Avec Xylouris White sur les sentiers des montagnes

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 White et Xylouris.

À son arrivée sur la scène de l’Archevêché, l’Australien Jim White défait le bouton du haut de sa chemise, ôte ses chaussures et s’assoit sur le tabouret de sa batterie. Son luth Laouto bien en main, le Crétois Giorgis Xylouris l’attendait.

En un quart de tour, les deux hommes assènent un instrumental volubile et déstructuré. Comme s’ils avaient voulus gagner du temps sur les conventions, ils combinent les extrêmes. Les accords du laouto assument un rôle introductif, alors que les roulements de la batterie annoncent une conclusion imminente. Entre free jazz et climax rock, cette fureur précède une sereine contemplation, comme si l’orage avait nettoyé le ciel.

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Georgius Xyloris chante

Les nuages se dissipent, et laissent émerger un majestueux paysage montagneux. On dirait Anogia, petit village de bergers, niché sur le flanc nord du Mont Psiloritis (Ida autrefois), un lieu chargé d’histoire que les Crétois associent à la lutte contre les nazis puis à la junte militaire. Une terre caillouteuse, mais fertile qui a vu naître la dynastie musicienne Xylouris, dont est issue la moitié du duo. L’iconique chanteur Nikos, son oncle, aujourd’hui disparu comme le vocaliste et joueur de lyra, Psarantonis, son père, ont ouvert une voix royale à Giorgis. Il a fièrement endossé leur héritage et perpétue une tradition d’écriture de chansons fortes et poétiques, qui reflète l’âme de cette île antique. Giorgis s’est aussi distingué en sortant le laouto du rang de simple instrument accompagnateur pour le hisser à celui de soliste flamboyant. Son luth fournit les accords solides sur lesquels s’appuie son chant clair et enveloppant : l’instrument retranscrit pleinement la force lyrique du musicien, quand sa voix se tait. 

Dans leurs jeux, les deux hommes peuvent chercher le contraste comme s’assembler pour démultiplier leur puissance expressive. Leur amitié d’un quart de siècle est née sur la terre natale du batteur, où Giorgis avait suivi l’orchestre paternel puis rencontré l’amour. Dans les années 90, Jim White était un pilier de la scène rock de Melbourne, gravitant dans l’entourage de Nick Cave. Son propre trio, Dirty Three, en a marqué l’histoire. Le Crétois s’en est nourri pour développer son univers. Les deux noms Xylouris et White ont peu à peu défini une entité indépendante marquée par des concerts et des enregistrements sans concessions.

Il y a des plaines parcourues, des montagnes gravies, puis descendues en courant en criant de joie. Il y a des chants nourris de traditions, de saines colères, des hésitations assumées et des éclats d’extase.

Après le troisième morceau, Jim White enlève ses chaussettes. Ses rythmes simples ou complexes sont organiques. Il swingue, il groove, il encadre les accents lyriques ou mène la barque. Il danse avec ses baguettes et souvent, lorsque la résonance de leurs coups s’estompent, il les laisse terminer, dans l’air, par d‘élégantes figures courbes qui complètent celles du son.

Comme dans la vie, tout au long du set, les séquences de calme alternent avec les violences de la tempête, et les deux musiciens savent toujours comment réagir pour compléter le tableau.

À la fin, ils sont au sommet de la montagne et Giorgis siffle comme le berger qui conduit ses moutons vers la plaine fertile où l’on pourra s’arrêter après un tonnerre d’applaudissement.

Texte et photos : Benjamin MiNiMuM

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