JO de Pékin : le bal du vampire

(NB:Les vues exprimées dans cet article n’engagent que son auteur – FD.) 1. Ce pourrait être le début d’une nouvelle de romancier chinois. La fillette de quatre ans, tenant la main de sa maman, lève le regard et demande : « Pourquoi ont-ils détruit notre vieille maison pour préparer les Jeux olympiques, mais pas celle-ci ? » La maman jette un œil furtif à droite, à gauche, cherchant quelque mouchard à l’ouïe fine. « Il ne faut jamais dire ça. Jamais ! Tu m’entends ? », souffle-t-elle, très vite. La gamine « entend », mais ne sait pas dire qu’elle ne comprend pas. Elle se laisse tirer par le bras loin du mausolée où repose la dépouille mortelle de Mao Zedong.

(NB:Les vues exprimées dans cet article n’engagent que son auteur – FD.)

1. Ce pourrait être le début d’une nouvelle de romancier chinois. La fillette de quatre ans, tenant la main de sa maman, lève le regard et demande : « Pourquoi ont-ils détruit notre vieille maison pour préparer les Jeux olympiques, mais pas celle-ci ? » La maman jette un œil furtif à droite, à gauche, cherchant quelque mouchard à l’ouïe fine. « Il ne faut jamais dire ça. Jamais ! Tu m’entends ? », souffle-t-elle, très vite. La gamine « entend », mais ne sait pas dire qu’elle ne comprend pas. Elle se laisse tirer par le bras loin du mausolée où repose la dépouille mortelle de Mao Zedong.Un sourire illuminerait alors le visage figé dans la cire de ce dernier, à en croire un gardien des lieux un peu superstitieux. Voire une larme d’émotion. Comme pour dire : « Au moins, il en reste qui ne m’ont pas perdu de vue ».Le mausolée a été inauguré le jour où la maman de la petite fille est née, précisément. Le 9 septembre 1977. Un an après la mort de son actuel occupant. Une génération a passé.

A part cette maman, et quelques millions d’autres papas et mamans, tout le monde, à commencer par ceux qui ne sont pas condamnés comme les Chinois au silence, semble avoir oublié l’invité d’honneur – LE VRAI – de l’inauguration, du déroulement, de la clôture et, n’en doutons pas, des mois qui suivront la tenue des Jeux olympiques 2008 à Pékin. Le cadavre d’un des plus « grands » (qu’on nous pardonne l’épithète difficile à remplacer) assassins de masse de l’Histoire est toujours là, et bien là. En plein milieu du cœur de la Cité temporairement proclamée capitale du monde, d’un monde bizarrement unanime à y célébrer des valeurs se voulant celles du plus impeccable humanisme.

Si l’accusation de dopage grève de plus en plus souvent les performances sportives de très haut niveau, au moins le vampire empaillé qui loge au « n°0 » de la plus vaste place politique de la planète est-il, lui, au dessus de tout soupçon sur ce plan. Mao est bien le recordman absolu, dans toute l’aventure politique mondiale, du gaspillage en vies humaines perdues ou gâchées, en chiffes tellement astronomiques que personne n’ose même les afficher au tableau d’honneur. Il dort pourtant de sa belle mort au milieu de la fête olympique sans que quiconque y trouve à redire.

Le Portrait accroché à la Porte de la paix céleste, contemple toujours, au vu de tous,son Cadavre qui contemple secrètement son Portrait. L’un congratule-t-il l’autre ? Personne n’a fait intrusion dans ce dialogue muet mais outrageusement public, entrepris voici le temps d’une génération humaine. Personne non plus pour chercher à évacuer l’un, l’autre, ou les deux, même si certains ont cru l’heure venue de chuchoter cette idée – à tort, et la police était là pour le leur signifier.

 

 

 

 

2.

