Parrainages: plongée chez les «sans étiquettes»

Ils sont la cible privilégiée des candidats à la présidentielle cherchant parrainages et n'ayant pas le compte avec leurs élus. Enquête chez les maires "sans étiquette" du département du Nord.

Ils sont la cible privilégiée des candidats à la présidentielle cherchant parrainages et n'ayant pas le compte avec leurs élus. Enquête chez les maires "sans étiquette" du département du Nord.Depuis 1976, 500 parrainages sont nécessaires pour se présenter à l’élection présidentielle. Si l’obtention de ce sésame  est une formalité pour les candidats de l’UMP, du MoDem ou du PS, elle se révèle beaucoup plus compliquée pour d’autres. En 2007, Nicolas Dupont-Aignan n’avait pas obtenu un nombre suffisant de signatures et Jean-Marie Le Pen avait à peine dépassé la barre des 500.  Avec 653 maires, dont 72% ne se réclamant d'aucun parti politique, le département du Nord constitue a priori un véritable vivier pour tous les “filleuls” en mal de parrains. Mais dans les faits, seule une minorité d’élus signe pour un candidat.
Pour faire ce constat, nous avons contacté 334 des 473 élus “non étiquetés” du département. 107 nous ont fait part de leur choix de parrainage.

 

 © Pauline Soudanne et Clément Verstraete © Pauline Soudanne et Clément Verstraete

 

 

Le graphique est explicite : 8 élus sur 10 ne parrainent aucun candidat. Quant à leurs motivations, elles peuvent être classées en catégories:

 © Pauline Soudanne et Clément Verstraete © Pauline Soudanne et Clément Verstraete

Le non-engagement des élus s’explique avant tout par leur apolitisme: la plupart d’entre eux se considèrent avant tout comme des gestionnaires. «On n’a pas été élu pour faire de la politique», explique Marie-Claire Bailleux, maire d’Haulchin. «Dans une petite commune comme la nôtre, on fait avant tout de la gestion», précise Viviane Desmarchelier, maire d’Eppe-Sauvage.  

Si la politique n’est pas absente de certaines mairies, aucune couleur ne se détache suffisamment pour situer la commune sur l’échiquier politique. «Dans le conseil municipal, toutes les tendances politiques sont présentes, explique Françis Gouraud, maire de Montigny-en -Cambresis, on ne peut pas en privilégier une aux dépens d’une autre.»

Au-delà des aspects politiques, l’engagement des élus est freiné par la publication des parrainages au Journal Officiel. Et en particulier lorsqu’il s’agit du Front National. Alors que 8 maires avaient parrainé Jean-Marie Le Pen en 2002, seul Roger Oblez (maire d’Anneux) a réitéré son soutien au candidat d’extrême-droite en 2007 . «Il y a cinq ans, un élu de mon canton a parrainé Jean-Marie le Pen, raconte Alain Richard, maire de Liessies. Il a été montré du doigt et ça lui a collé à la peau tout au long de son mandat.» Pour Michel Wasse, maire de Vieux-Mesnil, la publication va «contre la démocratie»: «Si le FN fait 15% et que le candidat ne peut pas se présenter, il y a un problème. La crédibilité d’un parti ne devrait pas dépendre de la comptabilité.»

Pour certains élus, c’est le système des parrainages dans son intégralité qui est à revoir. Quant aux autres, ils se disent déçus par la politique en général ou refroidis par une expérience passée. «En 2007, j’avais parrainé Nicolas Miguet, se rappelle Paul Souply, maire de Béthencourt. Il nous a menés en bateau en nous faisant croire qu’il avait beaucoup de signatures. Depuis, je ne parraine plus.» Maire de La Flamengrie, Régis Grémont-Naumann se dit lui «très déçu de la politique actuelle qui n’arrive pas à créer un gouvernement d’union nationale pour sortir de la récession.»
Preuve que la question des parrainages reste délicate, le maire de Marcq-en-Ostrevent nous a expliqué ne parrainer aucun candidat «en accord avec les autres élus membres du SIRA», (le Syndicat Intercommunal de la Région d’Arleux). Or, Jean-Luc Hallé, le président de ce même syndicat, a décidé d’appuyer Frédéric Nihous (candidat de Chasse Pêche Nature et Traditions).

 

«Faire jouer la démocratie»

Le parrainage est l’occasion pour une minorité d’élus d’exprimer leurs convictions politiques. «J’ai décidé de soutenir Nathalie Artaud, explique Claude Gary, maire de Baives. C’est un choix politique et personnel. Elle représente les petites organisations qui se démènent pour les classes ouvrières.» De son côté, Michel Prettre, maire d’Aubencheul-au-Bac, a choisi de parrainer Nicolas Dupont-Aignant: «J’ai pu le rencontrer lors de sa visite à Cambrai. Nous avons échangé et comme je partage ses idées gaullistes, il m’a semblé cohérent de le soutenir. Cela permet aussi d’éviter d’avoir des candidatures farfelues.»

D’autres élus n’ont en revanche pas de réelles motivations pour donner leur parrainage: «Je reçois du courrier tous les jours, raconte Gérard Honoré, maire de Semousies. Pour être tranquille, j’ai décidé de donner ma signature au premier candidat qui s’est manifesté, en l’occurrence Nathalie Artaud.»

Parmi les maires contactés, près de 8% n’ont pas encore pris leur décision. Multiplicité des candidats et crainte de se voir coller une étiquette expliquent leurs hésitations. «Je suis encore indécise, précise Claudine Glorieux, maire de Millonfosse. Mes prédécesseurs avaient soutenu Arlette Laguiller. Je connais moins Nathalie Artaud, j’attends donc de bien comprendre tous les programmes. Je souhaite néanmoins faire jouer la démocratie et donner sa chance à un petit candidat.» 

Les indécis ont jusqu’au 16 mars pour se décider.

Pauline Soudanne et Clément Verstraete

Ce reportage a été réalisé dans le cadre d'un enseignement auprès des étudiants de seconde année de la 86e promotion de l'ESJ-Lille ("Comment faire du journalisme politique sans sondages ni petites phrases"), coordonné par Stéphane Alliès et Alexandre Léchenet (Le Monde) pour la partie datajournalisme. 

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