Ba Cissoko: « la kora peut tout jouer »

Ce ne sont pas les hommes qui ont créé la kora; ce sont des djinns qui en ont fait dons aux djélis – ceux que l'on nomme les griots ici, et qui signifie en fait sang, car dans l'empire mandingue, la musique s'hérite à l'intérieur de grande dynasties familiales, les Kouyaté, les Diabaté, les  Diawara, les Cissoko.  Le n'goni, le bala, la kora.

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Ce ne sont pas les hommes qui ont créé la kora; ce sont des djinns qui en ont fait dons aux djélis – ceux que l'on nomme les griots ici, et qui signifie en fait sang, car dans l'empire mandingue, la musique s'hérite à l'intérieur de grande dynasties familiales, les Kouyaté, les Diabaté, les  Diawara, les Cissoko.  Le n'goni, le bala, la kora.

Kimintan, dit Ba, est un Cissoko de Koundara en Guinée Conakry, mais initié par son oncle, un Kouyaté, M'Bady Kouyaté, maîtrise koriste, directeur de l’Ensemble symphonique traditionnel national de Guinée, qui ne trouvait pas la relève parmi ses enfants et redoutait que la lignée ne s'éteigne.

Ba Cissoko / Konkouré © Nuits Metis

C'est ainsi, raconte Ba Cissoko, qu'a commencé son périple initiatique, au début des années 1980, de Koundara à Bissau, du Sénégal à la Gambie, où est née dit-on la harpe mandigue à 21 cordes. Suivre le djéli dans les mariages et les baptêmes, d'abord, en marquant le tempo sur une calebasse, puis les premiers morceaux, Kéléfaba, et le jour où le maître le juge prêt à sortir et lui dit d'aller dans la rue, jouer dans les fêtes et se débrouiller par lui-même, pour gagner les quelques billets qui lui permettront d'acheter le mouton du baptême et de payer son enseignement. Et le baptême lui-même où il reçoit sa kora. La sienne se nomme Djéli Fatouma Kouyaté comme sa grand-mère.

Ba Cissoko "On veut se marier" © Nuits Metis

L'histoire s'arrête généralement là, dans la tradition. Mais Ba a prolongé le parcours, joué dans les hôtels, dans les villes où on lui a demandé du blues ou du jazz – « la kora peut tout jouer », assure-t-il. Le président guinéen, Sékou Touré, avait promu la musique comme signe de l'avant-garde du socialisme africain et encourageait les ouvertures de la tradition mandingue aux répertoires modernes. Et Ba Cissoko a suivi cette voie-là, un premier groupe Tamalalou, repéré à Conakry, arrivé à Marseille en 1995. Il électrise son intrument, ajoute un wah, joue comme Hendrix (Electric Griot Land), transgresse les codes, travaille avec le DJ Ivy Slam ou le trompettiste Gilles Poizat et ajoute même, après dix ans de scène, entouré de ses cousins, une petite section de cuivres, l’Ava Saty Marching Band, qui lui permet d'aller visiter la salsa, rumba ou le funk.

"Nimissa" Live BA CISSOKO © Nuits Metis

  • Le 14 juillet à 23 heures aux ateliers SNCF, Arles

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