Flashback : Moscou, octobre 1961. Au XXIIe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique, Dora Abramovna Lazurkina, une vieille bolchévique, se lève et récite mot à mot son texte : « Si j’ai pu traverser toutes les épreuves que j’ai subies, c’est parce que Lénine était dans mon cœur. Je l’ai toujours consulté sur ce que je devais faire. Hier, je l’ai consulté. Comme s’il était vivant, il se tenait devant moi. Il m’a dit : ‘ça me déplait d’être à côté de Staline. Il a fait tant de mal au Parti.’ ». Reprenant la parole, Nikita Khrouchtchev lit une proclamation du Comité central décrétant « inappropriée » désormais la présence en ce lieu du sarcophage de Staline, placé là après sa mort en 1953. Le cadavre sera déménagé quelques jours plus tard vers une tombe moins solennelle au pied d’un mur du Kremlin. C’est à ce morceau de comedia dell’arte bien huilé que les Jeux olympiques de Moscou, en 1980, durent tout de même de ne pas se tenir sous l’œil goguenard du Géorgien moustachu. Et c’est ce qui, déjà, les différencie fortement des Jeux de Pékin si l’on veut bien ici se remémorer le bilan du règne de Mao à la tête de la Chine populaire : des dizaines de millions de Chinois morts, dès l’installation du nouveau régime en 1949 et par vagues successives pendant les vingt ans qui allaient suivre, dans des campagnes d’exterminations politiques à répétition et dans une famine entièrement artificielle ; un traumatisme qui a semé la suspicion jusqu’au plus intime de chaque famille, où certains en sont toujours réduits à se cacher des faits, des forfaitures, des délations, des horreurs comme le retour de l’anthropophagie en tant qu’arme de la « lutte des classes » ; une culture étranglée, qui avait pourtant survécu à d’innombrables assauts de « barbarie » au fil des siècles, allant jusqu’à s’en nourrir ; un goulag indigèneaux proportions phénoménales qui peine pourtant à imposer son propre nom au monde extérieur, le laogai alors même qu’il a dépassé en bestialité son modèle soviétique.La problématique chinoise actuelle n’est bien entendu pas comparable aux deux précédents les plus couramment cités – les Jeux de Moscou et ceux de Séoul en 1988. Les contextes national, international, historique, interdisent tout parallèle autant avec l’ancienne « patrie des travailleurs » - quel que soit le moule historique commun aux deux « dictatures du prolétariat – qu’avec la Corée du Sud – quel que soit l’enracinement asiatique commun qu’aient pu partager la Chine populaire et divers régimes autoritaires non communistes de sa région.Ce qui compte plus que tout est de savoir ce qu’en pensent les premiers intéressés, les Chinois, en tentant d’effeuiller les inévitables costumes de scène du barnum nationaliste qu’a élaboré le pouvoir à propos de cette affaire. Sans faire parler les morts, on aimerait convier à dire son avis un personnage comme le défunt Jean Pasqualini, ce Français mi-Corse mi-Chinois à qui échut le sort peu enviabled’être le premier, en Occident, et alors que les Chinois étaient bâillonnés, à pouvoir témoigner de toute l’horreur du laogai pour en être sorti vivant.« Le prisonnier de Mao », justement (Gallimard, 1973). Approuverait-il ? On peut penser que oui. Ne « remerciait »-t-il pas mi-gouailleur mi-sincère, humain, trop humain, « le président Mao, pour m’avoir permis d’apprendre à écrire »… en camp de travaux forcés, ses geôliers exigeant des « aveux » écrits ? Mais tenter de sonder les Chinois aujourd’hui, c’est se heurter encore et toujours à cette dépouille rendue imputrescible de Mao, dont la malédiction continue de planer sur les lieux, trois décennies plus tard, en y rendant toute expression sincère impossible, en y faussant tous les débats.

Car il ne faut pas s’y tromper : ce qui oppose en apparence aujourd’hui le parti communiste chinois au guidon de sa formidable machine économique lancée à toute vapeur dans une croissance vertigineuse, et le grand ancêtre horizontal congelé qu’il n’a pas renié, tient à bien peu de choses quant au fond.

 

3.

