Que fait la police ?

Le premier cycle de films de la saison du Forum des images, "Que fait la police ?", se déploie sur six semaines, avec des invitations à des réalisateurs, notamment Frederik Wiseman, un hommage à celui qui a incarné “le genre policier” dans le cinéma français, Alain Delon, et une série de cinq cours de cinéma. La programmation s’articule autour de trois axes principaux : les représentations de la police sur le terrain, les méthodes de travail et le portrait des “very bad cops”.

Le premier cycle de films de la saison du Forum des images, "Que fait la police ?", se déploie sur six semaines, avec des invitations à des réalisateurs, notamment Frederik Wiseman, un hommage à celui qui a incarné “le genre policier” dans le cinéma français, Alain Delon, et une série de cinq cours de cinéma. La programmation s’articule autour de trois axes principaux : les représentations de la police sur le terrain, les méthodes de travail et le portrait des “very bad cops”.


Chaque volet du programme est mis en perspective avec les débats organisés en partenariat avec Mediapart. Des chercheurs, des policiers, des écrivains et des cinéastes s’interrogent et livrent leurs regards sur les sujets suivants : “l’image de la police dans les médias”, “police et citoyens : la grande méfiance” et “L’usage de la force”. Chaque débat est suivi de la projection d’un film.
La sélection de documentaires et de fictions présentés, qui s’accompagne d’une incursion dans l’univers des séries TV, révèle deux tendances entre lesquelles le cinéma oscille pour représenter la police : une approche ethnographique, centrée sur l’activité au quotidien d’un groupe d’individus unis par leur fonction, et une vision fantasmée, d’un être agissant seul au coeur de la violence, entre héroïsme et déchéance.


LA POLICE SUR LE TERRAIN
Filmer la police, selon un angle réaliste est une tendance partagée par bon nombre de cinéastes, dont les précurseurs sont Henri-Georges Clouzot (Quai des orfèvres) ou William Wyler (Detective Story). Mais ce sont surtout les films de Bertrand Tavernier (L.627) et Maurice Pialat (Police) qui font référence encore aujourd’hui, dans cette démarche plus proche du réel, entre documentaire et fiction, montrant les policiers dans leurs tâches quotidiennes, dans leurs échanges avec la population en plaçant volontairement le spectateur en position de témoin. À ces oeuvres de référence, font aujourd’hui écho les fictions en France de Xavier Beauvois (Le Petit lieutenant) et Maïwenn (Polisse) ou de Corneliu Porumboiu (Police, adjectif) en Roumanie. Ces portraits de groupes et ces chroniques de la vie policière n’excluent ni l’analyse ni le regard critique. Elles questionnent l’image de cette profession auprès de la population. Quel est le rapport du citoyen face à la loi et à ceux qui ont pour mission de la faire respecter ?


ENQUÊTES ET FILATURES
Le programme s’intéresse aussi à la manière dont les cinéastes puisent directement dans les méthodes d’investigations de la police pour réaliser leurs films. Parfois, le scénario s’inspire de faits divers réels (Memories of Murder de Bong Joon-ho) ou d’un contexte social (le racisme dans le polar engagé Dans la chaleur de la nuit de Norman Jewison, ou Tokyo de l’après-guerre dans le Chien enragé d’Akira,Kurosawa) comme point de départ d’une enquête policière. Du côté des documentaires, les cinéastes en suivant les policiers nous font découvrir la réalité des filatures, des arrestations et interrogatoires. Law and Order de Frederik Wiseman et Faits divers de Raymond Depardon sont des instantanés drôles et cruels à la fois, chaque cinéaste, avec son approche très différente l’une de l’autre, offre des tranches de vies qui valent n’importe quelles fictions. Récemment Ilan Klipper et Virgil Vernier ont réalisé un diptyque tout aussi pertinent en suivant les élèves policiers, de l’école à leur premier stage (Flics et Commissariat).


“VERY BAD COPS”
Parallèlement à cette volonté de réalisme, le cinéma a construit toute une mythologie du policier, avec des portraits de “super cops”, ou de “very bad cops”. L’image de ces derniers est celle du flic solitaire, détaché de son institution, à la limite de la loi, et pour certains totalement corrompus. Le cinéma américain n’est pas avare de ce type de personnage, l’inspecteur Harry en est l’archétype, mais on en rencontre aussi plusieurs exemples dans les cinémas asiatiques. D’Orson Welles (La Soif du mal) à Abel Ferrara (Bad Lieutenant), de John Woo (À toute épreuve) à Michael Cimino (L’Année du dragon), en passant par l’Iran de Raffi Pitts (The Hunter), les “very bad cops” incarnent une violence et un désordre qu’ils sont censés prévenir. C’est aussi pour les réalisateurs, l’occasion de dépeindre l’état d’une société et ses dérèglements auxquels la police n’échappe pas (Le Prince de New York de Sidney Lumet). À quel titre s’exerce, alors, l’usage de la force ? Quelle est la limite entre violence légitime et illégitime ? En filigrane de tous ces films, c’est la question de la naissance de la loi qui est évoquée. Le très rare L’Homme aux colts d’or d’Edward Dmytryk en est une très belle illustration.

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