ORPHEUS XXI Musique pour la vie et la dignité

Permettre l’intégration de musiciens professionnels réfugiés, la transmission et le partage de leur culture auprès des enfants et adolescents déracinés, tel est le vœu du musicien Jordi Savall à travers le projet Europe Créative « ORPHEUS XXI ».

Orpheus XXI, Musique pour la vie et la dignité, Musée départemental Arles antique © Florent Gardin Orpheus XXI, Musique pour la vie et la dignité, Musée départemental Arles antique © Florent Gardin

Permettre l’intégration de musiciens professionnels réfugiés, la transmission et le partage de leur culture auprès des enfants et adolescents déracinés, tel est le vœu du musicien Jordi Savall à travers le projet Europe Créative « ORPHEUS XXI ». Il s’agit dans un premier temps de former des petits orchestres de jeunes, âgés de 9 à 18 ans, réfugiés et citoyens européens, encadrés par des musiciens professionnels, eux aussi réfugiés. Ensuite les jeunes qui auront montré les meilleures capacités et une grande motivation prépareront pour 2018 une tournée européenne toujours sous la direction de Jordi Savall.

Le Festival des Suds accueille le premier concert du tout premier ensemble interculturel.

 

Rushen et Neset sont kurdes. Le premier était étudiant, il joue du saz, une sorte de luth à long manche, le second, professeur de musique, est percussionniste.

Neset : « On vient d’un pays dur. Mais aujourd’hui, qu’est-ce qu’on peut faire ? Je peux jouer, c’est positif. Je joue des sons traditionnels mais aussi ceux d’autres cultures. Je suis en train d’apprendre le monde. »

Shaza a quatorze ans, elle joue du oud et chante, et sa sœur Jawa, vingt-et-un ans, du qânun, une cithare sur table. Elles sont nées à Alep et habitaient Damas avant de fuir en 2015 la Syrie, en y laissant une partie de leur famille. Elles ont traversé la Méditerranée avec leur mère sur un bateau de pêcheur. Elles vivent actuellement en Hollande et participent au premier atelier.

Sous la conduite de Waed Bouhassoun, l’une des huit musiciens formateurs choisis par Jordi Savall, ils seront présents tous les quatre au Musée d’Arles antique.

Waed : « Ce premier concert représente beaucoup. De nombreux musiciens sont encore sur les trottoirs français. C’est un moyen de montrer un autre visage des réfugiés, un autre futur possible, de continuer à jouer la musique car il y a un patrimoine à transmettre, mais en l’adaptant à une nouvelle vie. Dans ce groupe, il n’y a pas de star. Chacun prend sa place, chacun donne et apprend de l’autre. »

L’échange, l’entraide, la transmission, la pratique collective, dans un contexte intergénérationnel et interculturel, sont des vecteurs forts du projet. A travers les dernières répétitions, on a pu ressentir toute l’énergie et toute la volonté engagée par chaque musicien. Leur répertoire aborde l’âge d’or de la musique arabe, rencontre la culture européenne à travers la musique médiévale chère à Jordi Savall, mais ils jouent aussi les compositeurs actuels, égyptiens par exemple.

« Il y a des morts chaque jour dans nos pays. Mais il y a aussi des mariages. La vie continue. Et tout le monde aime la musique. »

 

Orpheus XXI au Musée départemental Arles antique à 12h30 ce jour.

 

Bernard Déliane

 

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