Missy Ness & 47 Soul: danser droit dans ses babouches

missyness

Suite au réaménagement effectué par la fondation Luma, propriétaire de l’endroit, le site des Forges a, cette année, complétement changé la configuration à laquelle les « Sudistes » récidivistes étaient habitués. Au lieu de l’accueillir sous le squelette d’un spectaculaire entrepôt à toit ouvert, la scène a été plantée dans une cour entre deux bâtiments proposant un environnement moins surnaturel. Mais le bon esprit est préservé et passée la petite déception initiale, l’amour de la musique, la joie des retrouvailles et la fureur de la fête reprennent vite leurs droits..

47soul

Walaa Sbeit

Ce vendredi les Forges reçoivent une des formations les plus bouillantes du Moyen-Orient, 47Soul. Ce super-groupe est formé de 4 musiciens, tous fils de réfugiés palestiniens qui individuellement poursuivent des carrières distinctes Le chanteur et clavier, Z the People a fondé à Washington le groupe de Soul RNB The Brothers Handsome. Le chanteur percussionniste El Far3i (prononcer EL Fari-a) vient de Jordanie où il s’est fait connaître au sein du groupe postrock El Morabba3. Le MC percussionniste Walaa Sbeit vient de la ville palestinienne colonisée Haïfa et s’est fait une renommée dans les soundsystems dub, dancehall, dubstep…. Enfin le chanteur guitariste El Jehaz (est membre du groupe Autostrad qui pratique un cocktail de rock, funk, reggae, et musiques latines chantées dans le dialecte jordanien. Leur réunion vient de la volonté de créer un collectif de musiciens et s’est concrétisée par cooptation amicale, via internet. Ils désiraient conjuguer les rythmes typique du Sham (les pays du Machrek moins l’Irak) et des musiques urbaines de leurs différents univers. Ils ont baptisé ce son hybride Shamstep qui peut aussi se traduire par « Un pas vers le soleil ». Dès leur premier concert en Jordanie ils ont connu le choc d’un retour immédiat et enthousiaste, succès renouvelé dès leur seconde apparition à Londres où ils ses sont depuis installés (Tottenham). Un succès phénoménal, sans cesse confirmé depuis.

47soulbis

El Jehaz & El Far3i

Mais avant qu’ils ne viennent régaler les festivaliers arlésiens, la mise en jambe est confiée à Missy Ness, DJette d’origine tunisienne qui n’a froid ni aux yeux ni aux oreilles.

Pendant les 45 minutes de son warm up elle démontre un nouvel adage :

« Qui sait danser, avec style, derrière ses platines peut faire danser le dancefloor ». Missy Ness fait valser les boutons, swinguer les fichiers et se tortiller de plaisir le cordon de son casque. Son mix est puissant et fruité, il navigue entre hip hop minimaliste, électro groove oriental ou soul bruitiste. En début de soirée, l’espace réservé au public est clairsemé, mais rapidement la poussière danse autour des jeunes Arlésiennes venues observer de près Missy Ness qui sait tout autant déclencher les déhanchements que nourrir l’imaginaire. Elle ne bricole pas, n’utilise ni grosses ficelles, ni scies usées, tout ce qu’elle joue sort des clous ou tombe à pic. Elle s’est donnée pour mission de mettre sur orbite l’avant garde arabe tout en plaçant ici et là des balises connues de tous comme ce classique Tontons du Bled de 113, qui donne aux danseurs assez de carburant pour s’aventurer vers les pistes inconnues que la DJette propose.

47soulter

El Far3i

Lorsque le quartet palestinien monte sur scène le public s’est bien échauffé. Leur quatre belles voix, leur dextérité à manier percussions et outillages électroniques et leurs connaissances profondes des rythmes orientaux et son habillage urbain font mouche Leur nom 47Soul, remplace de longs discours. 1947 est l’année où la Palestine a été partitionnée pour donner place à l’état d’Israël, création qui entraîna un conflit qui n’a fait qu’empirer depuis. Pour les musiciens 1947 marque la dernière année de liberté de circulation sur leur territoire. Ils chantent pour l’actuelle génération qui n’a pas connu cette période où un bus pouvait transporter quiconque dans tous les pays arabes sans qu’il soit nécessaire de présenter de passeport ou de visas. Ils ne se posent pas comme un groupe politisé, mais leur message positif appelle à la paix et l’espoir. Ils se lèvent contre le fascisme, le racisme, l’injustice et l’oppression. Pour eux la musique est un outil d’expression et de résistance bien plus puissant que la politique. A les entendre on ne peut qu’adhérer et danser.

À leur suite, Missy Ness ne lâche pas le morceau et entretient la flamme jusqu’aux petites heures, sans temps morts, sans concession, fidèle aux rythmes comme à l’esprit.

47soulquat

 

Z the People

Photos 47 Soul : Stéphane Barbier. Photo Missy Ness et texte : Benjamin MiNiMuM

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.