Les dessous du voyage présidentiel à Saint-Quentin

Trois jours après le déplacement éclair de Nicolas Sarkozy à Saint-Quentin (Aisne), où il est venu, mardi 24 mars, sur les terres du secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, pour défendre

Trois jours après le déplacement éclair de Nicolas Sarkozy à Saint-Quentin (Aisne), où il est venu, mardi 24 mars, sur les terres du secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, pour défendre sa politique économique devant «la majorité silencieuse» de ceux qui «ne défilent pas mais qui souffrent», les langues se délient et les informations filtrent.

 

C'est Le Courrier Picard qui est le plus prolixe. Dans son édition de vendredi 27 mars, le quotidien régional révèle l'impressionnant dispositif aérien et routier déployé pour transporter le président de la République du palais de l'Elysée au palais des sports Pierre-Ratte de Saint-Quentin (165 km en 1h45, en respectant les limitations de vitesse) selon viamichelin.fr): un Airbus A319, l'avion présidentiel, un Falcon, deux hélicoptères de l'armée de l'air de type Super Puma, dont l'un a assuré le retour du chef de l'Etat vers la capitale.

 

Le journal précise: «À l'Aéroport (celui d'Albert-Haute Picardie, situé en fait à Méaulte, qui abrite une usine EADS-Airbus filialisée), Samu, dépanneuse, GIGN étaient aussi mobilisés, tout comme un cordon de CRS qui a même repoussé quelques militants du NPA informés de l'atterissage... trop tôt. Ils furent évacués dès le matin. Des voitures étaient également prêtes à emmener le président en cas d'impossibilité de prendre les airs, pour rejoindre le Palais des sports de Saint-Quentin, distant d'à peine deux heures en voiture du Palais de l'Élysée.... Soit sans doute à peu près le temps pris entre le vol Paris-Méaulte, le transfert vers l'hélicoptère, le vol vers Saint Quentin et le déplacement jusqu'au palais des sports. En revanche, le coût lui a été nettement différent.»

 

Dans un premier temps, le député socialiste de l'Aisne René Dosière avait estimé à 400.000 euros la facture du déplacement présidentiel. Une somme contestée par la préfecture, qui annonce 100.200 euros. Notons que, toujours selon viamichelin.fr, ce voyage revient à 25,96 euros pour un seul véhicule (10,60 euros de péage; 15,36 euros de sans plomb 95).

 

Toujours est-il que pour 100.200 euros, le chef de l'Etat n'a pas eu droit au parcours saint-quentinois à coloration sociale qui avait été envisagé. Ou plutôt, il y a renoncé au dernier moment. C'est encore Le Courrier Picard qui le révèle dans un article titré: Ces lieux où Sarkozy devait se rendre. Malgré les démentis formels des services de l'Elysée, le journal assure, sous la plume de Nicolas Goinard, que Nicolas Sarkozy devait faire plusieurs haltes à Saint-Quentin avant d'intervenir devant un parterre soigneusement sélectionné.

 

«Pendant une semaine, les entreprises susceptibles d'accueillir le président ont été visitées par les conseillers de l'Élysée et les organisateurs de la Préfecture, de la police et de la gendarmerie, écrit Nicolas Goinard. Plusieurs documents dont nous avons eu connaissance détaillent pourtant comment devaient se passer les visites, C'est le cas à la Caisse d'allocations familiales où le président devait passer 1h30 entre 15 heures et 16h 0. Accueil par le directeur et le président de la caisse. Visite des services, puis discours entre 16 heures et 16h30.»

 

«La visite de l'entreprise qui fabrique des pompes industrielles, Ensival-Moret, était elle aussi bien prête malgré ce que nous disait son directeur, lundi, quand nous avons appris que le président écourtait sa visite. Les employés qu'il devait voir avaient été sélectionnés, on savait devant quelle machine il devait s'arrêter. La place des caméras et des photographes avait aussi été déterminée pour que le chef de l'État soit pris en photo avec une machine en fond», poursuit le journaliste.

 

Ce programme avait été dévoilé, en partie, par le quotidien L'Aisne Nouvelle, dès le 16 mars.

 

Quelles sont les raisons de ce renoncement? Selon Le Courrier picard, «la peur des manifestants quelques jours après la grève nationale, et le conflit tout proche des Continental ainsi que le programme en partie divulgué dans les médias sont tant d'éléments qui auraient fait fuir l'Élysée».

 

Pour éviter les débordements, près de 1.300 policiers, CRS et gendarmes avaient été mobilisés. De même, le journal L'Union expliquait le 23 mars que le centre-ville de Saint-Quentin serait interdit à la circulation depuis la place Lafayette jusqu'à la place du Huit-Octobre, en passant par les Champs-Elysées (le grand parc-jardin de Saint-Quentin) et prévenait que les parents d'élèves des écoles et collèges seraient priés de venir chercher leurs rejetons à pied, munis de la note à en-tête distribuée par les établissements en question les jours précédant la présidentielle visite.

 

N'empêche, à quelques minutes du discours de Nicolas Sarkozy, un affrontement musclé entre les CRS et des manifestants réunis aux abords de la Bourse du travail avait débouché sur 23 interpellations. Dans les jours suivants, le parquet a décidé de poursuivre cinq personnes, dont deux mineurs pour violences aggravées. L'Union précise que «les trois majeurs sont convoqués en mai devant le tribunal correctionnel de Saint-Quentin pour violences aggravées car commises contre des personnes dépositaires de l'autorité publique. Trois hommes âgés de 32, 19 et 18 ans. Quant aux deux mineurs, âgés de 17 ans, ils seront convoqués devant le juge des enfants, en date du 17 avril». Le substitut du procureur, Julien Haquin, l'a affirmé: «Il ne s'agit pas de casseurs professionnels mais d'habitants de l'Aisne.»

 

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