Deng Xiaoping (mort en 1997) et les deux « générations » bureaucratiques (si l’on accepte le découpage officiel) qui lui ont succédé ne sont, pris ensemble, que des Mao Zedong qui auraient réussi là où « le Vieux » s’était fourvoyé avec ses lubies autarciques à prétentions révolutionnaires : réinstaller la Chine impériale dans ses meubles. Se relevant tel Lazare de son sarcophage, Mao aurait bien du mal à les désavouer, ces héritiers. Le problème est que ce pouvoir n’est équipé, pour expliquer cette évidence dont il ne nie pas la réalité, que d’une feuille de vigne lui tenant lieu de discours politique. Etque, du train ahurissant où sont allées les choses depuis le virage en épingle à cheveux pris à la mort de Mao, sa crédibilité en tant que guide national est à tel point en jeu que le moindre coup de grisou sur la croissance économique prendrait l’allure d’une tragédie historique. Les gros cadenas installés au cercueil du Grand Timonier comme ceux qui rivent au sol les vasques de fonte de la Cité interdite, sont là pour interdire tout déménagement nocturne qui viendrait contrarier cette préoccupation vitale : contre vents et marées, garantir que la représentation historique (car il n’est question que de cela) ne montre qu’une ligne continue depuis un point zéro vers ce qui ne peut être, en toute logique, que l’infini. Tout était pensé depuis le début.Il est bien évident que pas un dirigeant du parti communiste chinois n’est individuellement assez crétin pour croire un instant à cette fadaise. Les Chinois qui ne participent pas au pouvoir ont, d’ailleurs, la faculté de s’en moquer en privé, du moment qu’ils ne le crient pas sur les toits. Mais en collant à la fable en tant que règle collective, le pouvoir se donne l’impression – probablement pas infondée – qu’il prolonge sa survie, et celle – plus sujette à caution – qu’il démontre au peuple son caractère irremplaçable. Aussi tout le monde dans la bureaucratie adhère-t-il au mythe. Ceux qui ont la faiblesse mentale de s’écarter de cette partition sont prestement débarqués (un secrétaire général du parti, Zhao Ziyang, fit, après d’autres, les frais de pareille naïveté lors de l’épisode de Tiananmen en 1989).

Ainsi s’approfondit, année après année, un divorce entre le mythologique et le réel devant une population de plus en plus portée – bon sens l’emportant quand même dans la vie personnelle de tout un chacun– à coller au second qu’au premier. En outre, la dureté de l’existence afortement contribué, au fil des siècles, à inculquer aux Chinois qui n’appartiennent pas à la sphère décisionnelle, une souplesse d’échine qui est, pour le coup, d’une salubrité élémentaire. Résultat : cette procession de fausses dupes parvient encore à donner aux uns et aux autres le change d’une apparence de pérennité.

 

 

4.

Naturellement, le divorce entre le mythologique et le réel est plus aigu aux extrémités de l’échelle sociale qu’en son milieu. Les nouveaux riches savent que les interdits sont relatifs. Les nouveaux pauvres pensent que les garants du mythe (égalitaire en apparence sinon en réalité) ont disjoncté. Or s’il est un trait du caractère national dont le parti communiste chinois reste excessivement conscient, c’est bien qu’il existe une limite extrême à la souplesse légendaire de l’échine populaire ; et qu’une fois cette limite franchie, le pire (pour lui) n’est plus à exclure. Des dynasties se sont effondrées en moins de temps qu’il ne fallut aux informateurs du trône pour s’en rendre compte, d’avoir mésestimé le degré de patience de la population. Jacques Guillermaz, fondateur des études de la Chine moderne, relevait qu’il avait suffi, en 1911, d’une mutinerie de caserne de gendarmerie en province à propos d’une affaire de solde non versée, pour jeter à bas un édifice politique impérial vieux de plus de vingt siècles.

Ceci entretient au sein de la classe dirigeante, une nervosité compréhensible mais qui ne parvient à se manifester, la rigidité du mythe aidant, que par des réactions qui nous paraissent relever de la « paranoïa ». Appartiennent à cette catégorie tous les colifichets exotiques qu’aiment à brandir ceux qui font profession d’avoir « compris les Chinois » à l’issue de quelques jours ou semaines de fréquentation du pays (« mandat du Ciel », « perte de face », extrême susceptibilité nationale, etc.),ainsi que les bien réels dysfonctionnements arbitraires, violents, voire brutaux, dont les bras policiers et/ou armés du régime peuvent faire preuve devant des situations mal maîtrisées.

