito

Dès lors que vous décidez de rencontrer Samuel Rouesnel « Samuelito », des noms surgissent rapidement dans son propos. Manuel Agujetas que lui faisait écouter son père et qui possédait l’inimitable fêlure des cordes vocales que l’on ne connait qu’aux gitans de Jerez, Paco de Lucia, le plus grand dont il ne parle qu’avec respect, Andrés de Jerez, représentant vivant de l’école Agujetas, avec qui il a enregistré son disque de flamenco puro dans les mythiques studios Ferber à Paris, Thierry "Titi" Robin qu’il a vu en concert, tout petit et toujours avec son père, lors du festival « Sur les routes des musiques tziganes »… Autant dire si toutes ces rencontres ont su forger la virtuosité de ce musicien, jeune prodige qui avoue être né avec une guitare dans le berceau.

[ Les Suds, en acoustique ] - Samuelito © sudsarles

Tout petit, devant le miroir de sa chambre, il préfère reproduire consciencieusement les accords des chansons de variété que de jouer aux Play Mobil. La guitare le passionne. Et, tout de suite, il se montre extrêmement doué pour cet instrument. A 7 ans, il est inscrit en guitare classique au Conservatoire de Caen où il avoue s’ennuyer un peu. Une année plus tard, il tombe sur une partition de solea – il faut dire que son grand-père, autodidacte, avait appris la guitare à tous ses enfants – qu’il maîtrise en une après-midi. La révélation : « C’était ma musique, elle faisait partie de moi. » Son parcours est alors comme celui d'une étoile filante. Il travaille les partitions de flamenco qu’il apprend très vite, tout en poursuivant avec rigueur l’approche classique de l’instrument au Conservatoire en Normandie puis à Paris où il est diplômé en Musicologie à la Sorbonne.

Sa carrière décolle en 2016. « Depuis, je fais plein de rencontre, en particulier avec des gens qui ont marqué mon enfance et ma personnalité.  Je n’écoute plus simplement le flamenco mais je le vis. Jerez est devenue ma ville de cœur.» Samuelito s’est forgé un style propre. En plus de sa virtuosité, son toque témoigne de fraicheur, de personnalité et de caractère. « Je cherchais l’effet plus vite, plus fort. A quoi ça sert un vocabulaire très riche si tu n’as rien à transmettre ? » Au-delà de la technique, il a su réunir énergie et émotions, des vertus qui lui viennent de sa large vision musicale. « Au début, je considérai comme un handicap de n’être ni espagnol ni gitan. En fait, c’est une ouverture que ceux de là-bas, malgré toutes leurs qualités, n’auront jamais. Ma musique c’est comme une galette bretonne – c’est aussi mon terreau – à laquelle tu rajoutes les pommes, toujours bio, le chorizo –pourquoi pas ? – la musique classique, mon travail, mes voyages, mes rencontres, les vrais amitiés… Tu trouves des sensations. D’ailleurs souvent je chante ou je pose la guitare et je danse… »

Talentueux, audacieux, inspiré… Quatre albums à ce jour.

Samuelito termine d’enregistrer une anthologie, quatre-vingt styles du flamenco, avec Paco El Lobo.

 

Anselme Koba

 

Samuelito anime un stage de guitare flamenca pendant le festival des Suds, à Arles et sera en concert pour une Sieste Musicale, le 12 juillet à 14h30

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