Billet de blog 7 nov. 2008

Les militants du PS veulent le changement

Le vote du jeudi 6 novembre est clair. Tous les observateurs le constatent : la motion A, celle de B. Delanoé et F. Hollande, en dépit de sa probable deuxième place, a perdu la confiance de la grande majorité du parti socialiste.

rené lorient
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Le vote du jeudi 6 novembre est clair. Tous les observateurs le constatent : la motion A, celle de B. Delanoé et F. Hollande, en dépit de sa probable deuxième place, a perdu la confiance de la grande majorité du parti socialiste.

Elle n’est plus en situation de mener le processus de rassemblement du PS sur une politique qui prolongerait celles qui sont issues des congrès précédents depuis 2003. Il est possible que F. Hollande, en tant que Premier secrétaire sortant, fasse tout pour rester dans le jeu. Mais c’est lui le grand perdant, et il a entraîné dans sa chute Bertrand Delanoé. Décidément, au PS, il est difficile de se désigner un successeur – sauf dans un contexte de victoire incontestée et incontestable.

Cette chute n’allait pas de soi. F. Hollande avait préparé avec soin ce congrès. Il avait su rassembler des personnalités représentatives du PS. La mécanique avait bien marché. Delanoé caressait il y a quelques semaines l’espoir d’approcher les 50%. Y croyait-il ? En tout cas, les observateurs pensaient qu’il pouvait arriver en tête, avec 25 à 30% des suffrages. La défaite d’hier soir, c’est la défaite d’une politique mais aussi d’un appareil – ce qui, rétrospectivement, s’explique : cet appareil est paralysé depuis le dernier congrès. Du coup la motion A a mené une campagne de notables pour l’essentiel. Les réunions se sont faites souvent devant des publics restreints. Même les réseaux traditionnels n’ont pas fonctionné comme avant.

Ce que n’a pas réussi la motion A, c’est la motion E qui l’a fait. Avec environ 29% des voix, elle occupe la place que la motion A espérait. Evidemment le score obtenu n’a rien à voir avec celui de l’investiture de 2006 : largement moins de la moitié. Cela n’a rien à voir avec des pseudo-sondages répandus dans certains commentaires de blogueurs ici même. Mais c’est un résultat qui a son importance politique. La motion a bénéficié d’équipes de campagne parfois enthousiastes. Elle s’est appuyée, et c’est normal, sur la campagne présidentielle de SR, en remédiant à certaines faiblesses de 2007. Elle a associé une campagne personnelle de SR (ce que Hollande savait faire naguère, et ce que n’a pas su faire Delanoé) à une campagne interne s’appuyant sur des responsables du PS qui voulaient tourner la page du « hollandisme » et sur une nouvelle génération qui se sent sacrifiée dans ses ambitions (une partie de la vieille génération écartée des « grands postes » depuis une dizaine d’années a apporté son soutien aussi). La personnalité de V. Peillon, présenté comme le futur premier secrétaire possible dans certaines fédérations pour rassurer les militants socialistes, a permis de consolider la motion E.

La division entre les motions C et D fait oublier que ces deux motions qui présentent des convergences nettes ont rassemblé ensemble environ 45 % des socialistes qui ont voté. Ils ont peut-être autant profité que pâti de cette division. L’une et l’autre se sont affichées sans complexe comme des motions revendiquant un parti ancré à gauche, comme des partisans d’un réformisme radical voulant une redéfinition du PS français et de la social-démocratie européenne : il s’agit pour elles d’en finir avec l’idée que la construction européenne peut être une œuvre mobilisatrice et porteuse d’espérance si l’on continue sur la voie politico-économico-sociale que l’équipe Barroso a empruntée sans concession depuis 2004 après la période de l’équipe Prodi, peu satisfaisante déjà.

Ces deux motions forment un pôle de poids, même si leur division initiale complique les discussions. La motion de B. Hamon voudra tirer au maximum avantage de son très bon score, inespéré il y a six semaines. Ce score a été obtenu sur une identité de gauche d’autant plus crédible que B. Hamon a fait ses premières armes dans la « deuxième gauche », celle de Rocard, et en connaît toutes les faiblesses mais aussi certaines qualités. Le départ annoncé de Mélanchon peut même aider l’équipe de B. Hamon à intégrer plus facilement une majorité nouvelle où elle jouera un rôle majeur dans la fidélité à ses convictions. La motion de Martine Aubry-Cambadélis-Fabius-Montebourg a dû pendant la première partie de la campagne interne batailler ferme : cette association de fortes personnalités qui ont parfois croisé le fer a fini par apparaître comme le fondement d’un nouveau rassemblement au sein d’un parti rejetant définitivement les écuries et la cacophonie. Dans la dernière ligne droite, cette originalité, qui au début rendait sceptique, est devenue un atout. M. Aubry comme Hamon ont mené des campagnes de réunions largement ouvertes qui ont été suivies de larges débats et ont mis en mouvement des militants nouveaux, souvent jeunes. Si leurs motions participent du rassemblement majoritaire, de nouvelles têtes vont apparaître à la direction nationale du PS comme dans les directions fédérales.

Les discussions entre motions vont commencer très vite. Rien n’est acquis d’avance. La méthode de discussion sans exclusive qu’ont annoncée d’abord M. Aubry, puis S. Royal, est une méthode qui recevra l’approbation des socialistes. Elle est en mesure d’éviter « le cauchemar du congrès de Rennes ». Hollande regrette que ce ne soit pas là la configuration la plus facile. Certes, mais ce sont les socialistes qui l’ont voulu ainsi. Il s’agit maintenant d’agir avec un esprit de responsabilité et d’essayer d’arriver au congrès de Reims avec des rassemblements politiques à la fois convaincants et suffisamment amples.

L’espoir, c’est que toutes les questions politiques, économiques, écologiques et sociales seront examinées de près, feront l’objet d’une évaluation et aboutiront, selon les cas, à des accords ou des divergences. Au terme de la discussion les motions se réuniront pour donner leur avis et décider de leur position. Plus les discussions auront avancé dans la quinzaine à venir, plus le PS sortira crédible du congrès de Reims – même si la nuit de la commission des résolutions est appelée à avoir lieu. Mais ces discussions nocturnes traditionnelles ne sont pas de même nature quand il s’agit de conclure un débat ou quand il s’agit de bâcler une synthèse de type radical-socialiste.

Deux questions seront particulièrement délicates. Quelle sera la nature du nouveau PS ? Qui va devenir le-la Premier-ère secrétaire ? La situation politique, le caractère des prochaines élections (européennes) annoncent une concurrence entre le modem et le PS : la question des alliances au centre n’est pas d’une actualité brûlante même si elle ne peut être passée sous silence. En revanche la question de savoir comment le parti socialiste doit se remettre au travail de réflexion et assurer son rôle d’opposant à la politique du Président de la République et de l’UMP, est une question qui ne fait pas l’unanimité. Et il n’est pas sûr du tout que la motion Collomb-SR puisse rassembler majoritairement sur ses propositions et la manière de SR d’assumer un leadership. Je doute, mais je me trompe peut-être, que SR soit celle qui succède à F. Hollande à la tête du PS à la suite du vote du 20 novembre.

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