Quel avenir pour le travail ?

« La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler » disait un certain Emmanuel Macron, en mai 2016. Derrière cette réponse vindicative à l’encontre d’un militant CGT, se cache une accusation à peine voilée : si vous êtes chômeur c’est que vous le décidez. Et si finalement le chômage n’était que ce que nous recherchions vraiment ?

*Cet article est publié dans cette édition avec l'aimable permission de son auteur, Arnaud FLORI

Les esclaves, première force laborieuse de l’Humanité

Pour un contemporain de la Grèce antique, l’esclavage est vu comme nécessaire. Les esclaves sont multitâches, utiles pour les travaux des champs comme pour ceux des mines et parfois même pour l’artisanat. En somme, l’esclave en ces temps-ci était l’engrenage indispensable au bon fonctionnement de la machine économique. Ce temps qu’il consacrait à ces tâches difficiles en libérait tout autant pour ceux qui, de par leur statut, échappait au travail. Ces gens là, les citoyens, gardait ainsi une pleine maîtrise des activités plus « nobles » telles que la philosophie ou la politique.

Il y a 2 500 ans déjà, une civilisation cherchait à fuir le travail, celui qui est désagréable, difficile, dangereux. La solution qu’elle trouva, l’esclavage, restera largement utilisée jusqu’au XIXème siècle. Sans oublier bien sûr toute les autres pratiques qui s’y apparente (le servage pour ne citer que lui…). Puis finalement, en un laps de temps assez court, nombre de nations occidentales ont progressivement aboli l’esclavage. Changement de mentalité ? Prise de conscience ? Ou peut-être simplement le début de l’automatisation…

Le couple Homme-Machine bien plus productif

C’est au cours de ce même XIXème siècle que le monde rentre dans une Révolution industrielle sans précédent et qui changera durablement nos façons de produire et de consommer. C’est l’âge d’or des machines : les premiers chemins de fer permettent de parcourir de longues distances et d’acheminer rapidement de nombreux produits. Les ampoules éclairent nos villes et prolongent artificiellement nos journées. Nous produisons désormais en masse, et de façon méthodique, grâce à l’organisation scientifique du travail, le taylorisme ou le fordisme. Ceci générant une création de richesse évidemment bien plus importante.  

Et c’est ainsi que les esclaves d’autrefois sont devenus des travailleurs et ouvriers aidés par des outils de plus en plus perfectionnés. Il aura suffit d’attendre moins de deux siècles pour constater les changements : une ligne de production de nos jours contient bien plus de robots que d’hommes. Or, un robot présente bien quelques avantages de poids. Bien sûr, il peut réaliser à la place de l’homme toutes les tâches les plus dangereuses et d’une manière générale toutes les tâches les plus répétitives. Plutôt positif me direz-vous, oui, mais en contrepartie il relativise votre importance dans le monde du travail : que pouvez-vous bien devenir si votre activité peut être intégralement assurée par un robot ? D’autant plus que le robot présente également l’intérêt de pouvoir travailler nuit et jour, d’être particulièrement constant et efficace, et surtout de ne jamais se mettre en grève pour réclamer meilleur salaire.

Plus personne ne peut échapper à l’automatisation

Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui vous trouvez des lignes de métro (et de trains) sans conducteurs, des caisses de supermarché sans caissières, des taxis sans chauffeurs ou des livreurs transformés en drones. L’automatisation ne concerne pas uniquement l’industrie, il y a de nombreux emplois que le développement des nouvelles technologies pourrait rendre très prochainement automatisables. D’après une étude de l’Université d’Oxford, près de 77% des emplois en Chine, et 57% de ceux de l’OCDE risquent de purement et simplement disparaître d’ici 20 ans.Une étude du Forum Économique Mondial, quant à elle, estime que d’ici 2020, seul 2,1 millions d’emplois seront créés contre 7,1 millions détruits dans les 15 pays les plus riches du monde. Sortez vos calculettes, cela fait bien 5 millions d’emplois perdus. Et pour ceux créés ? Ils nécessitent un niveau de qualification généralement élevé, et sont donc difficilement accessibles pour une grande frange de la population active.

A l’âge des machines succède aujourd’hui l’âge de l’information, denrée d’une grande valeur de nos jours grâce au développement de la “data science”. Désormais traiter et analyser de grandes quantités de données puis en tirer une analyse en un temps record,  pour un ordinateur, rien de plus simple ! Scruter l’actualité via internet puis générer un article de journal automatiquement, observer l’état de santé d’un patient et choisir le meilleur traitement à lui administrer, voire même composer une musique en fonction des goûts musicaux actuels… tout ça est désormais largement à la portée du moindre ordinateur. Plus grand monde ne semble échapper à l’automatisation. Votre médecin, musicien préféré ou manager de demain sera probablement un programme informatique.

Quelle solution ?

A la vue de ces changements majeurs qui s’opèrent sur le marché du travail, il semble inévitable que le chômage de masse ne devienne qu’une composante normale de nos sociétés modernes. Et c’est d’ailleurs un phénomène que l’on observe déjà depuis une vingtaine d’années. Les politiques libérales, à l’instar de celle menée en Allemagne, semble offrir quelques résultats dans la lutte contre le chômage mais ceci au prix d’une paupérisation croissante des travailleurs les plus fragiles et les moins préparés à l’arrivé de ce « travail 2.0 ». Sacré challenge : offrir du travail à tous à une époque où il se raréfie et se complexifie de plus en plus…

Peut-être faudrait-il donc préparer cet avenir pour en tirer collectivement un bénéfice et s’épargner le supplice du chômage de masse. Une meilleure distribution des richesses, une redéfinition du mot “travail” incluant l’activité de tous les milieux associatifs et bénévoles d’utilité publique pourrait être un début de solution. Pourtant rien dans le calendrier politique de nos législateurs ne semble indiquer que cette évolution plus que probable ne soit prise en compte, et que des solutions ne soient en cours d’élaboration.

Arnaud FLORI

Etudiant en informatique

Citoyen engagé

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