«Les Sirventès, ce n’est pas ce qu’on croit»

Les Suds ont accueilli en résidence, la semaine précédant le festival, Manu Théron au chant, Grégory Dargent au oud et Étienne Gruel aux percussions pour un laboratoire d’élaboration du nouveau répertoire de Sirventès de guerre. Ils l’ont présenté en Moment Précieux aux Alyscamps hier soir. Rencontre avec Manu Théron.

SIRVENTÈS - Moment Précieux aux Alyscamps © sudsarles

Rappelle-nous ce que sont les Sirventès

"Il s’agit d’un style contestataire du Moyen Âge chanté par les troubadours. Mais ce n’est pas ce qu’on croit. Ce sont les seigneurs, les princes qui écrivaient ces textes et les jongleurs, qui les entendaient dans leurs cours, les passaient ensuite de château en château. Ces textes étaient des messages, souvent des plaintes et étaient adressés. Le jongleur allait le chanter à celui concerné. Il s’agit de textes poétiques extrêmement élaborés, extrêmement raffinés. Ils les chantaient sur des mélodies populaires, des musiques simples pour que le message se retienne mieux. Pendant la résidence, nous avons travaillé des Sirventès de guerre. Il existe un répertoire important sur la guerre. Un prince, qui voulait aller au combat, composait un Sirventès et l’envoyait à ses alliés et ses ennemis."

Et il partait à la guerre...

"Voilà. Il était au milieu du combat, en première ligne. Il y allait pour tuer ou pour s’escagasser. S’il meurt ça s’arrête. Les guerres étaient plus courtes, moins meurtrières mais plus violentes."

Comment se révèlent ces textes ?

"Les Sirventès parlent d’amour ou de guerre. Le but est d’exciter, celui qui écoute, au corps à corps, au combat le plus sauvage, le plus barbare. Les troubadours descendent des chevaliers. Pas de stratégie, de calcul, on y va directement. La poésie d’amour, c’est la même chose. Les deux sont question de relation charnelle. C’est ce qui me plaît ! Une excitation à une démonstration d’humanité. Qu’on ne s’y trompe pas, les guerres aujourd’hui sont une affaire de planqués… En ces temps anciens, elles étaient humaines. Il fallait avoir raison des mensonges et des félonies. Et pour ce, on allait direct au combat. L’inverse de l’amour courtois, platonicien, éthéré… On est dans du charnel avec tous les sentiments de l’homme, l’intelligence, l’agilité, la bestialité mais aussi la défaite, l’échec et la perte. D’ailleurs quand on perdait, on perdait tout. La vie, mais aussi tout le reste. Un monde sans pitié.

C’est pour cela qu’il faut parler de guerre avec prudence. La guerre contre un virus invisible… C’est une autre façon de voir. On pense qu’on va pouvoir le vaincre facilement, en être le libérateur… Mais attention, hier comme aujourd’hui, on risque d’être les premiers à se faire exploser !" 

Anselme Koba

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