Tous Bretons !

Publié dans : Revue L'Anticapitaliste n°49 (décembre 2013)

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Jean-Paul Hellequin, de la CGT des marins, prend la parole le 2 novembre à Quimper. A sa droite, Nadine Hourmant, déléguée FO de Doux.

Pour les travailleurs bretons, c’est la double voire triple peine. Licenciés, ils voient la droite et l’extrême droite tenter de les récupérer, leurs patrons de les manipuler… et une partie de la gauche, l’ex-candidat du Front de gauche à la présidentielle en tête, les insulter : « nigauds », « esclaves manifestant pour les droits de leurs maîtres ».

L’article de notre camarade de Quimper (A Quimper, une mobilisation hors du commun) leur rend justice. Car au-delà des manipulations et des intimidations, il y a leur lutte pour défendre leur emploi. Il faut repartir de là.

En octobre, les salariés de Marine Harvest s’adressent au maire de Carhaix dans l’idée de réactiver ce qui a fait le succès de la dernière grande lutte en date de la région : la mobilisation massive de la population, la levée en masse de toute une région, pour défendre l’hôpital. Une salle comble de 600 personnes rassemble salariés, syndicalistes, élus et citoyens de cette petite ville de 8000 habitants. A l’issue est décidée une manifestation régionale à Quimper. Celle qui deviendra – au bout de quelques manipulations – la « manif des bonnets rouges ».

Confuse ? Certainement. Mais elle rassemble des salariés de multiples entreprises, Marine Harvest, Doux, Gad, Tilly-Sabco, la CGT des Marins… Et avec eux, des dizaines de milliers de travailleurs, précaires, chômeurs. Au lendemain de cette démonstration de force, les salariés de Marine Harvest démarrent une grève illimitée avec blocus de l’entreprise. Ceux de Tilly-Sabco enfoncent les portes de la sous-préfecture et l’occupent pendant 12 heures. Un blocus de l’aéroport de Brest s’organise. Le mouvement prend racine et peut s’unifier.

C’est là bien sûr que les ennuis commencent. Les patrons licencieurs cherchent à esquiver leur propre responsabilité, jusqu’à tenter d’utiliser la colère de leurs salariés en la retournant contre eux-mêmes, pour exiger tout à la fois de nouvelles subventions, le droit de polluer impunément et des conditions sociales au rabais.

« Sauver la Bretagne »

Car les patrons sont déjà prêts. Le Monde (du 17 novembre 2013) raconte ainsi comment une trentaine d’entre eux, réunis le 18 juin en « Comité de convergence des intérêts bretons » pour faire campagne contre l’écotaxe, ont lancé un « Appel de Pontivy ». Ils y dénoncent « l’hypercentralisme français et le labyrinthe des réglementations », revendiquent «  le droit à l’expérimentation (…) qui doit nous permettre de respecter nos valeurs afin de ne pas avoir à affronter en permanence les excès des systèmes bureaucratiques. »

Autrement dit, la transformation de la Bretagne en zone franche, l’organisation du dumping fiscal et social par région, le droit pour le salarié breton de continuer de vivre et travailler au pays grâce à la fin du code du travail ! Un beau programme, qui soulève bien sûr l’enthousiasme… de tout le patronat français, car à Paris et Marseille aussi le Smic ne fait pas partie des valeurs patronales.

Les Trente de Pontivy appellent finalement « les acteurs économiques de la Bretagne à sonner le tocsin », car « l’heure des méthodes douces est révolue (…) il va falloir livrer bataille. » Le patronat, c’est bien la classe sociale consciente de ses intérêts, qui se mobilise, mène sa politique et sait faire son front unique.

La classe ouvrière a besoin de perspectives, pas de leçons de morale

Certaines organisations se considèrent comme ses « représentants naturels » : les confédérations syndicales (et semble-t-il le co-président du Parti de gauche, qui veut les suivre en tout). Mais que font-elles ? Mènent-elles une politique aussi déterminée que le patronat ?

Sonnent-elles le tocsin ? Annoncent-elles la fin des « méthodes douces » ? Exigent-elles l’interdiction des licenciements, la réquisition des entreprises qui licencient, la confiscation des fortunes patronales accumulées pendant des années sur le dos des salariés ? Quand ont-elles organisé la convergence de toutes les boîtes en lutte ? Même des entreprises emblématiques, Continental, PSA Aulnay, Molex, Florange, elles les ont laissées à leur isolement, préférant organiser des tables rondes pour mendier des « plans de réindustrialisation locale ».

Aujourd’hui, aux mille entreprises qui en 2013 subissent un plan de suppressions d’emplois, elles ne proposent rien.

C’est dans ce vide (cet abandon) que s’engouffrent le patronat, la droite et l’extrême-droite. Si désarroi des salariés il y a, il est de la responsabilité de ceux qui devraient tout faire pour unifier les luttes des travailleurs dans tout le pays. La leçon bretonne, c’est l’urgence du front unique de toutes les boîtes, de tous les licenciés. Alors tous comme les Bretons, mais les travailleurs, les petits paysans, les chômeurs bretons !

Yann Cézard

Le texte sur le site du NPA

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Extrait :

Nouveau comité unitaire
Après une semaine de rencontres et de discussions, le comité pour l’emploi en Bretagne est né et s’élargit : en plus des ouvrierEs de Marine Harvest, Tilly-Sabco et Gad, il regroupe la CGT des Marins du Grand Ouest et le SLB (Syndicat des travailleurs de Bretagne).
Le texte fondateur de ce comité s’intitule « Décider, vivre et travailler en Bretagne en interdisant les licenciements ! Frankiz, labour, bara ! », et dénonce clairement les conditions de travail inhumaines réservées aux salariés de l’agro­alimentaire, condamne les politiques européenne soutenues par les gouvernements français successifs qui ont détruit les acquis sociaux, les services publics, les garanties collectives des salariéEs au nom du libéralisme économique.
Il appelle à l’unité de tous les syndicats de salariés, petits artisans et commerçants, à l’unité ouvrière la plus large contre les plans de licenciements dans le privé et contre les suppressions de postes dans le public. Le texte se conclut par : « Les solutions existent pour combattre le libéralisme économique. Elles passent par l’interdiction des licenciements, la réquisition ouvrière des moyens de production et la nationalisation des entreprises bénéficiaires qui licencient. »

Pôle ouvrier en manifestation
Ce texte, qui a circulé par mail, par voie de presse, appelait donc à un rassemblement devant la gare de Carhaix à 13 heures. Ce samedi 30 novembre, le « pôle ouvrier » s’’est étoffé, rejoint par des salariéEs du privé mais aussi du public, de simples citoyens et des militants du Breizhistance, du PC et du NPA. On a aussi pu voir flotter quelques drapeaux de la CGT et de Sud, bien insuffisants au regard de la responsabilité que devrait prendre dans ce mouvement les syndicats ouvriers.

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