Brigade financière : le grand n'importe quoi

Julien Dray affirme sur France Inter qu'il a eu pendant un an 6 à 12 enquêteurs de la brigade finacière à éplucher ses comptes. Qu'ils ont pratiqué plus de 180 auditions. Que tout serait parti d'une dénonciation calomnieuse avec la bénédiction de l'Elysée. Le Parquet n'a pas poursuivi comme dans Clearstream.

Peut-on s'interroger un peu sur le fonctionnement de la justice et de la police et faire abstraction de Julien Dray ?

Depuis quand a-t-on besoin de pratiquer des auditions en quantité industrielle pour établir une infraction financière qui, comme son nom l'explique clairement, repose sur des pièces comptables ? Soit on a la preuve de l'infraction, soit on ne l'a pas. Soit il y a quelque chose à remonter, soit il n'y a rien.

Une enquête financière débute par cet élément (facture, fausse facture, double comptabilité, relevés de compte). Et si on ne l'a pas, il se récupère assez facilement.

Parce que l'enquête financière progresse sur la base des documents comptables qu'elle rassemble et vérifie, pas sur les assertions d'un tel ou d'un tel.

Pour cela elle adresse des réquisitions au ministère des finances pour avoir la liste des comptes bancaires de la personne suspectée. Elle adresse ensuite des réquistions bancaires pour avoir tous les relevés sur les dix dernières années de la liste des comptes que va lui retourner le ministère des finances (les banques déclarent au ministère des finances toutes les ouvertures de comptes qu'elles font).

La police n'a donc pas besoin d'entendre 180 personnes. Si elle l'a fait, c'est qu'il n'y avait rien. Et s'il n'y avait rien, ce ne sont pas ces auditions qui auraient amené grand chose de plus.

Il faut dès lors s'interroger.

Douze fonctionnaires à fouiller pendant un an des papiers sur un dossier qui se résume à rien ? Est-ce raisonnable ? Est-ce normal ? N'est-ce pas de l'acharnement ? Qui en est responsable ?

Quel sens cela a-t-il sinon de montrer qu'il y a une absence totale de cohérence ? Un policier ne se rend-il plus compte aujourd'hui que son dossier est vide ? Combien de temps lui faut-il pour constaer que le vide est du vide ? Pour quoi la hiérarchie persiste-t-elle à mobiliser de pareils effectifs sur une période aussi longue ?

La décision du Parquet montre que le comportement de la police est injustifiée et disproportionné. Sa décision est d'ailleurs elle-même surprenante. Pourquoi avoir attendu un an pour se prononcer sur un dossier et constater qu'il est vide ?

Julien Dray illustre l'acharnement judiciaire. C'est une tendance lourde. C'est d'autant plus grave pour la démocratie qu'il s'agit d'un représentant de la Nation. Il faut considérer cela comme une atteinte à la séparation des pouvoirs. On s'étonnera de la passivité du Parlement.

Le rappel à la loi empêche Julien Dray d'engager des poursuites pour dénonciation calomnieuse. Cela arrange beaucoup de monde.

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