Patricia Guerrero : « Apprendre me nourrit »

C’est après sa dernière Master Class de danse flamenca que je retrouve Patricia Guerrero dans un salon du magnifique hôtel Arlatan récemment réouvert à Arles.

Détendue et avenante, elle a eu juste le temps de passer rapidement écouter le guitariste Samuelito qui animait une sieste musicale dans les jardins de l’Espace Van Gogh avant d’accepter de répondre à mes questions. Elle n’a que vingt-neuf ans mais impressionne par sa volonté de renouveler le flamenco et dans l’énergie qu’elle manifeste tant dans ses propos que dans sa danse.

Patricia, comment es-tu venue au flamenco ?

Ma mère, Maria Carmen, était danseuse dans le quartier du Sacramento à Grenade. J’ai l’impression d’avoir toujours dansé avec elle. A huit ans, je suis monté seule sur le tablao de la Peña Plateria. Comme beaucoup de flamencos, j’ai fait l’académie de baile et des stages à Jerez et Séville. Puis j’ai eu la chance de pouvoir rejoindre la compagnie de Mario Maya, à 14 ans. J’étais la plus jeune. Mais je dois dire aussi que, au-delà de la danse, c’est surtout la musique qui m’intéresse. J’ai ainsi suivi des cours privés de classique et de violon.

 

Qu’est-ce que le flamenco pour toi ?

Une forme d’expression artistique. C’est une expression aux racines profondes qui témoigne d’une présence forte et d’une telle qualité… une musique de l’intérieur que tu ne peux pas ne pas aimer.

J’aime la danse parce qu’elle est en complète relation avec la musique. Et surtout, à chaque fois, c’est une totale improvisation. C’est la seule danse qui permet cela. C’est sa profondeur.

La danse est une partie inconditionnelle de ma forme de vivre. Mais je suis une personne entière avec d’autres passions, qui me complètent. J’ai travaillé la danse classique et contemporaine et les claquettes, par exemple. J’ai passé trois mois à Berlin où j’ai vécu d’autres sensations. Je veux faire pareil à Paris. Je me considère comme une danseuse ouverte. Tout peut t’enrichir. Apprendre me nourrit.

 

Comment, alors, peux-tu parler de ta danse ?

Je viens du flamenco traditionnel mais je ne mets jamais de barrières. Je suis curieuse et je n’ai jamais dit non à la nouveauté. Je pense que les jeunes flamencos doivent faire avec les temps où nous vivons. Les anciens ont bien fait, à nous de leur rendre quelque chose que nous leur apportons.

Je viens du barrio, pas du conservatoire. Le Sacromonte, c’est une danse puissante, de pieds et de tête. A la différence de celle de Séville faite de poignets et de légèreté. C’est une différence que les gens peuvent voir dans ma danse. Par exemple, j’utilise la bata de cola pour une solea en la passant devant, comme si elle faisait partie de moi.

Je me décrirais comme une personne avec beaucoup de force, très physique, agressive peut-être même. Je danse où mon corps m’amène, ce qu’il me permet. J’aime exagérer ma danse mais j’essaie que ce soit toujours avec élégance. Je pense qu’on y retrouve aussi l’apport de mes maîtres, particulièrement José Galván toujours si profond et rayonnant.

 

Peux-tu me dire quelque chose de ton actuel spectacle ?

Distopía est pire que Catedral¹. L’histoire se situe dans une société utopique, "idéale", une dictature. Je travaille avec un métronome, une norme en quelque sorte, je ne peux pas sortir de ça. C’est une revendication politique. Je n’ai pas pu le produire en Chine, ni au Mexique… C’est un discours fondamental d’artiste engagé dans sa société. Tous les artistes poétisent leurs revendications dans leur art.

Avec Catedral, je ne dis pas que j’avais fait un spectacle sur la religion ou féministe, mais quand j’interprète la vie des femmes, leurs histoires, c’est très fort. Sur scène, à Tunis par exemple, devant des femmes voilées... C’est naturel, pas agressif.

 

Propos recueillis par Anselme Koba

 

¹Dans Catedral, Patricia Guerrero raconte la libération d’une femme qui a trop longtemps subi l’oppression de traditions ancestrales.

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