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Billet de blog 16 juil. 2022

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Sourdurent : au présent, quatre innovants à la troisième personne du pluriel

Les traditions n’ont jamais cessé de regarder le présent en face ni même d’interroger le futur. Ce qu’a démontré Sourdurent avec panache le 14 juillet pour Les Suds, à Arles.

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Sourdurent (de gauche à droite : Elisa Trebouville, Jacques Puech, Ernest Bergez et Loup Uberto) © Ida Wa

Place Voltaire, le jeune quartet auvergnat Sourdurent est présenté en un joli symbole de passation générationnelle par Manu Théron, chanteur provençal primordial de l’évolution des musiques des pays d’Oc au tournant des millénaires. Lorsque parlant d’eux Théron dit : « Qu’ils ont arraché aux lambeaux d’Occitanie, que la France n’a pas ensevelie, les trésors instrumentaux d’époques oubliées  » cela sonne aussi comme une dénonciation de ce que l’administration française nomme Occitanie, réduit à une portion squeletique une aire culturelle bien plus vaste qui inclut notamment  la Provence et l’Auvergne, exclus de cette cartographie politique.

Sourdurent, jusqu’ici, se présentait à la première personne du présent, soit Ernest Bergez, compositeur électronique qui acquis aux musiques traditionnelles, a apprit la langue d’oc, est devenu chanteur, violoneux et podorythmicien, sans pour autant remiser, au placard modules électroniques, capteurs et autres pédales à malice. Son audace créative l’a peu à peu inscrit en tête de la derrière génération des créateurs des pays d’Oc, faction Massif Centrale.

A force de rencontres opportunes et music-amicales l’idée de se conjuguer à la troisième personne du présent s’est faite évidente pour Ernest. Le quartet Sourdurent s’est donc défini après l’adhésion de Loup Uberto, iconoclaste chanteur et multi-instrumentiste Grenoblois, ici aux chant, percussions et luth basse emprunté aux gnawas marocain, celle d’Elisa Trebouville, exploratrice de folklore brésiliens avant de découvrir ceux d’Auvergne, armée de banjo et de fifres et d’un timbre vocale remarquable. Pour compléter le spectre sonore et humain Ernest a proposé l’aventure au chanteur et joueur de cabrette Jacques Puech, vieux complice, notamment au sein de l’innovant collectif La Nóvia .

Avec son verbe aussi poétique que politique, Manu Théron offre sa définition du nom : « Sourdure c’est ce qui reste quand tout semble perdu et donc c’est ce qui sourd et qui perdure »  Ce qui ne déplaît pas au principal intéressé pour qui le terme reste ouvert à toutes interprétations: « Sourdure c’est un peu interrogatif parce que ça ressemble à des mots qui existent mais ça n’en est pas un, du coup ce mot a un existence tangente. Ce qui est important pour moi c’est de signifier un rapport joueur avec la langue. »

Et cette philosophie se retrouve bien sûr dans les libertés accordées à son exploration musicale tant au singulier qu’au pluriel que Manu Théron décrit à sa façon : « Les pieds qui scandent, la cabrette, le violon. Ils ont immergé ces outils de base dans une Méditerranée réinventée ou le luth, le banjo, le tambourin mêlent les antiques mélodies d’Auvergne à leurs sœurs grecques, maghrébines ou turques » De fait par moment les arrangements de leurs marches sonnent comme de l’arabo-andalou et leur Entrada  d’ouverture est basé sur une mélodie afghane.

Sur fond de bourdon, né tant du souffle de la cabrette que des circuits électroniques, la voix d’Ernest s’élève en incantation. La cabrette volubile enchaîne les vocables de l’urgence, le banjo pondère une rythmique altière appuyée par les frappements de pieds amplifiés, surlignés par la résonnance profonde du luth marocain et sublimée par les glissements d’archet du violon. A celle d’Ernest la voix de Jacques s’unit en un unisson convaincant.

Entrada SOURDURENT (live au Pan Piper, Paris, 2019 filmé par As human pattern ) © Murailles Music

La musique du Massif Central a vocation de nourrir le bal et dès la mazurka suivante les danseurs sont invités à envahir le front de scène qu’ils ne quitteront plus jusqu’à la fin des réjouissances. Le luth posé à plat par Loup devient percussion frappée en alternance avec le tambourin, le banjo reçoit aussi parfois sur ses cordes les coups réguliers du fifre d’Elisa. Toujours, même s’il se déforme par pur amour de la fantaisie, le rythme demeure qui permet aux danseurs de poursuivre leur chemin. Au dessus s’élève voix, improvisations des instrumentistes et saillies électroniques.

Tour à tour, Sourdurent  nous offrent une bourrée somnambule, une chanson qui marche bien quand on marche dessus, des mazurkas  et des scottishs autant de prétextes aux aventures osées des instruments et aux mélismes et harmonies fondantes des quatre voix.

La lyrique énergie des musiciens ouvre des failles temporelles. A l’actualité festive de la place arlésienne, se superposent le centre d’un village Moyenâgeux en pays d’Oc ou la cour d’un château d’Al Andalous, cet âge d’or où le sud espagnol sous influence arabe, permettait aux trois grandes traditions monothéistes de chanter leurs différentes louages au ciel d’une même voix harmonieuse, tolérant et sincère. Par éclairs, apparaissent les ruines d’une cité du 23e siècle ou les irruptions flamboyantes du réveil d’un volcan. Tout est inscrit dans la musique à moins que cela n’émane de l’imaginaire de ce petit garçon que l’on voit faire danser les doigts sur le plancher au bord de la scène.

Pour Ernest Bergez : « L’imaginaire des temporalités est un endroit d’évidence, il y a ce vertige parce que plein de trucs se télescopent, mais c’est le propre de là où l’on est (temps et espace ndlr). Ce qui est très important c’est qu’il n’y a pas de hiérarchie entre tout ça.  Souvent dans les interviews, le moment où l’on me parle d’électronique je sens que pour les journalistes  c’est galvanisant. L’électronique c’est forcément cool. Systématiquement ma réponse vient contrer ce truc : l’électronique ce n’est pas particulièrement cool. » Jacques Puech ajoute : « et pas non plus particulièrement moderne » Ernest : « La musique électronique c’est aussi vieux que la guitare électrique voir plus. Le Theremine (premier instrument complétement électronique ndlr) c’est les années 20. Jacques poursuit : « les airs traditionnels que nous jouons ont été collectés dans les années 70 auprès de personnes nées dans les années 30. Tous  ces éléments sont contemporains et simultanés. Ce qui est nouveau c’est qu’aujourd’hui on a accès à plein de musiques  qui étaient inatteignable»

Et ensemble Loup Uberto, Elisa Trebouville, Jacques Puech et Ernest Bergez les sourdurent. Affranchis de toutes frontières, ils abordent les musiques électroniques avec l’intuition d’artistes du free jazz et relient des cris de travailleurs de peine aux chants d’amour de poètes du quotidien. Avec aisance ils rendent populaires des musiques savantes et anoblissent les folklores, réjouissent les danseurs comme les mélomanes, enjaillent la rue et  captent la lumière du ciel.

Benjamin MiNiMuM

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