La politique d'un festival

Un festival, comme celui des Suds à Arles, est-il un acte politique? Vous avez trois heures...Non, c'est pour rire. Même si, très sérieusement, Marie-José Justamond, directrice et fondatrice des Suds, renouvelle depuis 19 ans, et chaque année, dans son discours, les principes politiques de la fête qu'elle propose en juillet (14 au 20 juillet 2014).

Un festival, comme celui des Suds à Arles, est-il un acte politique? Vous avez trois heures...

Non, c'est pour rire. Même si, très sérieusement, Marie-José Justamond, directrice et fondatrice des Suds, renouvelle depuis 19 ans, et chaque année, dans son discours, les principes politiques de la fête qu'elle propose en juillet (14 au 20 juillet 2014).

C'est ce qu'elle disait en mai, en présentant une nouvelle édition, placée sous « le double signe du poétique et du politique.

Du poétique par la forte dimension artistique, de rêve et d'enchantements, portés par les musiciens que nous accueillons.

Du Politique au sens originel de « qui concerne la cité et le citoyen ».

La cité aujourd'hui, c'est le monde. Et les pays des artistes que nous recevons sont, comme souvent, sous les feux de l'actualité internationale : Ukraine, Syrie, Palestine, Tunisie, Turquie, Mali et même le Brésil. Mais là, c'est pour des raisons plus ludiques et liées à l'actualité. Bien que, en termes de défis sociétaux, on oublierait vite et volontiers l'actualité sportive.

Et si vous me permettez de pousser plus loin la dialectique, c'est avec deux valeurs essentielles, chères à Edgar Morin que j'illustrerai cette édition : résistance et reliance.

La Résistance. C'est celle qui s'exerce face à l'uniformisation des musiques, des cultures et de la pensée.

La Résistance, c'est celle que vivent de nombreux artistes dans le passé ou au présent, avec les Mahotella Queens, Johnny Clegg d'Afrique du Sud, DakhaBrakha d'Ukraine, Tamer Abu Ghazaleh de Palestine.

La Résistance enfin, c'est celle qui s'exerce contre un pouvoir financier violent voire, mortifère et destructeur et dont nous parlerons lors d'une grande journée de reflexions à l'occasion du 14 juillet : avec Attac, nous évoquerons Tafta, « Le » traité transatlantique, auquel il faut absolument résister. Avec Mediapart, c'est Edwy Plenell qui conclura la journée, autour notamment de son dernier ouvrage « Dire non ».

Avec Arte, et le superbe film réalisé par Serge Moati, que nous projetterons ce jour-là, et qui s'appelle « artistes en Tunisie » : là, il est question de reliance (..) ».

« Face aux angoisses, notamment d'un traité transatlantique qui veut imposer un droit de l'argent au mépris du droit du sol, de la terre et des hommes, nous avons, et c'est un besoin quasi-physique, besoin de forces qui nous tiennent et nous relient. La compréhension entre personnes, cultures et nations porte en elle, un potentiel de fraternisation qui nous invite à nous reconnaître comme enfants de la Terre-Patrie.

Je cite là encore Edgar Morin. Mais au fond, comme autant d'enfants de Molière, nous faisons de la reliance sans le savoir. Ici, nous le revendiquons.

Parce que tous les artistes que nous invitons, de Calexico à Susheela Ramaan, Dom La Nena & Danças Ocultas, Dupain, Cigdem Aslan, Esperanza Fernandez, nous offrent ces grands moments d'émotions, de grâces partagées et de communion. »

Politique donc. Mais aussi au sens premier du terme, puisque les Suds existent aussi, dans une ville particulière.Il n'est pas neutre de s'installer dans un théâtre antique, d'organiser des rencontres dans un musée de l'Arles antique, ou de chanter en Camargue. Il n'est pas neutre de choisir une cité où, il y a plus de deux mille ans et l'Histoire n'est pas finie, où les civilisations, les cultures, se sont croisées au long du Rhône. Et s'en sont trouvées enrichies.

Il n'est pas neutre non plus, de proposer un festival, non pas cloisonné dans une salle ou un lieu, si sublime soit-il : une des caractéristiques des Suds à Arles, est non seulement de travailler toute l'année, depuis la Maison centrale jusque dans des hameaux éloignés, à partager l'expression musicale du monde.

Puis, la semaine du Festival, l'idée qui domine depuis les premières heures, est D'envahir ou plutôt, d'investir les places et les rues de la ville. Gratuitement. Juste pour que le partage soit réel et qu'il n'y aait pas un droit à l'écoute pour les festivaliers et rien pour les autres.

Une utopie que celle d'un partage total ? Sans doute, puisqu'il n'est pas possible de prolonger ce partage. Sans doute pas, puisqu'une semaine par an, la notion de reliance s'additionne à celle de la fête et de la découverte d'autrui via sa musique. Et là, on est dans une notion du politique qui rassure et enthousiasme.

 

Silvie Ariès

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