Jeune création : Maryvonne, texte et mise en scène de Camille Berthelot

C'est un objet étrange, pièce de théâtre en même temps qu'interview filmée en plan fixe de la grand-mère de l'auteur de la pièce.« Maryvonne » est un spectacle à aller voir s'il passe près de chez vous : une première mise en scène pour Camille Berthelot, fraîchement sortie du Conservatoire à rayonnement régional de Paris. Émouvant et riche.

C'est un de ces spectacles que l'on va voir comme cela, pour tenter.... Le festival Wet°, à Tours, c'est l'occasion de voir des pièces de jeunes créateurs. Lieux et horaires parfois iconoclastes, tarifs permettant toutes les découvertes.... Sortir du travail, courir. 19H30, dans la salle dévolue ordinairement au jazz. Maryvonne, texte et mise en scène Camille Berthelot, joué par Alma Livert.

Et c'est un texte qui, dès l'abord, porte en lui-même l'interrogation sur sa propre nécessité, sur son sens, son intérêt. Parler de sa grand-mère, s'interroger sur la relation ( ou la non-relation...) que l'on a avec elle, pour quoi faire ? Catharsis seulement, ou.... ?

Et c'est alors un curieux dispositif qui est mis en place. La comédienne, seule en scène, ne dialoguera jamais qu'avec l'image filmée de sa grand-mère répondant aux questions de sa petite-fille, image diffusée sur un grand écran en arrière-plan. Mise en scène de la création du texte, puisque la grand-mère – Maryvonne, c'est elle -accepte de répondre aux questions de sa petite-fille qui lui a expliqué qu'elle l'interrogeait pour faire un spectacle de théâtre.


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L'intérêt de ce spectacle, se demandait l'auteur et metteuse en scène ? Visiblement évident pour les nombreux spectateurs qui étaient venus et ont largement soutenu la pièce qui venait d'être donnée. Par l'émotion que suscite cette grand-mère -pas du style facile facile, ce n'est pas a grand-mère tout en douceur, en câlins et en gâteaux-, que suscite plutôt cette retenue permanente, cet humour et cette auto-dérision sur fond de visage à la Buster Keaton. Et par l'émotion retenue aussi de la jeune comédienne Alma Livert.

Une famille où on n'exprime pas ses sentiments – avec une grand-mère qui ne sait exprimer d'elle ce qu'elle ressent qu'au travers de citations des nombreux livres qu'elle a lus, peignant en creux ce qu'elle est, littérature résonance aussi de ce qui a été ressenti, littérature objet d'échanges  avec l'époux défunt dont l'absence crée le manque. Dire en semblant ne pas dire, s'offrir à sa petite-fille en acceptant la demande sans s'offrir. Retenue et intensité. Silence et expression. Mise à distance par le fait que la grand-mère n'apparaît que filmée.

Et c'est sans doute justement vertu de ce spectacle de faire place au(x) silence(s), au non-énoncé, au creux. Peut-être justement parce que c'est rendre grâce à ce qu'est aussi la littérature, le creux, le non-dit - une certaine suspension du souffle.

Maryvonne ? L'art du peu dit, du non dit qui fait vibrer l'âme. Et qui fait entendre l'intensité indicible.

VENDREDI 24 SEPTEMBRE- 17H AU PETIT FAUCHEUX - Tours

Camille Berthelot déploie ses activités au sein du collectif Nouvelle Hydre ( https://www.collectifnouvellehydre.fr/ ).Sur le site de ce collectif, textes des pièces créées en lecture libre.

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