« Notre programmation traduit notre devoir d’hospitalité »

La programmation de la 26e édition du festival s’est faite dans le contexte que nous connaissons. Cela a entraîné des contraintes quant aux choix des artistes mais, peut-être aussi, cela a permis de concrétiser la pertinence d’une manifestation qui prend à contre-poil les festivals de musique de plus en plus gigantesques.

La programmation de la 26e édition du festival s’est faite dans le contexte que nous connaissons. Cela a entraîné des contraintes quant aux choix des artistes mais, peut-être aussi, cela a permis de concrétiser la pertinence d’une manifestation qui prend à contre-poil les festivals de musique de plus en plus gigantesques.

Rencontre avec Stéphane Krasniewski, Directeur de Suds à Arles.

 

Les conditions étaient particulières pour réussir une programmation...

En effet... Ceci pour deux raisons. D’abord les possibilités de circulation des musiciens sont compliquées. Les frontières sont plus ou moins fermées. Les venues ou les retours dans certains pays peuvent conduire à des isolements obligatoires parfois jusqu’à quatorze jours. D’autre part, les tournées sont difficiles à mettre en place. Beaucoup de dates, qui devaient s’enchaîner, risquaient d’être annulées. Dans le meilleur des cas, ces obstacles administratifs ne se traduisent que par une augmentation des coûts de production.

 

Tu as, donc, choisi des artistes hérités des migrations...  

Cette diversité est magnifique, et elle renvoie une image qui va à l’encontre des tentations de replis sur soi, de cette peur de l’autre que la crise sanitaire a eu tendance à amplifier, à légitimer. Il existe un réel potentiel, à nous de le valoriser, de montrer que l’apport de ces diasporas a fertilisé la création musicale. Ces artistes enrichissent la culture française et s’enrichissent en retour. Les programmer contribue au rayonnement culturel de la France, dans toute sa diversité.

La décision prise de centrer notre programmation sur des artistes issus de ces diasporas est donc politique. Dans un contexte local où les idées du Rassemblement National bénéficient de l’écoute que l’on sait, il est important de réaffirmer que les migrations, la mixité, l’hybridation sont sources d’échange et d’enrichissement.

Notre programmation traduit notre devoir d’hospitalité. Nous avons commencé avec la projection du film « Josep » qui raconte d’autres temps, d’autres raisons de migrations en résonance avec les temps actuels. Et nous conclurons avec Gaël Faye pour un concert de soutien à SOS Méditerranée. Très concrètement, une partie de la recette ira à l’association.

 

Une programmation audacieuse...

Une programmation équilibrée en tout cas ! Entre grandes figures, et découvertes. Goran Bregović nous permet ainsi de faire plaisir à tout le monde. Pourquoi s’en priver ? Pour autant, nous sommes fiers de proposer des musiques plus pointues comme le groupe Atine ou Raül Refree. Gaël Faye n’est pas un musicien attendu dans un festival comme les Suds. C’est un contre-pied et un message de qualité sur son engagement.

 

Une prise de risque...

Le risque avec le festival, ce n’est, peut-être pas, que le public ne s’y retrouve pas mais qu’il se lasse. Il ne nous fait pas un chèque en blanc et a un regard critique sur nos propositions. Et c’est bien ! Mais sur la semaine je pense qu’il va s’y retrouver. À ce jour, les réservations marchent bien, les Moments Précieux sont complets. Les quarante stages sont remplis à 90 %. Ce sont des signes de confiance et d’encouragement.

 

Pour toi, le festival sera réussi si...

Si les gens continuent à venir, si les artistes poursuivent les projets engagés lors de cette semaine et si on apporte la preuve que notre modèle de festival est pertinent. Nous investissons Arles pendant sept journées du matin au soir, sur une multitude de scènes, alors que la norme des festivals de musiques actuelles est plutôt de rassembler des milliers de personnes, sur un même temps, dans un même lieu. L’adaptation nécessaire dont nous, et d’autres, ont dû faire preuve cette année, contribuera peut être à remettre en question la course au gigantisme, et qui sait, le modèle de concentration capitalistique qui le sous-tend. Ainsi, j’espère que la résilience dont on fait preuve sera source d’inspiration.

 

                                                                                   Propos recueillis par Anselme Koba

 

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