Un festival «extrêmement spécial» mais «fidèle à l'esprit des Suds»

Fin juin, l’équipe des Suds, à Arles, a choisi de maintenir le Festival. Trois petites semaines de préparation pour ne pas laisser vide une 25e édition. Une édition singulière, s’il en est, concentrée sur trois journées mais qui continue à « porter les couleurs et les valeurs » des musiques du monde. Rencontre avec Stéphane Krasniewski, directeur du festival Les Suds, à Arles.

Trois journées de Festival préparées en trois semaines en équipe réduite, on a parlé de "festival commando"…

"Je n’aime pas trop cette notion mais je sais qu’il fallait répondre à une situation urgente. Nous avions déjà attendu le dernier moment pour annoncer le report du festival après avoir envisagé toutes les possibilités. La situation changeait tout le temps et les contraintes et les autorisations aussi. Fin juin, quand nous avons vu que quelque chose était jouable, nous nous sommes lancés. Ce serait un festival extrêmement spécial, dans un format différent, resserré dans le temps, conduit par une équipe réduite, sans artistes venant de l’étranger, avec moins de bénévoles, sans le Théâtre Antique... Mais un festival, même réduit à trois jours, que nous voulions fidèle à l’esprit des Suds, une image que l’on partage depuis 1996 et que l’on désire toujours partager."

Comment remporter ce défi ?

"Nous souhaitons réussir l’équilibre, dans un temps court, entre les émotions que suscitent les musiques qui racontent le monde actuel, et les messages que l’on veut continuer à faire passer. Ce n’est pas anodin. Au delà de la dimension esthétique, devait se retrouver dans la programmation matière à orienter le regard (l’oreille !) vers une actualité géopolitique et des combats d’hier et d’aujourd’hui. La situation impose des urgences : l’altérité, le passé colonial, la solidarité, l’éco-responsabilité… Nous avions trois semaines pour rester fidèles à notre identité.
Et puis, il y a en France des artistes qui témoignent de la diversité culturelle de notre pays et des diasporas qui ont essaimé en nourrissant la création artistique. Du flamenco, de la kora malienne... C’était le moment de les valoriser."

… avec des contraintes

"Oui, artistiques, techniques et sanitaires… Nous essayons de réduire au maximum les risques en organisant l’ensemble des évènements dans le respect des gestes barrières et de la distanciation physique. Mais nous savons que cela ne dépend pas que de nous. Il est difficile de faire partager quelque chose, de mettre ensemble, de rassembler en concert. C’est une gageure qui de toute façon n’est pas maîtrisable. Regardez Nice. On prend le risque "in fine" et la responsabilité juridique et morale. Nous sommes seuls à la prendre. Le Préfet autorise en amont sur la base du projet en soulignant l’obligation de faire respecter… Restera toujours l’inconnu sur la circulation du virus…
En tout cas le premier concert le 8 juillet a montré que c’était possible. Nous avons travaillé avec Horizon et les Escales du Cargo. Tout le monde a fait des efforts pour travailler dans le même sens, les artistes, les partenaires, les Maisons d’Arles qui ont mis à disposition des chambres pour les artistes, le public – c’était complet au bout de trois jours - qui a joué le jeu… Et ce fut un concert sensible et puissant. Un succès."

A deux jours du festival, paradoxalement, qu’est-ce qui te paraît avoir changé ?

"Parfois, nous avions l’impression de retourner à l’essence propre de l’organisation d’un festival à ses débuts. Nous pouvions observer de près l’ensemble de l’organisation. Avec un effectif resserré, les ressources propres à chacun ont été mises en valeur. Il a fallu improviser et les résultats ont souvent été surprenants. Cela est assurément très apprenant encore.
Et puis, nous avons senti fortement notre public, sa reconnaissance, ses remerciements. Il nous a suivi. Sûr que les liens se sont renforcés."

Rendez-vous jeudi 16, vendredi 17 et samedi 18 juillet pour suivre le "festival commando".

Anselme Koba

 

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