La fin du PS ?

Le congrès de Reims n’est pas terminé. Il reste l’étape ultime, à un ou deux temps : les votes du 20 novembre prochain, et éventuellement du 21, pour élire les Premiers secrétaires : à la tête du PS, de ses fédérations départementales et de ses sections.

 

On ne saurait mésestimer l’influence de ces élections, surtout les deux premières, les unes sur les autres. Le choix pour le poste de Premier-e secrétaire national influe inévitablement sur celui de Premier-e fédéral-e ; mais la réciproque est largement vraie également.

 

Le résultat n’est pas acquis d’avance. Pour deux raisons principales. L’une, le taux d’abstention important dans le vote des motions (45%), plus important qu’en 2006 : qui va venir voter, payer éventuellement ses cotisations en retard ? On sait que certains adhérents ont décidé de se déplacer pour ce vote seulement, comme on sait que d’autres ne se déplaceront pas parce que leur motion n’a pas le candidat qu’ils pronostiquaient.

 

L’autre raison est la perception que peuvent avoir les adhérents du congrès de Reims lui-même, de la semaine qui l’a précédé et de son déroulement. La presse, dès le 7 novembre, a entonné le chant de la victoire en l’honneur de Ségolène Royal qui est arrivée en tête et qui du coup a repris les rênes de sa motion. En fait, selon la tradition du PS (et nullement selon ses statuts), elle a obtenu le droit à rechercher les conditions d’une majorité autour de sa motion et de sa candidature éventuelle. Mais comme l’ont souligné les observateurs sérieux – et les historiens – l’exemple de l’historique congrès d’Epinay a montré que ce n’était pas toujours le cas et que la motion en tête pouvait terminer dans la minorité.

 

Ségolène Royal n’a pu constituer une majorité à Reims. A l’applaudimètre – qui n’est pas un instrument de mesure politique – elle a essuyé un échec cuisant. Tous les médias ont souligné qu’elle a été parfois huée, à la différence des autres, plus ou moins applaudis, et surtout de Martine Aubry qui a été vigoureusement acclamée.

 

Ségolène Royal a irrité et déçu le congrès. Elle l’a irrité par la mise en scène de ses arrivées. Par exemple, elle a choisi sa porte d’entrée pour avoir à traverser la salle du congrès le plus longuement possible sous les flashes et sous l’œil des caméras – sans se préoccuper de qui parlait à ce moment. Les termes de mépris du militant délégué ont été utilisés.

 

Elle l’a déçu par un premier discours qui a accablé jusque certains de ses soutiens les plus actifs dans les fédérations. Ils lui en ont voulu d’enchaîner des idées générales peu dignes d’une candidate à la fonction de Première secrétaire nationale, de ne répondre clairement à aucune des questions qui fâchaient. Ils se sont aperçus qu’elle parlait non au Congrès mais aux caméras de télévision. Sa stratégie est apparue clairement : influer sur l’opinion pour peser sur les militants qui voteront cette semaine. Devant un parterre composé de responsables politiques de tous les échelons, voire d’élus à qui il ne convient pas de raconter n’importe quoi, elle a fait un flop. Il est caractéristique que les applaudissements venaient des espaces réservés aux « invités » : chaque motion a droit à un certain nombre de cartes d’invitation. Les délégués étaient beaucoup moins enthousiastes. Ceci dit, sa seconde intervention a été plus appréciée.

 

Une majorité s’est constituée autour d’un texte entre les motions A, C et D. Un texte Hamon-Aubry était sur le chantier depuis plusieurs mois. La motion A, dont le texte, typique de l’ère Hollande, se voulait consensuel et réservait des espaces à des apports extérieurs en cas de synthèse, a pu trouver un accord. L’accord a été facilité par le rejet commun de la conception du PS développée par Ségolène Royal. La formule « Nous voulons un parti de militants et non un parti de supporters » a fait mouche. Les déclarations de Ségolène Royal sur la généralisation de la cotisation à 20 ou 30 €, compensée par les cotisations des élu-e-s, ont été considérées comme une remise en cause de la nature même du PS.

 

D’abord, c’est remettre les ressources et la vie financières du PS entre les mains des élus – qui statutairement déjà mettent copieusement la main au porte monnaie. Par principe, ensuite, les cotisations sont proportionnelles aux revenus, même si ce n’est pas toujours appliqué. Symboliquement, le taux de la cotisation représente la valeur attribuée au parti par le militant. Dans l’imaginaire politique des socialistes, « la cotisation à 20 € » signifie la dévalorisation du PS en tant que tel : les socialistes sont tout juste prêts à accepter un tel montant pour une première cotisation, à la manière dont les membres du MJS sont dispensés de leur première cotisation au PS depuis longtemps.

