Crise capitaliste, crise des anticapitalistes et des antilibéraux... On fait quoi ?

Le titre de ce billet n'est pas des plus enthousiasmants mais il manifeste la volonté de ne pas biaiser avec la réalité d'une situation où la crise du capitalisme, certains commentateurs l'ont assez pointé, ne rime pas avec percée anticapitaliste, ni même avancée, du moins durable, des antilibéraux. Le NPA, qui avait suscité beaucoup d'espoir dans la foulée de la campagne des présidentielles réussie par Olivier Besancenot et la LCR en 2007,  s'est vite trouvé confronté à de graves difficultés, avec à la clé une importante hémorragie militante. Le Front de Gauche a bénéficié rapidement de cette situation grâce à un positionnement radical fortement polarisé par des perspectives électorales parvenant à fixer les espoirs déçus sur le terrain social (échec du mouvement des retraites de 2010). Mais il est à son tour en train de se fissurer à l'occasion de la préparation des prochaines élections municipales. On retiendra de ces quelques observations, certes incomplètes, que dans les deux crises politiques touchant de fortes radicalités se posant en alternative au "système", ce sont deux "espaces" essentiels du militantisme  de contestation qui se trouvent relativement stérilisés, au moins provisoirement : le terrain des luttes sociales et celui des élections. Autant dire que le capitalisme conserve tous les atouts pour réussir son coup : faire payer sa crise à la population !

Dans ces quelques lignes d'ouverture de la page Points de vue anticapitalistes, je me contenterai de relever ce qui, pour moi, militant du NPA sur la double base de l'unité la plus large à la gauche du PS et de l'opposition "totale" au gouvernement, devrait etre travaillé par ceux qui cherchent une issue "de gauche" à la crise du capital : le NPA et le Front de Gauche ont, à ce jour, échoué sur ce qui était leur priorité stratégique respective. Le premier a vérifié à ses dépens qu'il ne suffisait pas d'un mouvement social d'une étonnante massivité, comme celui des retraites en 2010, pour que se produise un dénouement politique (ne lui donnons pas dans l'immédiat une définition précise) rééquilibrant le rapport de forces en faveur des couches populaires. Le second, tout en réussissant à capter le mécontentement frustré du mouvement des retraites, a pu faire illusion lors de la dernière présidentielle mais s'est vite retrouvé pris au piège d'un relatif succès électoral incapable de déjouer un échéancier institutionnel reportant la prochaine consultation électorale deux ans après; incapable aussi de se doter d'un relai social efficient alors que la politique austéritaire du gouvernement écolosocialiste s'est immédiatement mise en marche en écrasant les maigres espérances que cela pourrait tout de même aller mieux que sous Sarkozy !

Pour aller provisoirement vite, constatons que la stratégie politique du NPA accordant le primat au social, sans négliger certes les réponses sur le terrain électoral, n'a guère trouvé de débouché ni social ni politique ni combinant les deux; le Front de Gauche, lui, se divise et s'affaiblit sur des réponses politiques qui, foncièrement électorales, relèguent le mouvement social au rôle subalterne de maintenir la flamme d'un mécontentement à traduire incontournablement dans les urnes ! Or, outre que les luttes sociales restent à la peine, désormais les urnes ne sourient plus au regroupement dynamisé jusqu'à il y a peu par le mélenchonisme : les élections partielles en sont la preuve mais c'est surtout la cassure opérée par le récent rapprochement électoraliste du PCF avec le PS qui achève de ruiner l'espoir de reproduire en apothéose, la campagne de 2012.

Avec, d'un côté, le NPA, encore marginalisé sur le terrain politique et impuissant à aider à débloquer le terrain des luttes sociales et désormais, d'un autre côté, le Front de Gauche impuissant à déverrouiller électoralement le cadre institutionnel sans non plus pouvoir (vouloir ?) peser pour favoriser une  relance des luttes, la voie reste ouverte, comme par défaut, pour que le PS social-libéralisé à l'extrême poursuive le cours des réponses capitalistes européennes à la crise sur le triste mode thatchérien du TINA (There Is No Alternative). Voie ouverte en conséquence pour que le désarroi gagne de plus en plus les couches populaires assommées par la cascade des mesures antisociales qui s'abattent sur elles... Avec un FN en embuscade qui, sans nécessairement progresser en chiffres absolus, pourrait en profiter pour émerger politiquement grâce à un jeu combiné funeste (celui du discrédit des partis d'alternance et du manque de crédit dont souffrent les deux partis  évoqués se revendiquant de l'alternative) qu'un accroissement majeur de l'abstention pourrait concrétiser.

Et pourtant le feu de la révolte populaire couve comme le montre la mobilisation en Bretagne. Une mobilisation qui aurait pu, aurait dû, favoriser un rapprochement des deux forces politiques susmentionnées. Mais non, leur division s'est à nouveau cruellement manifestée, samedi dernier, à travers le chassé croisé Quimper-Carhaix : avec Philippe Poutou prenant la tête du cortège du NPA au premier endroit tandis que le Front de Gauche défilait au second sur fond d'anathèmes contre les premiers coupables à ses yeux de faire un ... front unique inadmissible avec la Bretagne patronale, umpéiste (et même facho-identitaire) et s'attirait la réplique npaesque que la gauche d'alternative se devait d'être avec les salariés en lutte massivement présents dans le chef lieu du Finistère.

Devra-t-on en arriver à se poser la triste question d'un TINA à l'impuissance politique-sociale du NPA, du Front de Gauche et de quelques autres (LO, AL...) ? Ma conviction est que ladite question est à mettre en discussion... pour essayer de contribuer à faire que le désespoir change de camp ! Essayer c'est déjà faire ?

 Retour dans un prochain billet sur les enjeux à gauche de ce qui s'est passé en Bretagne.

 

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