Le caractère binaire et borné de la pensée sécuritaire triomphante en rajoute dans l’absurde, par absence de contrepoids. Voici une quinzaine d’années, les garde-chiourme pékinois avaient réussi à se persuader qu’à l’occasion de la première grande réunion mondiale organisée par les Nations unies dans leurs murs, la conférence internationale sur la situation des femmes, un grand scandale était en préparation : des militantes d’un front d’activistes homosexuelles étrangères (probablement occidentales) « projetaient de se dénuder en public », par provocation, protestation contre le sort fait à l’homosexualité en Chine. Dans chaque grand hôtel de la ville, on vit se poster des mouchards en civil armés de draps, dans un coin du lobby, prêts à recouvrir les corps offensants avant de les embarquer au poste…

A chaque épisode perturbant, le pouvoir réagit en serrant la vis ou, dans le cas de coups tordus à double ou triple bande, en laissant filer les choses dans une tactique de pourrissement visant à gagner du temps avant de reprendre la situation en mains par une force accrue. Mais l’unité de ce pouvoir n’étant évidemment que de façade, c’est dans les interstices d’une cohésion factice que se développent, pour le coup, des tensions internes qui peuvent tourner au grabuge. C’est cette même mécanique tellurique que Mao avait exploitée en lançant dans les années 1960 sa « révolution culturelle », avec la casse que l’on sait.

 

 

5.

 

The Economist, approfondissant dans sa dernière livraison son évaluation de la Chine à l’heure de sa confrontation avec la planète à l’occasion des JO, déjà relevée par Mediapart (article de François Bonnet), note à juste titre que le grand drame actuel du pays reste la faiblesse de voix de sa classe intellectuelle, un état persistant au XXe siècle qui contraste en effet avec la stature colossale d’un Alexandre Soljénytsine dans la patrie d’origine du goulag. Mais d’une façon générale, The Economist, comme beaucoup, pèche par un travers rédhibitoire. Comme Margaret Thatcher, Maria-Antonetta Machiocchi, Alain Peyrefitte, Karl Marx, Jacques Chirac, un certain nombre de spécialistes de divers ministères occidentaux, et comme avant eux les jésuites. Tout ce monde ne nous parle pas de la Chine, mais seulement de son pouvoir. La déficience intellectuelle récemment identifiée sous le nom de raffarosarkozysme consiste à se laisser prendre à la supercherie confondant l’une et l’autre.Comme Voltaire – mais au moins celui-ci avait-il l’excuse de n’avoir jamais vu plus d’un quart de Chinois de sa vie, et de raisonner sur un modèle abstrait hors de tout contact avec la réalité – quiconque revient de Chine après /__/ jours de visite et ayant rencontré /__/ hauts fonctionnaires qualifiés de « responsables » par leurs subordonnés (remplir les cases avec les chiffres appropriés), s’autorise facilement à proclamer haut et fort « je connais les Chinois, ils pensent que ceci et ajoutent que cela ». Aucun ne voit que derrière la charade d’un absolutisme sans faille, toute la matière politique dont la Chine est faite se trouve dans un mixe autrement plus subtil d’interaction entre une administration musclée et des administrés patients mais rusés.Et qu’en cas de hiatus profond entre la mythologie et le sentiment réel de la population, la seule échappatoire pour le régime consiste à appuyer sur la pédale forte du sentiment national, un dérivatif auquel il avait déjà eu recours sous une forme à peine déguisée au plus fort de la « révolution culturelle » lors de la crise sino-soviétique de la fin des années 1960Les dérapages nationalistes épisodiques auxquels la Chine nous a donné d’assister ces dernières années participent de cette échappatoire. Il s’agit de stopper net le poids lourd chinois dans sa descente en dérive accélérée sur la pente du divorce complet entre l’autorité et la population. La manœuvre peut être salutaire ; elle comporte une part de risque. Héritier se voulant même restaurateur de l’absolutisme impérial, le Parti communiste chinois – qui, de toutes façons, a fondé sa culture sur une lecture stalinienne de Marx, en russe – n’a pas développé les outils lui permettant d’interpréter autrementles mises en cause auxquelles il est désormais confronté. Ce qui ne veut évidemment pas dire que la totalité de ses membres soient incapables de réfléchir par eux-mêmes aux conséquences de cet entêtement.

Et c’est là la raison pour laquelle les interrogations qu’on a vues faire surface ces dernières semaines dans la presse mondiale, américaine et de langue anglaise en particulier, sur l’opportunité de l’organisation des JO sous l’autorité du gouvernement de Pékin, sont à la fois tardives, naïves et contreproductives.

 

 

 

6.

