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Billet de blog 15 juil. 2022

Niño de Elche : « Ma mère continue de me regarder étrangement »

L’histoire commence avec le néant, l’obscur vide. De là, naît un point blanc qui s’approche, grandit jusqu’à occuper le centre de notre vision. De cette forme va surgir la voix. « La peur… J’ai toujours eu peur. Ma mère était communiste et mon père fasciste. Il nous parlait à voix basse. Peut-être que mon chant vient de là ? Peut-être que c’est pour cela que je chante à voix basse ? »

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Tels sont les premiers mots de Francisco Contreras Molina que Marc Sempere-Moya y Leire Apellaniz ont capté pour introduire le documentaire qu’ils ont réalisé sur Niño de Elche et que le Festival des Suds a présenté en introduction du salon de musique « Le flamenco, art mutant ? ». 

Ce documentaire est un portrait cubiste. Cubiste car il propose une déconstruction conceptuelle du réel, jamais abstraite, mais démultipliant les points de vue sur le chanteur flamenco. Il s’est agi de dépeindre cette personnalité polyédrique à travers le reflet des regards de ceux qui l’entourent, qui l’aiment, qui l’observent et partagent son art. Cette polyphonie harmonique compose un portrait libre et curieusement surréaliste.

On ne peut pas regarder le documentaire sans penser à Luis Buñuel, à ses extravagances narratives et ses embardées oniriques. On peut y retrouver (et particulièrement dans la scène où le Niño chante une saeta, voilé et porté par des hommes et des femmes nus sur un paso de Semaine Sainte) certaines logiques contrariées du rêve, du fantasme et de l’imaginaire. Mais de qui ? Des cinéastes ou de Niño de Elche ?

Paqui et Aladino, les parents du Niño, sont omniprésents dans cette histoire. Quand il vocalise dans le couloir de leur appartement, elle se penche encore inquiète à la porte de la chambre et lui demande : « Francis, ça va ? » C’est la seule qui l’appelle toujours Francis. Il pointe : «Ma mère continue de me regarder étrangement».  Combien émouvante est cette dernière scène du film où il lui susurre à l’oreille por fandango tout en l’embrassant. Et son père, quand il réussit à le faire chanter à mezzo-voce sur la terrasse. On devine combien ce personnage et son poids dans la famille ont été présents dans l’histoire de ce gosse.  

Il est difficile de définir le style de Niño de Elche. Peut-être que, tout en étant furieusement flamenco, il n’en a pas. « Je ne suis plus celui que j’étais, affirme-t-il torse nu, le corps pétri avec ses imperfections et ses meurtrissures, je suis un meuble de tristesse ». Gardons-nous de toute lecture psy et acceptons qu’il affirme : « L’art est une fuite. » Et encore : « j’oscille entre Dieu et John Cage. » Ou enfin : « Écouter, c’est le seul acte révolutionnaire ! » Il suffit alors de l’entendre chanter La Malena - qui vend "bêtement" des graines de tournesol, des pipas -, pleinement absorbé quant à entendre la danse d’Israël Galvan à ses côtés, pour son Mellizo doble.

Avec ce film, n’allez pas essayer de comprendre qui est le Niño si ce n’est qu’il est incompréhensible, qu’il réussit à échapper à la clarté et aux explications. Ce film mosaïque réussit à préserver son jardin secret.

Anselme Koba

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