Les chômeurs sont entrés dans Paris : épilogue mais pas fin

Chômeuses et chômeurs en marche sont entrés dans Paris, ce samedi 6 juillet, sous un soleil de plomb. L’occasion de compter leurs soutiens, nombreux malgré cette journée de départ en vacances, de résultats du bac, le magnifique match de Marion Bartoli et autres bricoles de saison qui auraient dû décourager de lancer ce pari : un rendez-vous pour une randonnée revendicative et festive de plus de deux heures dans Paris, de la Porte de Clichy à la place Stalingrad. Parce qu'il fallait fêter l'arrivée et ne pas oublier pour autant le fond des propositions.

Après plus de trois semaines depuis Montpellier et Strasbourg, certains depuis La Réunion, Saint-Gaudens ou Le Mans, ils étaient plusieurs dizaines à avoir bouclé tout le parcours. Plusieurs milliers à les avoir accompagné une journée, trois jours ou une semaine. Et pour l’ultime étape, plusieurs centaines à crier leur détermination : nous l’avons fait, nous avons semé, nous gagnerons cette bataille de la solidarité contre le Medef et ses relais politiques et syndicaux.

Relais auxquels il faut ajouter les relais médiatiques nationaux qui bien entendu ont regardé ailleurs parce que notre action les dérange. Oui, le chômage et les chômeurs debout sont censurés dans les grandes chaînes de télévision au niveau national. Cela vous étonne encore ? L’action des chômeurs fait peur parce que ma brave dame, et s’ils étaient l’étincelle d’une explosion sociale ? Vous vous rendez compte ? Bon, on ne va pas écraser une larme et jouer les victimes parce que nos adversaires sont puissants et méprisables. La lutte contre le chômage est un combat, pas une promenade sportive. Elle heurte bien trop d’intérêts en jeu pour qu’un cordon sanitaire ne soit pas dressé contre les associations de chômeurs et les syndicats partenaires.

Alors seuls, les chômeurs et précaires ? Et bien pas du tout. Non seulement nous avons pu compter sur l’union syndicale Solidaires et la FSU, mais tout au long du parcours nous avons pu compter sur l’accueil et le soutien de syndicats de la CGT (non partenaire de la Marche au niveau national, on se demande encore pourquoi) mais aussi d’associations, de municipalités, d’élus du Front de Gauche et de Europe-Ecologie-Les Verts. Un soutien visible, concret tout au long du parcours et qui s’est manifesté lors de la dernière étape par la présence de Martine Billard, pour le PG et de Pascal Durand pour EELV.

Organiser une marche contre le chômage au début de l’été, avec une arrivée à Paris le 6 juillet ? Oui, il fallait oser. Oui, on ne peut accuser le gouvernement de ne rien faire contre le chômage et ne rien tenter soi-même. Cela nous a rendus plus fort, plus conscients que les chômeurs et précaires debout sont une force. Cela se manifestera sous d’autres formes dès la rentrée. Des rendez-vous sont pris. Ayrault nous ignore encore, comme nous a ignoré Sapin ? Il faudra s’adresser à Hollande et lui rappeler ses promesses.

Parce que sur le front du chômage, la rentrée s’annonce encore porteuse de nouveaux mauvais coups. Disons-le, le projet du Medef de réintroduire la dégressivité des allocations chômage est d’ores et déjà en chantier. Gouvernement et CFDT sont prêts à aller au-devant de cette demande du patronat, au nom de la répartition des efforts pour combattre la crise. Air connu. Et il faudra que le MNCP rappelle aux syndicats siégeant à l’UNEDIC, et qui sont opposés à ce nouveau mauvais coup, qu’ils ne gagneront pas cette bataille sans les chômeurs.

Avec la Marche des chômeurs, chômeuses et précaires, c’est une page qui se tourne et un nouveau chapitre qui va s’écrire, dès septembre prochain. Un nouveau front, un nouveau rassemblement s'esquisse. Bonnes vacances à toutes et à tous.

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