L'invocation de Souleymane à Olivier T.

Suite du récit poétique de Souleymane le Grand, caïd déchu, en hommage à Olivier T., adolescent d'une cité de Sevran, assassiné en pleine jeunesse pour une histoire de drogue.

L’AMNÉSIE

 

I

 

la prison

commune

noir

 

ici la foi

ici la soumission

 

qu’il

s’évade

ou qu’il

demeure

 

sur une petite table

au fond de sa

cellule

 

il laissera

un petit

arbre

 

un bout de

bois

et quelques

feuilles

dans un pot de

fleurs

 

II

 

le dernier des

apôtres

cueilli en son

sein

 

étincelle

feu

nuit

 

III

 

Souleymane

 

chacal

crucifié aux

yeux-laine

 

tissé dans le

bois

entre les

feuillages nus

de ses

mains

 

guette

la libellule

dont les ailes

frétillent de

colère

et de

liberté

 

*

 

sans

voix

ni

prière

pour son

père

 

il prie

pourtant

dans son

emprise

 

oublie

toi

oublie

moi

 

dit-il

à haute voix

 

dans la

diagonale

de son

cœur

 

IV

 

nourri

de la

chair

de son

manteau

 

vient

l’heure

de la mort du

maître

 

tout

atome de

misère

en lui

s’est tu

 

ainsi que sa

voix

 

il fait vœu de

silence

 

V

 

il marche

au-devant de ses

enfants

les oliviers

qui ont poussé autrefois

sur la terre de son empire

 

ni arme

ni violence

 

il marche en

silence

dans les rues

de sa

cité

 

VI

 

l’arbre n’est plus

abattu

 

innocence

déraciné

 

seul

sans Marianne

ni idole

 

enfin

peut-être

il ne sait plus

libéré

peut-être

 

il tremble de froid

 

au loin

soleil cou coupé

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