Boulot, homos, fachos

par Zalihata MANSOIBOU et Robert CREMIEUX
Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP)

« On veut du boulot, pas du mariage homo » a scandé pendant des mois une partie de la droite et de l’extrême-droite. Loin de se retrouver dans ce slogan pauvrement rimé, les chômeurs et précaires se sont au contraire sentis agressés, une fois de plus pris en otages.

Autant que l’on puisse en juger dans le quotidien des associations de chômeurs et précaires, et contrairement à certaines idées reçues, les personnes privées d’emploi ne sont pas une catégorie de la population particulièrement sensible à la propagande bon chic bon genre du FN.

Pour autant, la question n’est pas close. Sur fond d’affaires Cahuzac en série, de crise financière et politique, d’inégalités extravagantes, le climat politique s’alourdit et l’extrême-droite cherche à en tirer parti. Le chômage a une place de choix dans les explications que nous donnent politologues et experts médiatiques. Sondages après sondages, le chômage est pointé comme la principale préoccupation des Français. Et les leaders du FN ne se font pas priés pour s’adresser directement aux privés d’emplois.

Mais c’est la France bien pensante, encore relativement épargnée par le chômage, qui a défilé derrière les leaders de la droite et de l’extrême-droite et qui se reconnaît dans ces appels. En réalité, ce n’est pas la crainte de se retrouver au chômage qui leur fait peur (ça n’arrive qu’aux autres) mais la présence fantasmée de ces hordes de sans-travail. Coupables de profiter des allocations chômage, d’avoir besoin « d’incitations » et « d’accompagnement » pour retrouver du travail. Les patrons pleurent sur les emplois non pourvus et les plus fortunés sur ce que va leur coûter en impôts et prélèvements sociaux tous ces « assistés ». Du chômage cancer de la société on est passé aux chômeurs cancer de la société. Sarkozy, Bertrand, Wauquiez : le ton a été donné au plus haut niveau pendant des années. Derrière le slogan « On veut du boulot, pas du mariage homo », il faut ainsi entendre « Les chômeurs au boulot ! ».

Cette stigmatisation institutionnelle et médiatique explique, pour une part, que « la préoccupation principale » des Français ne se soit pas traduite, sujet d’étonnement pour les éditorialistes patentés, en mouvement social de grande ampleur. Les personnes privées d’emploi ou les salariés précaires n’ont pas le soutien de la population. Mais ne disait-on pas à quelques semaines de mai 68 : « La France s’ennuie » ?

Face à cette situation, les associations de chômeurs mènent un travail de terrain qui, à défaut de reconnaissance officielle, a gagné sa légitimité. Les chômeurs et chômeuses défendent leurs droits contre les pourfendeurs des « assistés », portent des propositions d’urgence ou de refonte du système d’assurance chômage. Le gouvernement refuse de les entendre. C’est une grave erreur. Car les associations de chômeurs sont aussi par leur action citoyenne un rempart contre le glissement de pans de la société vers l’extrême-droite.

Le Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP) assume ce rôle. Les privés d’emploi sont debout pour faire entendre leur voix et refuser que certains parlent à leur place. Notre engagement dans la Marche organisée de La Réunion (10 juin) à Paris (6 juillet), avec APEIS, AC!, DAL et les syndicats FSU et Solidaires, est une lutte pour nos droits, mais aussi pour la dignité, contre la division et la haine. Le meilleur antidote contre l’extrême-droite est la solidarité.

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