Billet de blog 29 juil. 2013

Les lois laïques (3) : l'école

François MUNIER
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En 1981, la gauche parlementaire revient au gouvernement, après une éclipse de 23 ans. Les émissions de timbres accompagnent l'événement. La Liberté de Delacroix remplace la Sabine giscardienne, la mention « République française » revient sur les timbres, au lieu de « France ». Quelques émissions de timbres commémoratifs sont directement inspirées par la nouvelle majorité : le « pèlerinage laïque » au Panthéon, l'hommage aux martyrs de Chateaubriant.

Un timbre était prévu pour le centenaire des « lois Ferry » sur l'enseignement. La maquette définitivement retenue réussit le tour de force d'officialiser1 un contresens historique : « Centenaire de l'école publique, gratuite, obligatoire et laïque ».

Comme souvent, beaucoup de ceux qui invoquent la « laïcité de la République et de son école » ne savent pas ce qu'elle recouvre, il faut faire une mise au point.

Je me suis surtout appuyé sur le site du Sénat, très didactique et très bien référencé.

Les lois scolaires de Jules Ferry s'intègrent dans un processus qui dure une dizaine d'années :

La loi du 9 août 1879 crée les écoles normales primaires, pour recruter et former des enseignants en dehors du clergé. Celle du 16 juin 1881 précise que l'enseignement primaire public devient gratuit. Enfin le 28 mars 1882, l'instruction primaire devient obligatoire. Cette dernière loi et celle du 30 octobre 1886 précisent le caractère laïque de l'enseignement public.

En conclusion, l'école primaire est gratuite, laïque, mais elle n'est pas obligatoire. Ce qui est obligatoire, c'est l'instruction primaire, que les parents peuvent donner eux-mêmes, en recourant éventuellement à des précepteurs ou qui peut être dispensée dans des établissements confessionnels. Mais ces solutions ne sont pas gratuites. La nuance est de taille.

Que recouvre cette laïcité ?

Laïcité des programmes (et donc absence de prosélytisme).

La loi de 1882 la définit en creux, en excluant des programmes l'enseignement d'une religion particulière. Mais elle réserve néanmoins un jour en semaine (ce sera le jeudi) pour que les parents qui le désirent puissent faire donner à leurs enfants, en dehors des locaux scolaires, un enseignement religieux. Pendant presque cinquante ans, les cours de morale incluront les « devoirs envers Dieu ».

Laïcité du personnel enseignant.

Elle est imposée par la loi de 1886, pour les raisons suivantes :

« Comment, d'ailleurs, n'être pas frappé du grave inconvénient de conserver des instituteurs qui ont deux supérieurs, dont l'un commande au nom de Dieu, et l'autre au nom de l'Etat, et qui, en cas de conflit entre ces deux autorités, sont naturellement portés à se soumettre à leur supérieur religieux plutôt qu'à leur supérieur civil ? - N'est-il pas même à la fois illogique et imprudent, de la part de l'Etat, de confier la jeunesse française, pour lui donner les notions des devoirs civiques et éveiller en elle l'amour de nos institutions, à des maîtres qui obéissent à des chefs étrangers2 et qui se montrent, par principe, hostiles aux institutions républicaines et aux idées de la société moderne3 ? »

L'exposé des motifs est clair, comme le texte de la loi : on suppose que les congréganistes obéiront plus au pape qu'au ministre, et on les soupçonne de manque de loyauté à la République. On ne demande pas aux instituteurs et aux institutrices de « bouffer du curé », même si la formation dans les écoles normales va de fait souvent dans ce sens.

Je conseille par ailleurs la lecture de l'article 6 de la loi à tous ceux qui brandissent haut et fort l'étendard de la République laïque dans leur lutte contre le « sexo-séparatisme » :

« L'enseignement est donné par des instituteurs dans les écoles de garçons, par des institutrices dans les écoles de filles... ».

Laïcité des murs.

En clair, pas de crucifix sur les murs, mais cette dernière disposition sera appliquée de façon diversifiée et progressive.

Et c'est tout !!

1Ce n'est pas le seul contresens officiel. Il suffit de faire une recherche Google sur « armistice 8 mai 1945 » pour constater que nombre d'organisateurs de cérémonies officielles appellent ainsi la capitulation de l'Allemagne nazie.

http://www.liberation.fr/societe/0101632635-l-elysee-reinvente-l-armistice-du-8-mai-45

et la leçon de « Libération » n'a pas suffit :

http://www.reunion.gouv.fr/IMG/pdf/agenda_2013-05-06_cle09e819.pdf

2Le pape !!

3http://www.senat.fr/evenement/archives/D42/loi1886.html

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