 

Le texte élaboré, mais existant, n’a pu être signé parce qu’aucun accord n’est intervenu sur une candidature commune pour le porter devant les militants jeudi. Chaque motion venait, tout à fait normalement, avec son propre candidat. Martine Aubry avait déclaré ne pas faire de sa candidature un préalable. Bertrand Delanoë s’étant retiré, Harlem Désir devenait le candidat de la motion A mais sa candidature est rejetée par la motion Hamon ; « ce serait la continuité. » Celle de B. Hamon est rejetée par la motion A : « elle ne peut recueillir une majorité. » Du coup, B. Hamon déclare qu’il la maintiendra jusque devant les militants. Martine Aubry écoeurée par ces questions d’ego (pour reprendre le mot à la mode), par cette volonté de penser aux présidentielles de 2012, voire 2017, est prête à jeter l’éponge. Le dimanche matin à 9h elle n’est toujours pas candidate. Elle se décide devant l’argument suivant : Hamon a pris la responsabilité de favoriser la motion E au nom d’une prétendue sauvegarde des « principes de la gauche » ; si tu ne te présentes pas, tu porteras la responsabilité d’avoir renoncé à la bataille pour un Parti socialiste ancré à gauche.

 

Trois candidatures pour deux orientations fondamentalement distinctes. Cela ne favorise pas celle qui sur le papier est majoritaire. La division dans une élection uninominale est toujours un handicap. Elle l’est notamment si les voix creusent un trou entre la candidature arrivée en tête et les autres, c'est-à-dire quand les deux autres font jeu égal : le second tour a souvent tendance à entériner largement le premier.

 

En dehors de Ségolène Royal, Martine Aubry est la seule candidate à pouvoir rassembler sur son nom une majorité dans le PS (et, pour elle, autour du texte en souffrance de signatures qui ne pourra être publié qu’après le 1er tour – s’il y a un second tour). Elle est le symbole de ce qui a été fait de mieux sous le gouvernement Jospin. On sait que dans l’adversité, les difficultés, les réticences à son encontre, elle a de la persévérance, de la pugnacité et le sens de la mesure : son action à Lille l’a prouvé. Tout va dépendre du score de B. Hamon : va-t-il maintenir son score du 6 novembre ? Il espère l’accroître et devenir incontournable pour de prochaines présidentielles. Rien n’est moins sûr et si jamais Ségolène Royal est élue, nombre de ses soutiens se détourneront de lui pour longtemps. Comme toujours au PS va se poser la question du vote utile. Jamais Ségolène Royal n’a été aussi près de la victoire ; jamais elle n’en a été moins sûre non plus. Elle sait que la Roche tarpéïenne est proche du Capitole.

 

Comme je n’ai jamais caché mes choix politiques, voici la déclaration de candidature de Martine Aubry :

Cher-e-s camarades,

Les Français vont mal. Ils sont inquiets pour l'avenir alors que notre pays s'enfonce dans la récession, le chômage et les inégalités. Ils savent que Nicolas Sarkozy les a floués.

C'est en pensant à eux que je me suis engagée dans ce congrès.

Parce que face à une droite dure, il faut une gauche forte. Parce que face à un monde que le capitalisme financier emmène droit dans le mur, nous devons être porteurs d'un nouveau modèle dans lequel la question sociale est au cœur, où l'économie réelle reprend le pas sur la finance et où l'écologie sort des discours pour entrer dans les faits. Il nous faudra défendre les services publics attaqués actuellement par la droite, l'hôpital public et bien sûr la poste, mais il nous faudra en créer de nouveaux comme le service public de la petite enfance ou la prise en charge des personnes âgées dépendantes. Je n'oublie pas le combat pour la laïcité au moment où le président de la République en appelle aux religions avant de qualifier la laïcité de positive pour mieux la disqualifier.

Parce que le 6 novembre, vous avez choisi d'exprimer une double demande d'un Parti fermement ancré à gauche et décidé à se renouveler. Je regrette avec vous que nous n'ayons pas réussi à nous rassembler à Reims autour d'une orientation. Mais je suis confiante parce que la décision est de nouveau dans vos mains.

J'ai décidé d'être candidate pour être votre première secrétaire, au cœur d'une équipe soudée, engagée, avec de nouveaux visages, une nouvelle génération de militants aux couleurs de nos territoires et de toutes les cultures présentes en France.

Je veux, avec vous, écrire la page d'un socialisme renouvelé, ancré dans la gauche efficace, crédible. La gauche qui assume la réforme et reste fidèle au mouvement ouvrier et aux idéaux des Lumières en retrouvant tout simplement les missions des socialistes : émanciper chaque homme et chaque femme, maîtriser notre présent et préparer l'avenir et faire une vraie civilisation porteuse de fraternité entre les hommes et les femmes quel que soit leur territoire ou leur culture.

Je veux, avec vous, un Parti Socialiste profondément européen.

Je veux, avec vous, rassembler le plus largement autour de cette ligne et de ces objectifs pour notre parti, pour la France et pour l'Europe.

Je veux garder un parti de militants, je veux défendre les alliances avec les seuls partis de gauche.

Je veux en tout état de cause garantir l'unité de notre Parti.

J'y mettrai toute mon énergie et ma passion.

Pour notre réussite.

Pour retrouver un avenir à notre Parti.

Pour redonner l'espoir aux Français.

Martine Aubry

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