Il n’était évidemment plus temps dans les récentes années de se demander « s’il fallait », si l’idée « était bonne ». Il fallait travailler à en tirer les conséquences et observer à quel point, précisément, la société chinoise était en pleine mutation – sans la perspective des Jeux et encore plus avec. Le Parti, lui, le sent quand il voit, comme à Shanghai au début de l’année 2008, des favorisés de la première génération des bénéficiaires de l’ouverture économique, se mobiliser et se soulever contre un projet de liaison ferroviaire à haute vitesse mettant à leurs yeux en danger la qualité de leur nouvelle vie (pollution sonore, en particulier). Ce n’étaient plus là les piliers de la légitimité historique du parti, la classe des laborieux, habitués à voir donner la troupe en cas de débordement revendicatif, qui tonnaient contre le régime, mais des éléments de la classe moyenne, sa nouvelle base politique en formation. Aussi bien l’affaire ne fut pas résolue à coups de gourdins ou d’armes à feu, mais traitée avec une plus grande circonspection, par une négociation serrée mais sérieuse avec les récalcitrants (elle est toujours en cours, ce qui montre à tout le moins une approche inhabituellement prudente de la part des autorités).

De tels exemples abondent. Il est fatal qu’ils fassent moins de bruit que les opérations où le régime a recours à ses méthodes traditionnelles, souvent brutalement disproportionnées devant l’objet du délit, mais il ne faut pas les négliger car ils démontrent, au moins, une capacité

 

 

 

7.

Que les ultimes préparatifs des JO aient accru les tensions au sein de la haute direction chinoise ne fait par ailleurs aucun doute sous deux angles

Actualité intérieure récente: elle s’est laissée aller à des anomalies de comportement révélatrices de ses dissensions internes. Le flottement sécuritaire devant les premières émeutes du Tibet, en mars, suivi du recours massif au gros bâton traditionnel, suggère des coups fourrés. La « guérilla de la flamme olympique » qui a suivi, en mai, et les grincements de voix des porte-parole de Pékin, a accru l’impression de malaise. La fermeture énergique du robinet à internet suivie de l’apparition surprise du chef en titre du régime, Hu Jintao, pour assurer que tout cela n’était qu’un vaste malentendu – prenant du même coup à contrepied un CIO sur la défensive – n’est pas caractéristique.

Politique extérieure: ce n’est pas non plus la cohérence dans la durée qui semble prévaloir. Fin 2007, Pékin donnait des signes très nets, de s’être mis à l’écoute, sans grand plaisir mais par résignation, des voix qui réclamaient un désaveu clair de sa part des méfaits de la dictature militaire de Birmanie, et des agissements du régime soudanais au Darfour. Sur ces deux dossiers, au moins, Pékin « bougeait ». Intervenait pour tenter de calmer les généraux birmans. Se laissait convaincre de ne plus faire obstacle à un déploiement militaire européen de paix au Darfour. Puis, voici peu, retour à la case départ aux Nations unies avec un veto chinois « au créneau », contre une condamnation de Omar Al-Bashir, le chef d’Etat soudanais, à la surprise des diplomates occidentaux.

Tout cela semble indiquer de sérieux tiraillements dans le poste de pilotage. Il est dès lors logique que des exhortations nationalistes soient le seul cri de ralliement audible dans la sono du véhicule.Les Jeux olympiques, dans ce contexte, ne peuvent qu’aviver, d’une part, les tensions conjugales entre la direction politique et la société chinoise ; et, d’autre part, les tiraillements internes à la direction quant à la manière d’y faire face. Tout cela ne sera bien entendu pas réglé pour la cérémonie de clôture, mais il y a fort à parier que le mûrissement va aller croissant pendant et dans l’immédiat après-Jeux, à l’heure des bilans (ou règlements de comptes) dans les coulisses.Dans cette mesure, les JO de Pékin auront été – comme ceux de Moscou, comme ceux de Séoul le furent pour ces systèmes politiques – non pas le facteur déterminant d’un éventuel basculement, en mieux ou en pire, sur le parcours de la Chine post-maoïste, mais au moins une date-étape majeure, un test grandeur réelle des implications de la mondialisation du pays pour son régime. Celui-ci peut même – qui sait ? – tenter de tirer son épingle du jeu et de faire en sorte que pour son vampire fétiche, ce bal soit le dernier.

 

Pardon d’avoir été trop long.

Francis Deron

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