Vincent Truffy
Journaliste à Mediapart

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Billet de blog 15 juil. 2012

Gamalet Chiha, reine gypsy du mawwal du Nil

Il y a aussi des Champs-Elysées à Arles. On les appelle les Alyscamps. Mais le 14 juillet, au lieu d'y défiler au pas, on y chante entre les platanes et les tombes de la nécropole romaine. Pis, on y entonne des chants nomades, égyptiens, des gypsies du Nil. 

Vincent Truffy
Journaliste à Mediapart

Il y a aussi des Champs-Elysées à Arles. On les appelle les Alyscamps. Mais le 14 juillet, au lieu d'y défiler au pas, on y chante entre les platanes et les tombes de la nécropole romaine. Pis, on y entonne des chants nomades, égyptiens, des gypsies du Nil. 

Le concert de Mawawil, donné samedi, achève un projet lancé en 2009 d'exploration musicale des nomadismes qui ont fleuri dans les grands deltas de Méditerrannée, le Rhône (et le pélerinage aux Saintes-Maries), le Guadalquivir (et le flamenco), le Pô (et les chants de travail des mondines qui ramassaient le riz), le Danube (et ses fanfares balkaniques) et donc le Nil et son mawwal, chant  rural qui fut savant, poésie arabe dialectisée dans les noces et les banquets, sorte d'ouverture improvisée (en fait, explique Philippe Krümm, rythmé mais non mesuré), qui expose les thèmes qui seront développés par la suite en y brodant ses ornements.

Il existe aujourd'hui un néo-mawwal passé en ville dans les années 1970 à la faveur de l'urbanisation dévorante de l'Egypte en particuliers. Celui de l'ensemble Mawawil perpétue une tradition plus ancienne, consacrée lors d'un fameux congrès de la musique arabe, au Caire, en 1932, où les ethnomusicologues se sont déchirés pour savoir s'il s'agissait d'un répertoire masculin ou féminin. Ce style s'est préservé grâce aux 78-tours du label Baidaphon qui avait immortalisé les mawawil de Mohamed El-Arabi au milieu des années 1920, dont l'on peut retrouver quelques rares exemplaires, et maintenu vivant grâce à des ensembles traditionnels comme Mawawil.

 A sa tête, la diva Gamalet Chiha, surnommée « la reine d'Imbaba », du nom d'un quartier au nord du Caire dans le haut du delta du Nil, où elle est arrivée, de sa campagne, cinquante ans plus tôt, avec sa musique. Elle est accompagnée d'Ahmed Abd-El-Ghani au kawal (flûte sans bec, tenue de biais pour produite le sifflement), d'Amin Ibrahim Ali à l'arghoul (clarinette double, l'une servant de bourdon au son continu, l'autre jouant la mélodie), de Mohamed Abou Elatta au rébab (une vielle à deux cordes jouées avec un archet), de percussions (derbouka et riqq) et de deux chanteuses plus jeunes. 

Avec une science éprouvée de l'auditoire, Gamalet Chiha passe outre l'ignorance de la langue pour lui faire comprendre par geste ce que la foule ne peut entendre dans les mots, elle harangue, elle apostrophe, elle cajole, donne des coups de hanche et des œillades et fini par emporter le public dans un style qui semble familier, une heure à peine après l'avoir découvert.

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